France Grenoble : DNS.

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France Grenoble : DNS.

 

Présent sur les championnats de France Elite et Adultes de tir en salle à Grenoble, j’ai décidé de me retirer de la compétition avant qu’elle ne commence. Je suis ainsi identifié dans le classement général en « DNS » : Do Not Start.

Sélectionné aux championnats du monde de tir 50m 2021 et campagne 2022, je considère toujours faire partie du circuit équipe de France depuis ma première sélection en 2007, en dépit du non-renouvellement de mon inscription sur liste des sportifs de haut niveau depuis deux ans. Je fais partie du comité des athlètes de la FFTA, qui sera plus loquace qu’à son habitude cette fois, je l’espère.

Un point de règlement demeure sujet à l’interprétation et à l’humeur du jour, et ce depuis de nombreuses années. Cette fois est celle de trop, et j’ai décidé de prendre une position très claire vis-à-vis d’un règlement qui ne l’est pas. Je vais être factuel, je ne suis pas en colère, mais dégoûté et déterminé.


Chronologie : 

 

Vendredi 10 mars

10h30, à l’entraînement officiel, je passe le contrôle matériel en toute conformité et je me rends sur le pas de tir pour me familiariser avec l’environnement. L’arbitre responsable vient nous voir en « tir groupé » pour nous annoncer que le maillot de sponsoring était toléré sur les qualifications, et non sur les éliminatoires tirées dans la foulée où il nous sera imposé de revêtir le maillot de notre club. J’alerte sur le fait que, les podiums se tiennent le lendemain et tous les archers n’ont pas forcément prévu leur maillot de club. Cela pouvait être problématique de retourner à l’hôtel pour le récupérer dans les temps. Une telle nouvelle devait être annoncée plus tôt.

Le règlement a été publié en février dernier, je l’ai lu, et je n’y ai rien vu de prohibitif en ce qui concerne la tenue de l’archer compétiteur. Au contraire, je me réfère au paragraphe C.12 en parfaite contradiction avec le paragraphe E.2, d’une rédaction encore très alambiquée. En lisant ce qui est écrit, car c’est ce qu’il faut faire sans devoir interpréter quoique ce soit dans un règlement, les archers sont autorisés à porter de la publicité. Alors j’ai raté quoi ? J’ai lu le règlement, et je n’y ai rien vu ! Et je ne suis pas le seul vu le nombre d’archers qui portaient un maillot de sponsor en arrivant sur ce championnat, c’est bien que quelque chose ne va pas, non ? 

Si une modification aussi importante avait été effectivement réfléchie avec toute la matière grise qui s’impose dans ce cas, elle aurait pu passer, par exemple, dans une liste de diffusion par mail à tous les archers inscrits. On reçoit bien la Newsletter fédérale, ou bien le menu croziflette aux légumes (tous les archers inscrits à ce championnat l’ont reçu).

Un temps s’écoule et je me rends compte de la portée de cette annonce pour mes sponsors, ceux de mes adversaires, et ceux de la fédération. Je retourne donc voir l’arbitre responsable qui a été très à l’écoute tout au long de cet épisode. Je lui annonce ma décision de porter mon maillot de sponsor jusqu’au bout de ma compétition, et qu’en cas de podium, je porterai le maillot de mon club lors de la cérémonie. J’ajoute que, en cas de désaccord de sa part, il avait l’autorité pour m’exclure de la compétition. Préoccupé, il s’en est retourné vers le staff local pour qu’une décision soit prise. Il est 11h30.

13h00, le membre de la commission sportive de la FFTA vient me trouver pour m’annoncer que le port du maillot de sponsor était autorisé sur toute la durée de la compétition, et que le maillot de club serait exigé lors de la cérémonie des médailles. Ce qui est conforme aux précédentes éditions, avec le mérite de créer un équilibre entre visibilité, soutien, cérémonie et tradition. Je me réjouis de tirer le championnat, même si je l’avoue, ma nuque était quelque peu… serrée.

13h15, le même responsable technique revient me voir avec un contrordre du comité directeur de la FFTA qui a statué sur l’interprétation du règlement, et le maillot de sponsor est interdit sur toute la compétition, qualifications comprises. Je suis dégoûté, et je me dirige vers ma cible au travers de l’ALPEXPO, sans arc. Je croise l’arbitre responsable qui me demande si j’ai bien reçu l’info, et je lui réponds favorablement en précisant qu’une annonce devait être faite officiellement. Ce qu’il me confirma. 

13h25, soit quelques minutes avant le début de l’échauffement pour les qualifications, l’annonce est faite au micro et le couperet tombe : aucun maillot de sponsor autorisé, uniquement le maillot de club. Directement impliqué par l’annonce, j’ai pris la parole pour annoncer : « si je suis ici et si je fais ce que je fais pour le tir à l’arc, c’est grâce à mes sponsors. Mon club ne participe pas à mon déplacement. Je me retire donc de la compétition ». Et l’arbitre m’a répondu : « j’en prends note ». Et j’ai quitté le pas de tir, seul.

Je salue le calme de l’arbitre responsable, garant de l’application du règlement au moment où il incarne cette responsabilité. Je n’ai pas voulu tirer une seule flèche, même à l’échauffement, par respect pour les autres compétiteurs, et pour ne pas « me faire sortir ». Ce n’est pas un pugilat, c’est une prise de position liée à un désaccord.

Je pouvais enfiler le maillot de mon club ou mettre une veste par-dessus pour déguiser ma participation, évidemment, j’avais tout sur place… Mais à ce moment précis de la compétition, je ne suis ni en conformité avec le règlement, en dépit de mon passage au contrôle matériel, ni avec mes convictions profondes, ni avec le message que je porte depuis des années maintenant. C’est un vrai choix que de quitter le pas de tir, cette décision m’appartient et je défends une position qui sera argumentée plus loin, une fois que les faits seront posés. Les conséquences sont lourdes, et doivent être expliquées pour en évaluer correctement la portée.

Nous en restons là, jusqu’à de nouvelles conversations stupéfiantes plus tard dans l’après-midi. Les instances réglementaires ne sont pas d’accord. L’information n’a pas circulé, le règlement 2023 n’est pas applicable en cours de saison 2022, le règlement a été réécrit pour simplifier sa lecture, en vue du tir par équipe (de club, tir extérieur), et les avis divergent en fonction du paragraphe qui est cité. Je pouvais tirer le maillot de sponsor… si le logo de mon club apparaissait dessus. Ou bien je pouvais tirer avec le maillot du club sur lequel étaient floqués mes sponsors. Je pouvais aussi convoquer le jury d’appel, ce que j’ai demandé, et il m’a été rapporté que je devais saisir le responsable du jury. Et pour en avoir causé brièvement avec lui plus tôt dans la journée, j’ai bien compris que ce n’était pas la bonne voie à entreprendre. J’ai donc foutu la paix au reste des compétiteurs pour qu’ils puissent librement tirer leur championnat (car d’après ce que je comprends un jury occasionne du retard, et ce n’est pas encore aux archers d’en faire les frais). Je n’ai jamais fait appel au jury de toute ma carrière.

Fin de journée, je suis crevé, mais convaincu d’avoir fait le bon choix, celui qui a le mérite d’ouvrir un débat pour qu’une solution pérenne puisse voir le jour. La discorde qui règne en est témoin, rien n’est clair.

Samedi 11 mars : 

On m’annonce que ce n’est pas la volonté de la fédération que de supprimer les maillots de sponsors, qu’une réflexion est en cours, notamment sur la rédaction du règlement et sur sa transparence. Je note aussi un certain dédain, dans une conversation stérile dénuée de toute empathie ou de considération envers les sponsors individuels, ou envers moi, qui sait. Ces mêmes sponsors qui m’ont permis et me permettent encore de vivre du tir à l’arc, au profit de toute une communauté dont la FFTA, dont les autres sportifs.

C’est quand même dingue, cette succession d’ordres et de contrordres, cette incompréhension globale d’un règlement nouveau, dont la plupart n’est pas au courant. Et c’est bien là le sujet : je veux bien appliquer, mais quelque chose de clair !

 

 


Quelles conséquences ?

 

Si, par exemple, j’avais dû porter le maillot de la Marine Nationale en sponsor principal sur ce championnat. Mon précédent employeur assumait 25% de mes frais de déplacement en compétition et 100% des mises à disposition en équipe de France, entre 2007 et 2014. J’aurais compris son mécontentement en apprenant que la fédération a changé son règlement en sa faveur sans consultation externe ou quelconque considération des conséquences qu’elle engendre.

La suppression du cadre de mise à disposition, des prises en charge de frais, le choix entre carrière pro et carrière sportive. A l’évidence, la sanction ne retombe pas sur le décisionnaire, mais sur ceux qui pourront ou non appliquer la décision prise. Mais cela n’aurait pas pu se produire, je pense, du fait qu’elle se présente sous la forme de partenaire institutionnel.

Je ne conteste pas le fait de suivre les règles, j’ai été militaire de carrière durant quinze ans. Je conteste une règle absurde, créant la discorde même au sein d’un organisme qui ne s’autofinance pas et a lui-même besoin de partenaires. Ne pas comprendre ça, c’est une faute.

Depuis 2014, je vis des contrats professionnels de sponsoring, après trois saisons en tête du classement mondial World Archery. Désormais, c’est 100% mise à disposition, 100% défraiement par les marques en contrepartie de résultats, image et prestations techniques (réseaux sociaux, blog, représentation, ingénierie). Et la fédération en profite, pas de frais en dehors des billets d’avion pour l’équipe de France, pas de convention d’insertion professionnelle, pas de difficulté de gestion, pas de matériel à négocier, à payer, facile, fluide, on peut faire du sport et compter les médailles… C’est cool non ? Surtout que c’est l’athlète lui-même qui se démerde pour décrocher les sacrosaints contrats avec un joli combo BG / HDC (belle gueule et huile de coude).

Et des médailles, il y en a eu, beaucoup, et surtout dans la catégorie SHN « Tir Olympique » pour laquelle j’ai défendu nos couleurs, à 100% pour ce critère ministériel. En revanche, je n’ai pas vu 100% des rétributions. Sauf cette gratification nationale, survenue à Grenoble lors de ce championnat de France qui insulte mon parcours, et celui de tous ceux qui possèdent ces sacrosaints contrats. Sauf le non-renouvellement sur liste ministérielle. Sauf l’éviction du collectif national (mais j’ai tout de même reçu un email, c’est sympa après quinze ans d’équipe nationale).

Et si les archers des équipes de France perdaient ces contrats et qu’il fallait tout payer au niveau fédéral pour glaner des médailles qui tombent dans la case « justificatif de subvention pour l’année XX » ? La balance ne serait pas glorieuse, c’est une certitude comptable.

Je ne me sens pas redevable pour toutes les années où la FFTA a financé mes déplacements en équipe de France, mais juste, au titre des résultats et audience rapportés, qui s’ajoutent à tout ce que je fais pour servir ma passion à titre personnel et professionnel depuis tout ce temps. C’est un équilibre qui est ici rompu.

Sur mon maillot de club : je le revêts bien volontiers, à chaque fois que je monte sur un podium. Je distingue l’effort de la cérémonie. Le compromis tir-sponso, podium-club était équilibré et sain. Mais c’était un truc qui fonctionnait, autant le changer. Je n’ai rien contre mon club, il ne me défraie pas de mes déplacements nationaux. Il prend mon inscription au championnat en charge et c’est tout. Je paie ma licence à taux plein et je ne m’entraîne pas dans sa structure, ou rarement. Je me rends disponible à chaque fois qu’il me sollicite pour une intervention de communication, publique ou politique, gratuitement. Riom place sa priorité sur les jeunes. Je peux changer de club au profit d’un qui prendra en charge mes déplacements, mais ce n’est pas ma volonté, parce que je soutiens cette priorité du bureau dont je ne fais pas partie. Ça se tient non ?

Ce qui me chiffonne, 

C’est l’absence totale de communication, même les services internes de la fédération n’avaient pas l’info. Et l’ordre du contrordre, puis la tentative de sauvetage en voix off, et maintenant un bruit pas possible sur la toile alors que je n’ai pas encore exprimé quoi que ce soit sinon une place libérée. C’est dire si ce n’est pas clair ! Il ne faut pas me blâmer parce que je prends le temps d’écrire correctement, ni même parce que je prends position. 

C’est d’imposer une règle absurde, dangereuse et insultante, plus particulièrement aux compétiteurs de la catégorie très controversée « élite » d’un championnat qui se veut être la vitrine nationale de notre sport qui tourne en chaise musicale aux pieds fendus. Nous étions 14 pour 16 en élite homme arc à poulies, ils n’étaient plus que 13. Mais les meilleurs n’étaient pas tous présents. Mais… Les jouent-le-jeu l’étaient eux, peut-être parce qu’ils ont les moyens de le faire, parce qu’ils n’ont pas la totalité de leur matériel à payer, parce qu’ils sont défrayés, ou payés, en l’échange d’une belle prestation, d’un service rendu à la communauté. Et la fédération s’en sert comme vecteur de publicité, à titre gratuit, mais en imposant des règles qui ont des conséquences financières sur les marques et sur les archers qu’elles sponsorisent. Ce sont ces archers-là, dont je fais partie, qui en pâtissent. Alors ensuite, avec de telles règles, l’élite aura-t-elle toujours envie de venir sur un championnat de France ELITE ?

L’avenir est ténébreux, toutes voiles dehors pour Paris 2024 et les 6 archers qui nous représenteront. Et après, on fait quoi ? La valeur du point de médaille a déjà été descendue alors qu’elle n’était déjà pas bien haute, quel est l’intérêt de poursuivre une telle carrière dans le haut niveau sinon d’être con et passionné à tout(s) prix, donc français pour résumer notre principal trait de personnalité. L’arc à poulies perd quasi son entraîneur, les messages menaçant le financement des déplacements non olympiques fusent depuis des années et ressortent du chapeau à chaque occasion de se taire, je ne parlerai pas des autres disciplines, non, limitons la casse.

Ce que je veux dire, c’est que ce n’est pas grand chose de laisser un affichage de sponsor qui est une fierté pour l’archer qui le décroche. On monte ensuite sur le podium en tenue de club, fièrement arborée, puis on assiste à une petite sauterie sympathique au club, en tenue de bal avec les élus locaux qui sont contents de voir le rayonnement de la structure dans un environnement qui fonctionne. Et tout ça, sans recours à l’aide fédérale qui ne fait que sélectionner ses mercenaires triés sur le volet. Mais non, il fallait une ingérance dans cette gestion rondement menée individuellement pour y mettre un bazar collectif.

Alors oui, j’ai officiellement pris position contre le règlement auquel je n’adhère pas et qui fait réagir la communauté sportive, professionnelle et politique. Cela touche la carrière, la mienne et celle des coéquipiers. Je suis élu au comité des athlètes de la FFTA et je vais porter cette question à étude.

Le règlement est sujet à l’interprétation. On m’a avoué que le règlement comportait encore de nombreuses coquilles… Mon salaire, et celui des autres archers pros et sponsorisés de ce pays n’est pas une « coquille ». Si la FFTA souhaite bannir le maillot de sponsoring de l’ensemble de ses compétitions inscrites au calendrier fédéral comme c’est actuellement le cas, alors qu’elle le note ainsi, et dans ces termes exacts. Nous verrons les conséquences. Sinon, qu’elle l’autorise explicitement.

Vendredi soir, on m’annonce qu’un patch de club sur n’importe quel t-shirt passe, même sur un maillot de sponsor. La règle est imposée alors qu’elle n’est pas connue de tous, même de ceux qui doivent la faire respecter, même de ceux qui la rédige. Sinon pourquoi « l’interpréter » ? Pourquoi me demande t’on de « retirer » le maillot de sponsor au lieu de me demander « où est le logo de ton club » ? 

Je connais les règles, pas l’interprétation qu’untel ou untel en fera. J’ai vécu dans la peur de la sanction durant des années de haut niveau, j’ai suivi les règles, je les ai respecté, je ne me suis pas déguisé.

Un maillot de sponsoring est un vêtement de marque déposée, commerciale, au nom de l’archer qui le porte et en rapport avec un contrat qui le lie à cette marque. Une attestation de sponsoring peut être délivrée par la marque pour que la mention soit portée à la licence, comme c’est déjà le cas pour un diplôme d’entraîneur, ou bien demandée au greffe de la compétition.

Un maillot de sponsoring n’est pas un affichage de l’égo, c’est un grand panneau « comment puis-je vous aider ? » adressé à la population sportive présente, identifiant le porteur tel un spécialiste de la marque. C’est aussi un vecteur de communication qui oblige son porteur à la bonne tenue, à la décence et au respect des règles, c’est une responsabilité. Je conteste une règle, alors je ne tire pas, et je suis libre de dire pourquoi dans des termes dont je saurai me prévaloir en cas de préjudice futur que l’on me causerait par ce biais.

Je ne vais pas uniquement « causer » sur la toile, mais aussi en interne avec la fédération, de la façon la plus courtoise possible selon l'accueil qui me sera fait, ainsi qu'avec mes partenaires.

Je dis ici pourquoi, en restant factuel.

Je ne suis pas l’arbitre de cette situation qui me dépasse de loin. La cause est plus grande que moi.

Il sera important de saisir le comité des athlètes de la FFTA afin d’entamer une discussion qui j’espère sera constructive, avec une institution à l’écoute de ce message qui reçoit un soutien immense de la communauté. J’espère que je serai écouté et compris, sans le dédain que j’ai pu percevoir ici lors de conversation avec un certain responsable fédéral.

Je n’ai pas préparé ce coup d’éclat, en toute sincérité. Je me suis préparé pour réaliser un bon France, avec de quoi aller taquiner le meilleur en finale (Nico) et j’étais confiant sur la performance que j’allais pouvoir réaliser. J’étais à dix mille lieues d’imaginer un tel scénario. Sur un autre sujet que celui-ci, connu depuis tant d’années et avec un compromis enfin trouvé, je n’aurais sans doute pas eu la même répartie. Mais là c’est fait. Mes sponsors ont été avertis et j’ai leur approbation. Ils attendent maintenant la dernière version de « l’interprétation » du sujet.

Ces lignes m’appartiennent et sont publiées sur un site dont le nom de domaine est ma propriété physique et intellectuelle. Je suis libre de retirer des commentaires, ou d’y apporter des précisions complémentaires. Le but n’est pas de tirer à vue, il n’est pas de détruire, mais de construire. Des propositions sont faites, et d’autres suivront. Je m’engage à répondre à toutes les sollicitations fédérales en tant que membre du comité des athlètes pour trouver réparation à cette affaire.

La suite de l’histoire sera publiée à la suite de cet article, et daté.

Dimanche 12 mars 2023, à 13h30.

Archerycalement,

>>>---Pierrot---> X

 


 

Deuxième partie, le 31 mai 2023.

 

 


Une histoire de maillot, pas seulement non, donc. 

 

IMG 5397J’ai donc saisi le comité des athlètes de la FFTA pour poser le problème et proposer des solutions. J’ai écrit un modèle de courrier au président de la fédération et j’ai repris le règlement en corrigeant, en ajoutant, en annotant. Oui j’y ai passé beaucoup de temps et oui c’était nécessaire de le faire. A quoi bon être un chien qui aboie sans participer à l’effort collectif pour une suite meilleure ? Le président, avec qui je me suis entretenu, m'a très bien accueilli et j'y ai trouvé une conversation constructive.

Comme dans tout comité, organisation ou association, il y a ceux qui prennent leur rôle à cœur, et ceux qui ne se manifestent jamais. Fifty-fifty pour ce cas, quand bien même le travail est fait et les propositions ont été distribuées par le président de la FFTA à sa commission sportive. 

Depuis, j’ai quand même eu le vrai son de cloche qui est une « boulette » dans la rédaction du règlement alors qu’il accueille désormais jean et leggin. On peut alors se dire que la tenue de l’archer professionnel ne sera pas oubliée. Et bien si.

On peut imaginer ici deux scenarios potentiels, et faute d’éléments nouveaux, l’imaginaire va bon train. Cependant, je limite volontiers les suites à deux issues :

  • Pierrot au placard, on ferme à clé, et on perd la clé.
  • Pierrot fait du bruit, mais après tout, c’est justifié alors on va corriger le tir.

Le premier cas impose la tenue de club en championnat national individuel. Je veux bien l’entendre pour une fédération de clubs et non d’archers. Quoique, les archers restent importants dans un club, il me semble. Quant aux partenaires des archers, les marques, les magasins, ils seraient aussi invités à partager l’espace avec le balai et la serpillère.

Est-ce alors le premier pas vers une évolution majeure de ce qu’un club proposera à l’avenir en matière de soutien, d’encadrement et de situation socio-professionnelle ? Payer les déplacements, le matériel, les primes, les salaires ? On a déjà du mal à offrir un avenir à nos entraîneurs… La question se pose à l’heure où les subventions tarissent au profit des J.O.P. 2024 mais au détriment des perspectives 2025. Vous pouvez Googueuliser les subventions sportives 2025, vous n’obtiendrez qu’un « terme manquant 2025 ». C’est dire si « 2025 » arrache la rétine, penser de la sorte au futur est passible de sanction ces temps-ci…

Dans les Conférences Régionales du Sport où je suis représentant des Sportifs de Haut Niveau de la Région Auvergne-Rhône-Alpes (tous sports), je fais partie du groupe « Accompagnement à la performance sportive ». Je participe également à d’autres thématiques très intéressantes sur les sujets du moment. Outre l’environnement du sportif qui est passé au crible tel un inventaire des aides souvent inconnues du sportif lui-même, ou de son propre club, il a été créé en parallèle cette Conférence des Financeurs du Sport. Et là, nous avons deux choses essentielles qui ressortent :

  • Des millions d’€ sont dépensés pour les infrastructures collectives, et les aides individuelles sont inexistantes pour acheter du matériel, se déplacer, se loger, exister*… 
  • Au regard de tous les € déjà dépensés pour construire des bâtiments qui ne servent pas réellement de façon optimale car le bougre sportif aime son chez-soi et ne veut pas le quitter, il manque des sous pour faire d’un sportif un vrai métier. Donc on appelle les financeurs.

Et qui sont les « financeurs » ? En réponse épidermique on me répondra « les premiers financeurs du monde sportif français sont les communes ». Et c’est vrai. Donc, j’admets la mise en valeur de mon club tel l’ambassadeur de la commune associée. Sauf que… monsieur (ou madame) le Maire répondra que ça commence à être compliqué, qu’il peine à payer le chauffage, que les travaux d’étanchéité de la salle sont prévus pour 2032, que les charges ont augmenté, que les budgets sont déjà réduits pour le collectif avant même de penser à l’aide individuelle. Alors on manque d’argent, et c’est pour cette raison que les Conférences ont vu le jour. C’est une grosse machine qui met le temps de se mettre en route mais qui a le mérite de créer le débat sur le monde sportif actuel.

Chez les financeurs, on retrouve parmi les quatre collèges représentés celui des entreprises. Je ne vous fais pas un dessin, vous avez compris que la réflexion nous mène droit à la publicité, au sponsoring, au mécénat ET… à l’emploi.

« Être sportif de haut niveau n’est pas un statut, mais une qualité », je cite mon Commissaire aux Sport Militaire de l’époque en me renvoyant à un choix : soit vous êtes militaire, soit vous êtes sportif, mais vous ne pouvez pas être les deux. On en parle de votre « Armée de champions », les militaires aux cheveux longs ? Ah oui, olympiques ils sont. Toutefois, derrière cette affirmation plutôt discriminante pour le coup, les sportifs olympiques ne sont pas professionnels pour autant. A ce jour, c’est toujours une réalité. Alors le compound ? Bientôt olympique ? Hahaaa the game is on !

*Exister : le code du sport article L. 222-2 « sportif professionnel salarié : défini comme toute personne ayant pour activité rémunérée l'exercice d'une activité sportive dans un lien de subordination juridique avec une association sportive ou une société mentionnée aux articles L. 122-2 et L. 122-12 ».

Un archer professionnel sera celui qui est embauché par son club de tir à l’arc, payé, sécurisé, avec tous ses droits et ses perspectives d’évolution professionnelle. Chose qui n’est pas une réalité avec la qualité de Sportif de Haut Niveau vivant d’aides et de subventions. Chose encore moins possible quand on sait le mal que les clubs se donnent rien que pour employer un entraîneur diplômé d’État. Lui au moins, il formera les jeunes du club et allège la charge des bénévoles. Ce que ne peut pas faire le sportif de haut niveau, car il est occupé par sa pratique sportive intense, et il ne possède pas le diplôme par équivalence… Et non, ce n’est pas un métier mais une qualité. Il pourrait payer son diplôme et faire d’une pierre, deux coups… mais avec quel argent ? Si tel est le cas, c’est vouloir le beurre, l’argent du beurre, etc...

Ou alors, ce n’est pas un club mais une société qui place le cadre, individuelle ou non, au statut de salarié ou d’indépendant. Et c’est bien ce qui est abordé en Conférence. Seulement, l’entreprise demande des comptes en retour, du rayonnement, de la publicité, du service, de la représentation. Je pense être bien sage quant à ma position sur cette tenue de sponsoring ou de marque liée à l’archerie, car pour l’instant, on reste dans le domaine de notre sport au niveau affichage. Vivement le maillot Cochonou !

Aura-t-on vraiment le choix de passer outre cet avenir ? J’en doute, la Conférence du Sport aussi.

Est-ce vraiment un problème que d’afficher des marques qui aident nos champions à survivre ? 

Et bien apparemment, pour une majorité bien-pensante, oui. J’aimerais les voir dans la peau d’un Sportif de Haut Niveau durant une année. Rien qu’une année suffit pour bien morfler tout en palpant l’incertitude d’avenir, ce stress permanent enduré de façon parfois guerrière et obnubilée à la française au profit d’une communauté. Je reste soft avec une année. A trois années de performances, le SHN « moyen » est à la rue. Et c’est facile de réduire les effectifs, il suffit de durcir les critères. Ce qui a été rondement mené par le ministère de la Magie ces dernières années.

Dans l’Armée de Champions par exemple, on avait un Pacha qui venait des opérations extérieures, ça filait droit et tous les sportifs étaient remontés à bloc. Seulement voilà, toutes les bonnes choses ont une fin et il partait en retraite, dommage, il défendait notre position avec fermeté et autorité auprès de sa hiérarchie. Il a été relevé par un Commandant qui arrivait tout droit des ressources humaines… Message reçu, réduction des effectifs de 40%. Puis, on a eu un commissaire, un comptable de l’armée donc, et commissairarien, paf ! 50% de moins. Reste qui ? Des contrats civils pour préparer les J.O., je m’amusais à leur demander mon grade. Question simple pour un militaire, restée infructueuse pour un champion certes, mais civil.

Dans un deuxième cas, Pierrot est entendu. Trêve d’histoires contées de ma plume numérique, j’ai eu quelques échanges plutôt accueillants de notre président. Les retours sont cependant divisés, il y a ceux qui comprennent, et les autres. Je n’ai pas la prétention de tout connaître au contraire, mais j’aime assez l’idée d’exprimer un point de vue, qu’il soit écouté, commenté, afin d’évoluer. Cela porte un nom je crois. Soit je suis complètement à côté de la plaque auquel cas je me retire volontiers APRES avoir compris une réponse contradictoire, soit on évolue et je participe à ce travail activement si cela est accueilli.

Les pourparlers sont en cours, et je réponds aux sollicitations fédérales. Ce n’est pas une questions facile ou anodine, sinon elle ne durerait pas depuis toutes ces années. Dire que le sponsoring était déjà mal vu des pas de tir en tout genre lorsque j’ai débuté… en 2003, pour de la jalousie mal placée, essentiellement. Puis j’ai croisé les jaloux plus tard me demandant conseil, service, prestation, gratuitement bien entendu. 

Je crois qu’il y a un travail conséquent à produire sur ce sujet-là, d’abord. Et cela ira dans les deux sens, celui qui n’est pas sponsorisé doit se dire qu’il peut demander conseil pour améliorer sa connaissance sportive et matérielle, et celui qui porte la marque et donc, toutes les obligations appropriées d’un ambassadeur sportif respectueux.

A l’heure où les compétitions extérieures ont débuté, le sujet traîne déjà depuis trop longtemps et cette attente devient agaçante. Pas seulement pour moi… Mais pour tous ceux qui portent un maillot de sponsor, et bien entendu, pour tous ceux qui les fournissent, en dépit de tout ce qu’ils apportent déjà à l’univers du tir à l’arc dont fait partie la fédération. 

Ce sujet fait aussi mauvais ménage dans les compétitions locales. Le règlement prévoit cette interdiction uniquement lors des compétitions de niveau national, et non les autres. Attention à ne pas tout confondre donc. Je sais bien que toute modification doit passer par une réunion de commission, de bureau, mais… sans déconner, cette lourdeur permanente ne vous prend t’elle jamais la tête au point de demander un partenariat avec Doliprane ? Ah non, j’oubliais, la pub ne pourra trouver d’équivalence dans son retour sur investissement, pour le moment.

A suivre courant juin, apparemment, aussi pour un arc à poulies olympique ou non... Alors ? Pour ou contre, cela pourrait rebattre toutes les cartes du jeu... A bientôt !

Archerycalement,

>>> --- Pierrot --- > X

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