Revenir.

IMG 0619La nouvelle est tombée en début d’après-midi, nous partirons à quatre en Chine pour la première manche de la coupe du Monde 2017, et j’en serai, avec Dominique Genet, Fabien Delobelle et Jean-Philippe Boulch.

J’ai du mal à contenir mes émotions en me remémorant ces deux dernières années si difficiles. C’est immense, énorme, tous les superlatifs sont appropriés, je vous le dis, je suis heureux de pouvoir voir loin. Car, le sport de haut niveau ne passe pas de “0” à “1” en un claquement de doigts, il est question de travail de longue haleine pour revenir.

Re'de'venir…

L’avoir réalisé, c’est déjà superbe. Vouloir le réaliser à nouveau, c’est ambitieux. Y arriver serait un accomplissement de force et de détermination. J’ai été écarté de ma passion par les aléas de la vie professionnelle et familiale. Professionnelle car l’armée compte plus sur les civils olympiques que sur les militaires du rang et j’ai ainsi choisi de partir. Familiale, vous savez pourquoi, et si vous ne le savez pas, lisez ceci. Revenir sur les pas de tir internationaux en portant le maillot d’équipe de mon pays chahuté par les actualités est une belle récompense et un encouragement à la persévérance et à l’espoir. Etre sélectionné n'est pas une finalité, car je ne travaille pas sur mes arcs, sur ma technique et sur mon mental juste pour servir de plat de résistance aux archers internationaux. Si je pars, c'est pour gagner. Gagner n'est pas une démarche simple, elle se construit, l'opportunité n'est pas exclue, mais son absence ne doit pas déstabiliser le travail en cours. La première étape est remplie, je suis heureux, et un peu comme un gamin...

Je vivais dans un monde d’échéances depuis 2014, connues ou inconnues, avec des décisions et des impératifs qui m’obligeaient. Ce qui change, c’est cette notion du temps, qui me laisse voir loin en organisant mon travail et mes entraînements pour coller à mes ambitions. J’ai dû avaler des couleuvres pour reprendre mon arc, c’est-à-dire accepter de me faire dégommer sur les pas de tir en attendant de retrouver un niveau suffisant, accepter d’avoir été affaibli et meurtri par la vie. S’il me reste encore des tâches à accomplir pour effacer 2016 de ma tronche et de mes obligations, je souhaite me rétablir dans ce que j’aime faire dans la vie : créer du matériel, tirer à l’arc, écrire et apprendre. Je voudrais pouvoir tout faire en même temps, je ne le peux pas, alors j’ai accepté d’avoir des limites physiques et mentales. Mon corps dit stop, tout comme mon esprit peut me rappeler à l’ordre quand j’atteints une limite. Le risque est d’en faire trop et de casser quelque chose qui demanderait encore plus de temps que si j’avais attendu le lendemain, le temps du repos.

barrage vittel 2017Cet hiver, j’ai repris l’arc quelques jours avant Lausanne. J’ai retrouvé de belles courbatures, du stress, mais aussi l’envie. Mes entraînements étaient alors au rythme de deux par semaine, pas plus de deux heures. Il y a eu le tournoi international de Nîmes où je redécouvrais la foule, les lumières, le niveau international requis. J’ai joué à Las Vegas, j’ai plutôt bien joué (seulement avec mon arc, les slots-machines m’aiment trop ;-)). Peu à peu, je me suis remis dans le “système”, en participant au mode de sélection du championnat d’Europe en salle. L’objectif n’était pas réellement “réalisable”, il aurait été “opportuniste”. Je ne vous ai pas parlé de mon championnat de ligue, puis du championnat de France en salle de Vittel, pas encore. J’aurais aimé écrire, j’ai préféré tirer mes arcs, toutes mes excuses pour cette fidèle infidélité.

Lors du championnat de ligue, je me servais des tirs réalisés en compétition au préalable pour configurer mon réglage d’arc et de flèches. Je disais ne pas avoir travaillé sur mes flèches depuis des années, je l’ai fait cette année et j’ai retrouvé la précision que j’attendais. Ce calibrage me permettait de tirer de sérieux matchs, uniquement des matchs dans le format que ma région a choisi. Un 148, un 150, tout le reste à 149. Les X étaient des donuts, pastilles, inside-out, pleine balle. Ca, j’adore, ça, c’est le tir à l’arc comme je l’aime…

3K8A1377Championnat de France à Vittel, j’y vais, je joue, je défends mon titre. De 2016 à 2017, j’ai vécu dix années, j’ai terminé une phase de quinze années de ma vie. Je partais sur un titre, je recommence avec ce même titre. Le symbole vaut beaucoup à mes yeux. Premier des qualifications, 594, champion au final avec de beaux matchs, parfois parfait, parfois serrés, toujours précis. La finale contre Jean-Philippe avait ce goût de l’international, cette intensité, cet enjeu. Oui, j’aime toujours ça, j’étais venu chercher cette information, je l’ai trouvé. Entre parenthèse, cette salle était tout particulièrement belle, les archers et les spectateurs l’auront remarqué, et je pense sincèrement que cela aura contribué à de nombreuses belles performances. 

En sortant du placard hivernal, j’allais découvrir ce que le Hoyt Prevail avait dans le ventre, à commencer par le tir en campagne. Roussas, abords de Saint-Paul-Trois-Châteaux (là où l’aqueceng commince à bieng se faire intindre), parcours venté et assez technique. Je me fiche pas mal du score sur la première sortie au mois de mars, toutefois, il était pas si mal pour les bourrasques que nous avons affronté (181-200). J’aime le tir en campagne, des amis voudraient me corrompre à passer du côté obscur de la force, mais pour le moment, je ne céderai pas (à moins qu’il ne me file un sabre laser rouge pour aller avec mon Prevail rouge et noir qui est magnifique…). Honnêtement, j’aimerais en faire plus, et c’est ainsi que je vais m’organiser dans les mois et années à venir. N’hésitez donc pas à m’envoyer vos mandats, on ne sait jamais.

A Chassieu, Est lyonnais, j’ai tiré les deux premiers FITA de la saison en me permettant quelques tests de flèches. J’essayais les pointes Easton de 140 grains, les plumes longues (ICE), les plumes courtes (AIR) de Bohning, ainsi que les spines de 420 et de 470. Je tirais 701 et 698, vent léger au pas de tir pouvant être assez fort en cible et de direction variable. J’ai fait le choix de tirer le Hoyt Prevail en 40” d’entre-axes, en cames SVX butée hard. Je reviendrai sur la montagne de données techniques que j’ai passé en revue ces dernières semaines prochainement (je le ferai vraiment, préparez un cacheton pour la tête).

Je me suis entraîné, tel un professionnel, presque tous les jours. J’ai réglé mes arcs mieux que des montres suisses et je me suis envoyé des paquets de 12-24-36 flèches en cibles pour façonner mes épaules, mon dos, mon rythme. J’ai préparé la performance pure, celle qui est réalisée dans de bonnes conditions météo, c’est-à-dire celle qui m’intéresse le plus pour le moment : battre des records, mes records. Dans ma région, le calme plat se montre une ou deux fois par an, le reste du temps, c’est du vent. Alors je vais bouger pour aller voir d’autres régions et favoriser les terrains qui me permettront d’engranger un maximum de confiance. Là aussi, si vous avez des mandats intéressants... (champ d'éoliennes, oubliez). Ensuite, je déciderai de m’exposer à d’autres difficultés pour préparer les compétitions de Tornado Alley.

La sélection FITA était dans mon programme. J’y étais bien plus préparé que celle de la salle cependant, nous avons rencontré des conditions qui pouvaient tout remettre en question à n’importe quel moment…

IMG 2742Saint-Avertin, tous les archers aguerris connaissent ce terrain réputé pour son exposition au vent. Il aura été fidèle à sa réputation, et nous avons dégusté. Entraînement difficile, guerre facile, dicton bien connu des casquettes à ressorts dans les coursives de pointus gris, maudit par les concernés, effectivement en train d’en chier des ronds de chapeau. Mieux que l’INSEP Pierrot ? Je maintiens mon oui : tout le monde doit investir son déplacement, son hébergement. Les conditions rencontrées à Saint-Avertin se sont déjà produites à l’international, l’accès au terrain est amplement simplifié pour tous par rapport au centre parisien, l’accueil et de la logistique sont largement meilleurs. Peut-être que le choix du lieu était volontaire ? Je ne le sais pas, j’ai deux avis : 1/ il permet de se mesurer à des conditions météo difficiles pour le contexte international et donc d’envisager une meilleure préparation. 2/ il n’autorise pas la prise de confiance par la performance au travers de résultats de haut niveau, la performance devient subjective et se compare aux conditions météo plutôt qu’à un score parfait. Je confirme ainsi ma volonté de bouger de ma région pour tirer de beaux départs au calme et prendre confiance. J’ai fait cela pendant deux ans, c’était en 2013 et en 2014 (22 médailles… 713s, 712s, 711, 710s... 150s…). J’y crois, alors j’y vais.

Le samedi, le vent était de force et de direction variable jusqu’à 30 km/h en rafales, parfois calme le matin. Je tirais 699, dont une volée à 53 lors de la deuxième série. Dominique réalise le même score avec deux X de plus et nous nous classons premier et deuxième, six points devant le troisième. C’était une bonne première référence pour estimer mon niveau, Dom est très fort dans ce genre de situation technique. L’attention est de tous les instants pour éviter la flèche qui nous fait perdre trois ou quatre points d’un coup lorsque l’esprit s’égare.

L’après-midi, un nouvel exercice de concentration était programmé : le “30x3”. Trente volées de trois flèches. Le but est que cela soit long, très long, très très long, l’épreuve d’endurance de concentration alors que ça caille un peu quand même, le vent ne faisant que fraîchir, pour favoriser la déconcentration, le moment où l’esprit va sur une île déserte, au soleil dans un hamac haubanné entre deux arbres créant une ombre très appréciée avec cette chaleur, un cocktail de fruits frais à la main et le bruit des vagues comme seul élément pertubateur et BAM dans ta tronche le gros 8 bien dégueu !!! T’as perdu tu dégages chez toi sous la pluie boulet… Voilà, c'est ça l'exercice, pigé ?

En fait, lorsque l’on tire plein de matchs d’affilée, parce que cela arrive quand une compétition se passe bien, un phénomène se produit et il s’appelle la routine de performance. Cette routine est un allié anti-stress pour des qualifications, elle permet de rester dans sa bulle pour envoyer des 10 à répétition jusqu’à la fin. En match, elle est un ennemi. Elle prive l’archer de son attention sur le drapeau, sur les moments importants pour marquer des points décisifs qui permettront de prendre l’ascendant psychologique sur soi ou sur l’adversaire. Il fallait faire des 30, valorisé par un bonus de 0,25 point. Si j’ai bien commencé avec 150 sur 150, je réalisais au total neuf 30 en quatre-vingt dix flèches. Le score total était de 860 environ, je n’ai pas noté. Au final, Fabien remportait cette étape avec onze 30, Dominique était second au score. Les scores étaient serrés, jamais plus de cinq points ne nous séparaient. Le vent n’aura cessé de forcir tout le weekend, et sur cet après-midi également.

SHA DA2 2311Dimanche, le vent était annoncé, plus fort encore. Je ne m’étais pas préparé à ces conditions. Je voulais reprendre le tir dans le bon ordre et donc tout d’abord en recherchant d’excellentes séries. Chez moi, j’avais programmé un entraînement foncier, une fois que mon équipement était réglé parfaitement. J’habituais mon corps en répétant les tirs par volées soutenues, sans rechercher le groupement, le 10 facile, pendant des heures jusqu’à épuisement. Je rentrais rincé. Ensuite, une dizaine de jours précédant la sélection, je basculais dans le qualitatif, en ne tirant que trois heures maximum, par volées de six flèches, blason neuf à chaque série, chronomètre. Les tirs comptés étaient compris entre 707 et 714 suivant l’état de forme et la force du vent. Mon pas de tir est abrité mais pas la cible, la précision variait ainsi d’un jour sur l’autre. Toutefois, des enchaînements de 60, et des séries à 358 confirmaient un potentiel sympatoche, et puis mince, ça fait du bien !!!

Rien à voir par contre avec la météo dominicale de Saint-Avertin. Nous avons eu froid, ce vent glaçait, la colonne d’air était perpendiculaire à la trajectoire des flèches, et avait donc une forte incidence en cible et sur le bras d’arc. Selon météo France, le vent moyen était de 30 km/m, rafales à 50, température de 7 à 15°C. C’était ça, au moins.

L’échauffement passé, j’entamais la première série avec 343 points, le top était Dom avec 347. Nous étions tous dans un mouchoir de poche, et tout était possible, il fallait batailler. Sur la deuxième série, je tirais la toute première flèche avec difficulté. J’avais les mains glacées et le chrono indiquait 150”. Je devais prendre une décision et laisser mon décocheur Back Tension pour le déclenchement au pouce. Je ne me suis pas entraîné avec depuis des lustres mais je me souvenais des compétitions où il m’avait sauvé (Riom et Belek 2013, Copenhague 2015, Sallanches 2016)… Je termine avec 338 et 681, deuxième de la matinée, le top avec Dom toujours avec 340 et 687. Je gardais cette option jusqu’au bout puisque rien n’était encore définitif.

L’après-midi se tenait un tournoi à élimination directe pour les huit premiers du classement provisoire, quelques points supplémentaires à gagner pour confirmer le classement. Le premier match à 143 était vraiment bon. Le deuxième à 139 un poil en-dessous mais bon aussi où je m’incline contre Fabien, fortiche à 141. Je gagne la troisième place du classement final avec de bons points de sélection, et de bons points sur le cumul également.

Une compétition difficile laisse des traces, et casse le tir. Je dois tout reprendre pour partir sereinement le 13 mai prochain à Shanghai. Et c’est ce que je vais effectivement faire, avec sérieux, impertinence et audace. A l’impossible nul n’est tenu, et je n’y suis pas obligé, mais ce n’est pas impossible, alors j’y vais. Mes travaux sont un gigantesque chantier, le temps est désormais un allié à nouveau sous contrôle. Je suis très heureux de bientôt vivre ma suite, et de vous la faire partager.

Je quittais l’équipe de France à l’été 2015 après un championnat du Monde FITA danois très mouvementé, dans un contexte de maladies, de douleurs, remplis d’incertitudes et de meurtrissures. 2016 était une saison blanche aux yeux du monde sportif, une année noire à mes yeux. Ca suffit, maintenant, on s’éclate. J’ai 35 ans, et je vais vivre ma passion, et de ma passion. Enorme !

Je retrouverai en Chine le maillot que j’ai porté à de nombreuses reprises, le maillot avec lequel j’ai gagné des médailles individuelles et des médailles par équipe. Je retrouverai le voyage, le chemin vers la plus belle expression de la performance, sur un pas de tir international parmi de nombreux talents du tir à l’arc mondial. Je vais m’y préparer, très sérieusement, méthodiquement. Je me prépare à me battre moi-même tout d’abord, à devenir meilleur que celui que j’étais. Je suis convaincu que le record de France que j’ai placé à 713 tombera, comme je suis convaincu que d’autres médailles peuvent venir s’ajouter à celles qui sont déjà des souvenirs. Avec l’équipe de France, Dominique, Fabien, Jean-Philippe, l’énergie et l’expérience au sein de cette équipe nourriront de beaux récits à venir, et cela aussi, j’en suis convaincu.

A bientôt pour de nouvelles aventures,

Archerycalement,

>> - - - Pierrot - - - > X D

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  • Invité - Gerard

    Salut Champion, bien content de te revoir à ce niveau. Du bleu, du blanc, reste à oublier le noir et rajouter du rouge, sans oublier que la plus belle des couleurs c'est le jaune et l'or bien entendu.
    Gerard

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  • Invité - Landreaux

    Bonjour Pierrot,
    Très vives félicitations pour ce retour en équipe de France.
    Marc

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