Rattrapage ⅔.

Full packVoici le carnet de route de la saison extérieure 2019, toujours en mode rattrapage, où de nombreux points sont à garder en mémoire, de l’inédit à la première, de la déception et de l’or mondial. Commençons par le début de toute saison, une sélection, c’est-à-dire la remise en question de son niveau par une évaluation de la performance pour que la fédération décide des archers en qui elle placera sa confiance pour tenter de ramener les médailles. Porter le maillot de l’équipe de France n’est pas une coutume, c’est un vrai travail tant au niveau de la projection dans le programme de saison que dans la volonté à placer au moment opportun. Nous sommes au temps opportun, à Compiègne qui accueille cette première compétition.

La météo est nettement plus agréable que la sélection précédente de Saint Avertin, sec, frais, avec un vent modéré. Mon niveau de performance est incertain, mes conditions d’entraînement étaient chaotique entre météo et travail d’atelier. Le doute est toujours présent et il faut le dépasser. Je réalise un beau et assez surprenant 709 sur le 2x50 mètres, derrière le grand machin breton Jean-Philippe. Cette performance n’était pas facile à réaliser du point de vue mental, car c’est la première de saison. J’ai pu être rassuré sur ma façon de tenir l’arc, et sa façon de m’en remercier : en tirant droit et précis. S’en est suivi d’une très longue compétition, avec une série de 30 x 3 flèches l’après-midi, et neuf matchs plus un tournoi le lendemain. Ce qui signifie encore 27 x 3 flèches le matin, et après une très courte pause, un tournoi où je terminais deuxième, toujours derrière le grand breton. Donc en gros, soixante volées de trois flèches, c’est long, et il faut rester concentré jusqu’au bout. Après réunion du comité de sélection, j’allais porter le maillot France pour ma douzième saison internationale.


FULL PACK


 

Avec cette attribution de responsabilité à représenter la France à l’international, j’étais sélectionné pour la première manche de la coupe du monde en Colombie, la deuxième manche en Turquie, pour le championnat du monde en Hollande, mais aussi pour les Jeux Européens en Biélorussie après avoir décroché un quota pour la France, souvenez-vous, avec ma quatrième place aux championnats d’Europe FITA 2018 à Legnica. Avec le maillot de l’équipe de France qui est la partie officielle de ma vie de sportif, je voulais aussi jouer une carte professionnelle avec Redding, la compétition 3D à la mode californienne. Puis, la tentation aura été trop grande pour participer à la sélection de tir en campagne, discipline que j’affectionne beaucoup. Nous avons ici une saison ultra riche que je vais détailler comme suit, en deux carnets. Le premier retracera les compétitions sur cibles anglaises, le deuxième celles des parcours.

 


Coupe du monde étape 1 : Medellin, Colombie.


MedellinUn long périple, puisque j’avais prévu de participer aussi à Redding USA juste après cette manche de coupe du monde du même côté de l’atlantique. Sébastien Peineau et moi, as Travel Partners, avions nos deux arcs, l’un dédié au FITA, l’autre boosté pour le parcours, et commençait notre voyage d’une vingtaine de jours sur le Nouveau Monde. Les entraînements à domicile n’étaient pas aisés compte-tenu des aléas météo. Vent et froid, soit tout le contraire de la Colombie. Mon expérience compte alors pour ne pas paniquer et m’aide ainsi à anticiper : le réglage d’arc doit pouvoir s’adapter rapidement dès l’arrivée et même au dernier moment en tenant compte de la fatigue d’un long voyage, du jet lag, de retards éventuels et de la météo très différente si proche de l’équateur et en altitude. La tableau est posé, nous prenons quelques 25°C de plus sur place, pas de vent mais des orages menacent aux alentours. Le corps prend plus d’espace dans l’arc et je pose d’office quatre tours de câbles avant même de tirer l’arc une fois. C’est parfait sur les premières volées et je viens juste d’adapter mon matériel à la situation rencontrée. #Easy. Il faut s’attendre à de forts écarts de vent, les orages rendent force et direction du vent aléatoires, avec de grandes zones de calme. C’est ce que nous avons eu, et globalement, pas de pluies diluviennes pour notre catégorie. En revanche, les autres catégories ont pu se prendre de belles saucées avec leur programme horaire différent. Un démarrage timide me place à 346 points, je reviens à la force du bras à 355, un excellent score dans les conditions un peu chahutantes, classement final, top 10. Je tire un bye au premier tour, je remporte le 16e de finale d’un point avec 146, le huitième d’un point avec 148, et je perds en barrage X à 10 / 148 en quart de finale contre Braden. Je termine ainsi à la cinquième place de cette première manche, les bons scores me laissent une certaine satisfaction.

Medellin 1
Par équipe, c’était cool. Déjà on attaque avec les colombiens, chez eux, et on gagne 233 à 232, on était bien, eux moins. Ensuite, on rencontre les premiers, les américains, ok ce sont des copains, mais ils ont quand même une petite tendance chauvine et hautaine quelques fois. Pas là, on match à 235 de chaque côté de la ligne et on remporte le barrage 29 à 28, héhé, on était bien, eux moins, là aussi. On est en finaaaaale… Le lendemain, la finale est tirée contre les italiens. Le terrain regarde au Sud, les impacts en cible ne sont pas sûr pour l’oeil de l’archer, il faut être clair sur la communication pour garder confiance entre qualité du tir et impact pour tuer le doute d’entrée de jeu. Ca a fonctionné trois volées, et le vent traversier nous a dégommé. Deux points d’avance à la troisième volée, on termine par un 55, les italiens envoient 60, bisous, médaille d’argent.

Medellin podium CMTEn mixte avec Sophie, la patronne, mon classement aux qualifications m’offre la place sur le tir mixte. On attaque par un beau 157 et on gagne contre la République Dominicaine. On gagne ensuite contre le Danemark, Tanja et Martin ne sont pas des manchots, un match de furieux… 158 à 157 (sur 160), c’était du billard. Encore un tour pour une médaille d’assurée, c’est la Colombie, nation forte en mixte, nous aussi, on l’a prouvé par une victoire 157 à 154 points. On est en finaaaale… Contre les USA, un mauvais départ nous coûte la Marseillaise, qu’importe, nous finissons par un beau 40/40, prêt à en découdre sur les prochaines compétitions. Cette manche s’achève avec les médailles numéro 2 et 3 de la saison complète, s’ajoutant au titre de champion d’Europe par équipe en salle 2019. L’équipe de France s’envole pour Paris, Séb et moi pour San Francisco en passant par Mexico City. See You Colombia, hasta luego ;-)

Voir le match par équipe homme : Men compound team Medellin 2019

Voir le match par équipe mixte : Compound mixed team Medellin 2019


Medellin CX


Coupe du monde étape 3 : Antalya, Turquie.


AntalyaDix jours que je suis rentré de Redding et de ce périple de vingt jours. Tout va bien, nous retrouvons le terrain habituel d’Antalya, sa proximité avec l’hôtel, le confort des installations et de la météo. En revanche, à la maison, le temps était toujours aussi pourri, donc pareil dans ce cas, pas de panique, on entretien, et on s’adapte sur place. La compétition commence avec ce petit vent arrière gauche / droite qui met tes nerfs à l’épreuve. Avec 704, je suis 17ème des qualifications, le 32ème tire 700, le 62ème tire 690 points… Des énervés… Ce classement m’offrira le tir mixte, un premier tour en bye, mais un démarrage de match en 24ème de finale. Ce qui signifie que ma compétition individuelle peut s’arrêter le mercredi au lieu du jeudi puisque les 48/24e sont séparés d’un jour avec les 16e de finale. Mais non, je passe ce premier tour avec 146 points, ce qui était bien dans les conditions assez venteuse. J+1 donc les matchs continuent et j’attaque en 16e avec 148 points, je gagne ? Non, barrage contre le Russe Dambaev, un sacré tenace. A mon avantage cette fois, X à 10, je passe. En 8e de finale, je rencontre Miky qui ne me laisse pas de place, j’ai pris ma fessée d’un beau 150 de sa part, mon 148 honorable me conforte à dire que je ne suis pas si mauvais et que cette 9e place finale est représentative d’un bon niveau.

Par équipe avec les gars JP et Séb, on passe un beau tour en mode revanchards contre les anglais qui détiennent le titre européen de Legnica où nous nous rencontrions l’année précédente, des clients donc, victoire d’un point 234/233. Notre chemin stoppe en quart contre les indiens en barrage 27/28 à 235. Dommage, on était chauds. En mixte, toujours avec la patronne Sophie, nous battons la Suède avec 155, la Colombie en bis repetita avec 158 et nous ne parvenons pas à faire le doublé contre le Danemark qui prendra sa revanche colombienne 156 à 155 en quart de finale, gros gros match ! Ainsi le chemin s’arrête et pas de terrain de finale pour cette fois, nous n’irons pas “à la plage” (les finales se tirent sur un terrain proche de la mer). Retour maison, grattage du chat pour qu’il se souvienne de moi, j’ai dix jours à peine pour entretenir l’ordre avant un nouveau périple englobant les championnats du monde FITA et les Jeux Européens, soient deux gros morceaux incluant un touch-n’-go maison de 24h entre deux.


Championnat du monde : S’Hertogenbosch, Hollande.


Den Bosch indivDen Bosch indiv 3Un mini stage est prévu à l’INSEP Paris avant de partir en minibus vers la Hollande. Ce moyen de transport aura l’avantage de nous rendre autonome une fois sur place, et de ne pas être tributaire des retards de transports aériens ni à l’aller, ni au retour où certains d’entre nous devront rejoindre la logistique de départ à Minsk. Durant le stage, pas de problème, tout le monde est prêt. On tire pour prendre l’air, l’heure n’est pas à la recherche de performance mais au confort et à la confiance. 

L’entraînement officiel nous permet de passer au contrôle matériel, voir que tout est en règle, tout en prenant la température d’un terrain situé en pleine ville. Les couleurs sont saturées tellement le gazon est vert. S’il est si vert et les arbres si touffus, c’est bien parce qu’il pleut souvent. Nous en écoperons plus tard. Pour l’heure, il fait beau et bon. C’est agréable, c’est un terrain à perf’. Les qualifications attaquent et avec 700 points, vous êtes 43ème… Je réalise 704 points pour me classer 11ème. La pression sur le terrain est absolument énorme, les bonnes conditions, le beau terrain, la densité d’un championnat du monde, tout cela était la cause d’un stress omniprésent chez tous les compétiteurs. Avec ce score, je composerai une fois de plus l’équipe mixte, une fois de plus avec Sophie. Et je tirerai sans être pseudo-protégé par un accès direct en 16ème de finale, j’en serai dès les 48ème de finale.

Den Bosch equip 1Den Bosch indiv 2Les 48 et 24ème de finale sont tirés la veille des 16ème, sous une pluie battante, bien lourde. Mes scores restent tout de même correct à bon avec 147 et 146 points. Le lendemain, je réalise d’abord 147 points dans un match stressant et serré, victoire d’un petit point. Puis, rien n’allait plus. Sans changement sur ma technique et mon approche, stable, je tire un 144 points contre Martin. Beaucoup de latéral, très peu de précision. Mais que ce passe t’il ? Pas le temps de corriger, à peine commencé, le match était terminé et mon parcours individuel s’arrêtait avec cette 9e place. Dommage, car l’histoire a montré que je pouvais réussir sur un mondial, avec la médaille d’argent en 2013, la médaille en chocolat en 2017, et mes quarts de finale en 2011. 

Je devais réagir et vite. Le tir par équipe avec JP et Séb était prometteur. Le premier tour en bye nous chauffe, nous sommes rapides et précis. Le deuxième tour nous laisse la victoire contre les anglais champions d’Europe 235 à 233, tout va bien, même si je me sens poussif. Un sentiment qui se confirmera au tour suivant, en quart contre la Colombie. J’ai passé le match a bien tirer, aucun problème, du bon et beau tir à l’arc sauf qu’en cible, mes impacts allaient bon train à gauche et à droite de la pastille. J’ai perdu beaucoup de points pour l’équipe qui en perdait aussi quelques-un. Défaite, 231 à 230. Mais quelle amertume… Une déception très lourde à porter, individuellement, collectivement. Chacun de nous porte l’autre, le regarde et le conseil, l’encourage, chacun d’entre nous a vu que tout était en place pour bien tirer et bien scorer. En dépit de tout cela, nous perdons.

J’ai mis du temps à digérer cette défaite. Sur le terrain, il fallait traiter l’info de suite, check de l’arc et visualisation mentale pour tenter de déceler le problème. R.A.S. Vite, le tir par équipe mixte commence. Les rotations s’accélèrent, le timing se resserre, la densité augmente et chaque flèche devient 20% plus importante en passant de 6 à 4 par volée. Je suis à 400% pour toucher le dix, et ils sont baveux. Sophie tire bien, elle est dedans, je fais tout pour suivre et survivre, surtout ne pas commettre de grosse erreur en voulant en faire trop. Le chrono tourne, les scores sont serrés. En 12ème, nous sommes en bye. En 8ème, nous gagnons la Slovénie 149 à 145 points sur 160. Il fait froid sur cette journée, très humide, il faut rester chaud. C’est une troisième rencontre de saison contre le Danemark, victoire / défaite puis victoire cette fois dans un gros match 152 à 151 pour l’accès en demie finale. Nous sommes dans les matchs de médailles en demie finale. C’est la rencontre de la Chine de Tapeï. Je parviens à retrouver de la précision non sans mal, j’ai le sentiment de devoir agrandir l’arc pour forcer dans ces butées afin qu’il daigne propulser mes flèches dans la pastille. Ca fonctionne à la force de nos bras, victoire 156 à 154. Et PAN, MEDAILLE MONDIALE. On est en finaaaaale !

Den Bosch CX 1De la déception amère, à la joie, en quelques dizaines de minutes, les émotions sont immenses et prennent un jus énorme. Je me souviens très bien de ce moment avec les gars, car au moment où je raconte cette histoire, des mois se sont écoulés. Je revois nos visages, nos expressions et j’entends nos conversations. Nous valons mieux, notre force est aussi notre identité. On est français après tout, et quand on est français, on est tenace, fier, et engagé. Nous y arriverons, ensemble. Quant à mon aventure avec Sophie… Si elle me lit, elle va pouffer de rire, ma nana moins XD, et bien, cela met du baume au coeur. Un parcours mérité, couronné d’une médaille mondiale. Le mixte français arc à poulies, victorieux à Antalya, à Salt Lake City, à Legnica, en finale de nombreuses fois, ou en petite finale, méritait cette place, voire mieux. C’est d’ailleurs ce que nous disions, que nous pouvions le faire, devenir champions du monde, mais que cela tenait à plusieurs facteurs qui devaient se réunir sur 15 minutes consécutives.

 

Den Bosch charetteDen Bosch finaleAlors cette finale, nous embarquions à bord d’une voiturette pour passer du terrain d’échauffement des finales (soit le terrain officiel) au plein centre ville bondé de bistrots. Les tribunes sont grandes, le décor est super sympa. Une bonne grosse demie heure plus tard, nous sommes sur place, les tribunes grondent et la musique est au taquet. Pas de doute, on y est. Je suis impatient, je veux voir ce que j’arrive à offrir à l’équipe de France sur ce terrain. Le mot d’ordre est clair : je veux prendre du plaisir quel que soit le résultat, montrer une bonne mine à ceux qui nous regardent, et du beau tir à l’arc. En face, la Corée. Nous sommes tombés sur un os. 

159 points… Moins 1 que parfait. C’est que nous avons pris pleine tête. Le sentiment qui s’en dégage est  : quel honneur ! Merci ! Sophie et moi, l’équipe de France arc à poulies est reconnue par cette nation du tir à l’arc mondial comme une équipe performante et talentueuse. Pour réaliser un tel score, il faut s’attendre à ce que l’adversaire soit coriace. Alors nous en sommes reconnaissants. Nous, c’est un 153 que nous rapportons, mais la tête haute, car rien, vraiment rien n’était joué d’avance pour ramener cette belle médaille mondiale à la France. Cette finale, nous pouvions la gagner si nous opposions une forte résistance en réunissant toutes les conditions de tir et de bien-être. Tous n’étaient pas présents. Alors quelques erreurs ont été commises, mais après tout, une médaille d’argent qui récompense de bien belles épreuves depuis le dernier mondial, nous sommes vice-champions du monde, et Sophie m’offre ma sixième médaille mondiale, merci Sophie !

Voir la finale équipe mixte : Compound mixed team final S'Hertogenbosch 2019.


Prochain #Carnetderoute : les Jeux Européens de Minsk, la troisième manche de la coupe du monde à Berlin, les championnats de France à Riom. Prenez soin de vous, respectez les consignes, prenez soin des autres, et s’il cela implique que vous ne deviez rien faire, ne faites rien. 

 

A lire : Rattrapage 3/3.

Vous avez manqué un épisode ? Rattrapage ⅓.

 

Archerycalement,

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Den Bosch medaille

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