Augias, épisode 3.

portraitLa saison 2018 est terminée, et une autre a commencé. Nous avons passé les fêtes de fin d’année et le travail reprend. J’ai tenu à publier mon carnet 2018 pour vous faire voyager, mais aussi pour vous plonger en immersion dans ce que j’ai vécu cette saison au fil des compétitions. A la fin de cette lecture, j’aurai réussi.

Je suis à l’aéroport d’Istanbul et le moment est venu de relire mes lignes précédentes, pour laisser aller mes doigts sur le clavier à conter les mois écoulés depuis la DNAP de Boé. C’est important de vivre dans le présent, tout comme je suis convaincu qu’un bon coup d’oeil dans le rétro nous permet de vivre le moment présent avec une bonne analyse de ce qu’il s’est passé pour mieux définir les objectifs, mieux les vivre, mieux réussir #CarpeDiem.

Au retour de Turquie après cette superbe médaille d’or mixte décrochée avec Sophie, j’étais fatigué mais toutefois heureux du nombre de points positifs dans les bagages. Pas de weekend de compétition prévu juste après ce voyage, mais plutôt un laps de temps passé à traiter les affaires laissées en suspend depuis l’étranger après une période dans les hôtels et aéroports. Je n’ai repris l’arc que tardivement pour préparer la seconde manche de la DNAP à Boé, sans changement, tout allait bien et j’ai donc laissé l’arc ainsi. Je passais du temps de réglage à préparer un deuxième arc qui allait pouvoir prendre la relève plus tard dans la saison si le besoin se présentait. Quelle bonne idée ;-)

Ainsi arrivait rapidement Boé, et on sait que ce terrain peut offrir des conditions assez compliquées, tout comme une situation calme. Cette fois, c’était calme. Au matin, j’accompagnais ma #NanaKiDéchire pour son tir qu’elle négociait très bien, avec notamment une première série à 348 points, la chamelle ! C’est tellement bien ça ! Une belle étape-récompense que de rendre une jolie feuille de marque ;-) Je ne restais pas derrière elle, elle se débrouille bien toute seule, et je rentrais à l’hôtel pour trouver de la fraîcheur et du calme avant mon tir. Ces weekends de DNAP sont assez éprouvant physiquement, car le programme est très dense, la chaleur estivale grignote de l’énergie tout au long de la journée, et il faut garder de quoi être performant en équipe le dimanche, sans oublier les compétitions suivantes.

IMG 0092Mon tour arrivait en tout début d’après-midi, les drapeaux n’étaient pas figés, ils bougeaient au gré d’une légère brise. Dès l’échauffement, mes impacts étaient cohérents avec la visée, le tir très solide, la contre-visée évidente et facile, je savais donc dès le départ que quelque chose de gros allait se produire. La feuille de marque cause d’elle-même…

Cependant, c’était un tir déterminé certes mais très technique compte-tenu du petit vent qui s’affairait en cible et venant quelques fois jusqu’au pas de tir. Je ne visais pas qu’au milieu… Cela demande une attention de tous les instants, sur chacune des 72 flèches tirées, c’était chaud. C’est ce que j’appelle le flèche par flèche, c’est de ça dont nous parlons quand on demande à un archer de se mettre à 100% sur chaque flèche. Chacune d’entre-elles doit être préparée, visée, tirée, avec la certitude d’avoir été mise en place correctement et bien visée au bon endroit compte-tenu du contexte. La première série était excellente, je pouvais gratter un petit point éventuellement, sur une faute d’attention. Sur la deuxième série, j’ai constaté ce que j’appelle une « renverse » : le vent change de direction à un moment de la journée, souvent après l'aube et avant le crépuscule, ou bien au passage d'un dépression. Il ne souffle pas d'un seul cap, il possède un spectre de déviation d’environ 30°. Donc de temps en temps, il peut nous faire un sale coup. Si la dominante se trouve dans l’axe de tir, vent de face ou pire, vent arrière, cela fausse l’appréciation du tireur qui sent l'air sur son bras ou voit le drapeau changer de sens. L'instinct donnera une tendance à l'arc lors du lâcher, qui sera rapporté à la flèche par conséquent… S'il est bon, alors la déviation due au vent sera minime. Dans ce cas, il ne faut pas hésiter à contre-viser, selon ma technique, car le réglage viseur prend en compte la dérive normale de la flèche poussée dans un sens, mais si la tendance s’inverse pour s’ajouter à la correction du viseur, vous aurez un impact éloigné de votre zone de groupement, à l’opposé, comme s’il y avait vraiment du vent… C'est pour cette raison que je n'aime pas forcément le vent dans l'axe, il ne l'est jamais vraiment en fait, et il aura toujours des variations. Si vous voulez en savoir plus sur les principes de base de la météorologie et plus particulièrement des vents, recherchez la loi de Buys Ballot, ainsi que la force de Coriolis, il vous en causera plein de choses très utiles. Voyez, ce phénomène n'est pas qu'une vue de l'esprit, vous pouvez le démystifier, cela existe réellement sur notre planète ;-)

Mes impacts n’étaient pas loin lorsqu’ils ne touchaient pas le 10, sur cette deuxième partie, trois neufs sortent de la gamelle d’un tout petit ch’touille alors que je procédais déjà à une contre-visée. Celle-ci a été fructueuse de nombreuses fois pour planter des X et des 10 à la pelle, ce qui me confortait dans mes stratégies à donner des tendances au viseur. C’était un moment d’une intensité réellement énorme. Lorsque je recommençais cette seconde série avec un 60 bien groupé, tout était là pour que j’aille jouer avec mon record de France, placé en 2012 à 713 points. Je l’avais égalé en 2013 en coupe du monde en Pologne, et une autre fois lors d’une compétition régionale. Ce ne sont pas des scores « réguliers », tout doit être « câblé » pour que cela se réalise. Un 9 arrive sur la seconde volée, je suis à « -4 » sur le total et dans mon esprit, aucun autre 9 ne peut arriver.

A cet instant, les deux prochaines volées, les troisième et quatrième, m’ont donné du fil à retordre, justement à cause de la renverse. J’aurais pu en lâcher bien plus sur ces douze flèches, et le tir a tenu pour rester deux fois de suite à 59 points. Je suis à « -6 », il reste deux volées, douze flèches, les drapeaux s’agitent toujours un peu et l’air arrive parfois sur le pas de tir. La pression monte et je n’ai plus aucun joker pour effacer mon ardoise d’un seul petit point, « je dois faire 120 points ». Le compte à rebours démarre et je ne parle plus à mes collègues de cible, je ne montre plus rien, je me concentre sur la respiration, sur les drapeaux, sur mes points techniques, je veux taper du parfait. Cinquième volée, 60 points, cette fois ça y est PJ, la balle est dans ton camp, alors tu vas virer toutes les mauvaises choses présentes dans ton esprit juste le temps de six flèches, et tu y reviendras plus tard. Je montais au résultat, j’annonce 60 à mes collègues, pas un mot de plus, rien, silencieux, et je retourne au pas de tir en m’isolant. J’entends que l’on me parle mais je n’écoute pas, je suis dans mon truc, je veux ce record. Mes mains commencent à trembler avant même que la sonnerie ne retentisse pour appeler la sixième et dernière volée. Elle sonne, je monte au pas de tir rapidement, je veux le maximum de temps, check de drapeau, feu vert, j’envoie quatre flèche très rapides, pas de question, pas de chichi, tout était basé sur la confiance des soixante-six flèches qui précédaient celles-ci et qui étaient bonnes.

Quarante en cible, reste deux flèches, je respire un coup, il me reste plus de deux minutes pour ces deux dernières. Check de drapeau, visualisation du tir, j’envoie. 10. 50 en cible. Dernière flèche, les jambes commencent à trembler, les mains sont moites, on y est, cette dernière flèche m’a coûté l’énergie des soixante-et-onze précédentes, la visée devient telle que la vision au travers d’un masque dans un aquarium, la ligne de tir est cotonneuse et je cherche le bon axe, je suis dessus, j’envoie avec souplesse. Le décocheur largue, je prolonge et maintiens le bras d’arc, la trajectoire et bonne, et BOUM, l’impact vient renforcer la tâche noire déjà présente, c’est un nouveau 60 pour inscrire 714 points à mon palmarès des records de France. C’est fait. Putain c’est bon ! Mes poumons pouvaient à nouveau se remplir d’air ! Aucun cordon, pas un doute, des impacts précis bien à l’intérieur du 10, un tir simple, un bon arc avec de bons accessoires, le pilote et le mécano peuvent être fiers !

IMG 7316Les records sont fait pour être battus, alors oui c’est certain, autant faut-il pouvoir les battre. Les battre me donne de la confiance, et surtout beaucoup de plaisir. Les adversaires internationaux regardent ce genre de performances aussi, on sait tous que l’on peut se méfier. C’est de la performance pure, c’est du beau tir à l’arc, de la régularité, de la précision, de la logique et le fruit d’un travail. Je suis fier de ce record, et fier de savoir que je pouvais glaner quelques points de plus. Le 717 est à portée. Je ne suis pas encore au taquet, j’en suis tellement sûr, d’autres performances arriveront. Je dois régler mes affaires, pour me concentrer uniquement là-dessus pour un temps, et les choses suivront avec persévérance et détermination. Mes acolytes de cibles se sont montrés particulièrement respectueux ce jour-là, pas un mot de trop, pas de question déplacée, juste chacun dans son tir et une ambiance légère, simple. Merci à eux, Chris et Yohann.

Dans les quinze minutes qui suivirent, les matchs individuels attaquaient, ou devrais-je dire, m’attaquaient ! Quinze minutes !!! J’étais encore liquéfié par l’énergie dépensée à tirer ce record, et il fallait recommencer à tirer, je parlais de la densité du programme, la voilà ! Je voulais déjà rentrer, boire un verre bien frais, me doucher et me reposer, peut-être même dormir tellement j’étais rincé. Je tirais avec ce qu’il me restait en essayant de ne rien dégrader de mon tir. Dans ce cas il faut rester sage et sur les bons objectifs, et pour moi, dans un weekend par équipe, c’est l’équipe qui compte ! Je remportais les deux premiers matchs avec deux bons 149 points, avant de m’incliner contre Camille 146 à 148 en quart de finale. Sur ce dernier match, j’ai tout donné, ce qu’il me restait, je tentais la résistance face aux assaults bretons mais sans succès, il a été fort. Kenavo ;-)

Alors, pour la p’tite histoire… Parce que nous sommes là pour ça après tout, celui qui n’a pas compris pourquoi la lecture était si longue, peut retourner sur Facebook ou Instagram #XPTDR ;-) 

La p’tite histoire vient du fait que, quand on est champion, cador, performeur, on devient un peu l’homme à abattre. Alors c’est super cool et gratifiant, mais ce n’est JAMAIS de tout repos, c’est un travail à temps plein pour résister et/gagner sur chacune des rencontres. Forcément, moi le premier, quand je me retrouvais contre un champion, je voulais le dévorer et je donnais tout contre lui. Par contre, la suite était plus compliquée, car une fois le match gagné et le champion renvoyé à sa maison, il y avait d’autres matchs derrière… Donc deux solutions : soit on assume et on continue à gagner, et/ou à produire un bon niveau de performance, soit on assume pas et dans ce cas on perd le match suivant avec un mauvais score. La définition d’objectifs sert aussi à ce genre d’expérience : savoir envisager une suite après l’objectif majeur, pour rebondir d’autant plus.

De guerre lasse, faute de ne pouvoir gagner à chaque coup, ce qui est parfaitement humain, et pour mettre une carotte supplémentaire à l’enjeu, j’ai tenu à faire un pacte avec les bretons : les points du match suivant seront « payés » en bouteilles de cidre. Donc prenons exemple concret : JP Boulc’h me battait au barrage l’an dernier 147 X contre 10. Au tour suivant, il réalise 142 points : il m’a gracieusement offert cinq litres de cidre dont je me suis délecté en repensant à ce moment fugace qui pour le moins aura survécu plus longtemps dans mes souvenirs, en le tournant comme un bon moment.

Cette fois à Boé, Camille me sortait avec 148 points, le match était très serré, chacun était très concentré, les supporters bretons étaient fin prêt pour assister à un match de football France-Croatie et au tour suivant, monsieur le vainqueur, monsieur Camille, le vrai le seul l'unique, tirait… 144 points. Son cidre, artisanal, est particulièrement délicieux, avec un petit goût acidulé très agréable. Je garde encore une bouteille en souvenir de ce moment, un simple regard sur l'étiquette me donne le sourire. C’est de bonne guerre ! Bien entendu, le jeu fonctionne aussi dans l’autre sens, si je gagne contre le breton parieur en tirant comme une brèle derrière, j’offre aussi les bouteilles. Seulement le cas ne s’est pas encore produit, et vu que j’habite en Auvergne, que devrais-je offrir ? De la Volvic ? Pour sûr, ça les changerai ! Ha ! J’adore le Bretagne, et en plus, elle est pleine de bretons ! 

Venait ensuite le tir par équipe, ce pourquoi nous étions tous venus à Boé. La météo restait stable ce qui allait me permettre d’enchaîner sur les bonnes performances de la veille avec une nuit de repos appréciée. J’ai réalisé une chose que je n’avais encore jamais produit : le score parfait en équipe. Pas une fois dans un match, mais cinq fois de suite dans cinq matchs… Pas un seul 9 de la matinée échauffement compris…! Vous pourriez vous dire « mais comment est-ce possible ? », et je me le disais aussi avant de le faire ! Match après match, avec mes coéquipiers, pour leur engagement, pour mon club, pour le plaisir, ces flèches étaient déterminées, tirées avec l’envie et avec le coeur. Nous avions réussi a gagné deux matchs, et les autres n’étaient pas si loin de la victoire, un bon point pour l’expérience des archers qui composent l’équipe, et en vue de la troisième et dernière manche de la division nationale. J’y reviendrai plus tard dans la saison, ces lignes nous mènerons jusqu’au championnat de France.

Nous voici dans le trajet retour de Boé, cinq jours à passer à la maison avant de repartir pour Salt Lake City, troisième manche de la coupe du monde. Départ depuis Clermont-Ferrand, une nuit à Paris, vol de douze heures le lendemain et hop, bonjour les States. C’est toujours long, mais une nuit parisienne avant de prendre l’avion est mieux que d’enchaîner le train et l’avion dans la foulée, en été… Là tout de suite je pense aux publicités pour les déodorants qui durent 24h ou mieux 48h !!! Et bien c’est pas encore ça leur truc, mieux vaut prendre une douche avant et après, ça reste le plus efficace.

IMG 7378A Salt Lake City, le Easton Archery Learning Center nous accueille dans son infrastructure immense, belle, plutôt bien pensée, et si bien exposée aux quatre vents de l’Utah. Si l’année dernière nous étions assez contents qu’Eole garde son calme sur cette semaine, cette fois une mouche a dû le piquer car il n’était pas content du tout… Le vent traverse le terrain sans aucun obstacle pour le freiner, il pouvait venir de tout azimut. Ainsi, les qualifications étaient très très sport et je scorais à 683 points pour prendre la douzième place ce qui reflète assez bien l’aspect difficile de ce tir. La gagne était à 699, mais là il faut savoir tirer dans le vent fort, ce que je ne sais pas encore faire et je dois l’admettre. Mes changements techniques ne portent pas encore leur fruit dans ces conditions, j’y pense bien sûr, chaque chose en son temps. Les dernières marques rendues me confortent dans ma position, ça tape fort lorsque les conditions sont bonnes à correctes, et cette technique me permet aussi d’être performant face à la pression. Lorsque le vent se lève, je n’arrive pas encore à construire, il faut du temps, des repères, et de la répétition. Avec quelques ajustements et encore de l’expérience, ça passera sans dégrader le tir. Je ne voudrais pas me presser et risquer de perdre la performance pure au bénéfice d’un tir un peu meilleur dans les conditions dégradées. Le futur me donnera raison. Je prends la deuxième position de l’équipe masculine derrière Seb à 686 qui sera dans le mixte avec Sophie. C’est bien comme ça, au service de l’équipe de France, Seb est fort dans le vent, il peut tirer très vite et très engagé et souvent, ça passe, et cette fois le parcours mixte reviendra avec la même couleur de médaille qu’à Antalya, l’or ! Si vous n’avez pas vu cette finale, allez faire un tour sur Youtube / Archery TV pour visionner ce match dantesque… Ca vaut le détour !

Sur les éliminations, du vent bien de travers, parfois calme, parfois fort, je remporte mon seizième de finale avec 146 points, le huitième de finale avec 147 points, et en quart de finale le vent fraichissait encore un poil. 30 partout contre l’indien Verma, excellent tireur, 60, 90, 120 partout, c’est « the » gros match du terrain… 140 partout et il tire un 9. Je tente tout, quitte à tenir trente secondes en visée, mais ma flèche n’atteint pas le cordon 10. Barrage à 149 pour accéder au carré final… C’est une bonne flèche qui sort de l’arc, bien tirée, bonne trajectoire, et 10 pleine zone. Verma remporte le match avec un autre 10 pleine zone, plus proche de deux petits millimètres. Après mon excellent quart de final à Shanghai où j’échouais avec le meilleur score perdant, et même des gagnants sauf celui de mon adversaire, l’identique se produisait encore à Salt Lake City. Quand les astres ne veulent pas… Je marquais ainsi une nouvelle fois douze points pour le classement de la grande finale de la coupe du monde.

IMG 7413En équipe, on a été secoué. Nouvelle recrue, nouvelle disposition. Les premiers essais sont prometteurs : ça tourne bien et il me restait au minimum trente seconde sur la dernière flèche de la volée. Parfait compte-tenu des conditions où certaines flèches prendront plus de temps pour laisser passer les plus grosses rafales. Le premier match est parfait, 224 points et c’est le meilleur score du terrain. Ensuite ça se compliquait contre le Mexique où nous perdons avec 219, c’était vraiment chaud ce vent… Si l’individuel était tiré en matinée, l’équipe était l’après-midi, et le vent était d’autant plus fort. Cette défaite nous laissait une nouvelle fois jouer pour la médaille de bronze contre la Chine de Taipei.

Sur ce jour de finales, le vent était vraiment fort, le terrain placé sur le côté du centre laissait entrer le vent au près serré bâbord. Le côté droit où nous étions était le plus exposé, et les scores réalisés entre la gauche et la droite le démontrent sans faire de chichi. Le tir alterné n’aide pas non plus, s’il est télévisuel pour ne rien manquer d’un match, l’alternance des rafales peut favoriser une équipe ou un archer. Cette fois n’était pas pour nous. J’ai pris de fortes rafales et tirant le dernier mon rôle était aussi de gérer le chrono. Un peu trop pour moi qui n’eut touché que deux ou trois fois le jaune, et pas un seul 10 du match… Rien à faire, comme coincé dans le sèche-linge, rien à faire, même avec la meilleure volonté du monde. Ces matchs de finale sont très difficile à négocier, tout va très vite, la présentation, la mise en place, le rythme des volées… à peine commencé que vous devez repartir. Un score à 214, et une défaite malgré une excellente équipe soudée. J’étais bien mal en point et cela me montrait bien que le repos sur les lauriers n'était pas encore pour maintenant.

Cette destination est aussi le siège de mes sponsors principaux, la compétition était entrecoupée de meeting avec les marques, à effectuer des retours sur les matériels, à penser des nouveaux jouets. Ce n’est ainsi pas que l’aspect sportif qui était à voir, mais bien l’aspect professionnel. Pour les archers, des visites étaient programmées chez HOYT et EASTON afin d’en apprendre plus sur la façon de réaliser un arc ou un flèche, avec l’exigence et la complexité que cela implique.

Le retour de States était le lundi suivant, pour une arrivée en France le mardi avec les neufs heures de décalage horaire. Au soir, j’étais chez moi pour deux jours avant de repartir aux affaires n’ayant rien à voir avec le tir à l’arc. Cible d’appoint dans le coffre de la voiture et arcs avec moi, je me suis entraîné en mode sauvage dans mon déplacement de quelques jours pour nettoyer les écuries d’Augias. Ce n’est certainement pas le canevas type de l’entraînement de l’archer professionnel que nous voyons là, chaque jour il faut s’adapter et faire en sorte que le lendemain soit meilleur. Ce qui est certain, c’est que le confort n’est pas encore mon ennemi pour ralentir une préparation. #InspecteurGadget.

IMG 2200Le décalage horaire était rude à négocier cette fois, comme si mon esprit comprenait qu’il s’agissait du dernier long voyage de la saison, puisque tous les autres se passeront en Europe. Relâchement donc, très certainement. Même avec toute ma volonté pour tenir jusqu’à 22h avant de me coucher, je me réveillais tous les matins entre 2h30 et 3h. Agacé de ne pas pouvoir me rendormir, et la caboche déjà bien en route, je me levais bien avant le coq. Je n’ai pas forcé, et je me mettais au boulot. Le tir aux premières lueurs du jour est très agréable, fraîcheur matinale et physique, j’ai pu m’entraîné longtemps avant de commencer ma journée de travail. Il ne fallait pas me demander grand chose l’après-midi en revanche… Les assaults du jet lag se pointaient avec la chaleur estivale et je commençais à débloquer façon erreur 404, c’est moche à voir un PJ qui bugue, vraiment moche. Alors, la dernière chose à faire eut été de prendre l’arc… Cela aurait eut bien des effets néfastes sur la qualité de mon tir et sur la confiance. J’y allais donc doucement en m’occupant des tâches faciles, au frais à la maison et depuis mon bureau. Ainsi vint rapidement le championnat de France se tenant à Surgères en Charente Maritime. Compétition individuelle mais aussi par équipe avec la finale de la division nationale qui allait déterminer le maintien de mon club à ce niveau, ou bien une descente en division régionale. Le programme s’annonçait dense, très dense, et un climat très chaud…

Je connais très mal la région Charente-Maritime, et Ouest en général, sauf la Bretagne. Je l’ai étudié sur carte marine, alors que j’étais affecté au centre de sauvetage en mer d’Etel. Je m’occupais de toutes les opérations maritimes de la pointe de Penmarc’h à la frontière espagnole jusqu’à 200 nautiques des côtes (ZEE). Je vois ainsi très bien le trait de côte littoral, mais assez mal l’intérieur des terres. C’était l’occasion d’en savoir un peu plus et de découvrir le coin. Il était évident que nous allions rencontrer des conditions météo marines, étant si proche de l’océan, et des éoliennes… Je diffusais régulièrement des bulletins météorologiques spéciaux « BMS » annonçant des vents d’une force minimale de 7 sur l’échelle Beaufort pour cette région, pas de raison que cela ait changé depuis.  « Avis de grand frais, je reste à quai… ».

France FITA poulies Surgéres 53L’entraînement officiel nous laissait prendre les premiers repères, les premiers réglages de viseur, les premières sensations et autres informations qui seront utiles pour le lendemain, à ruminer dans la nuit. Le lendemain arriva vite, et moi un peu moins… J’étais à la bourre. Je déteste ça ! J’aime prendre mon temps, pour ne pas courir, pour dire bonjour, pour répondre à une question sans être expéditif, pour monter mon matériel dans le bon sens sans rien oublier… La première sonnerie d’appel de la volée d’échauffement se pointe alors que je n’ai pas encore les flèches dans le carquois. J’arrive sur le pas de tir alors qu’il me reste trois minutes pour commencer à me dérouiller de la nuit. Je tire 60. Puis à nouveau 60 sur la deuxième, et idem sur la troisième. C’est bien mais c’est pas bien… Je n’aime pas ça, c’est déjà frustrant de savoir que j’ai chauffé trop vite et qu’un coup de mou va arriver une fois l’adrénaline retombée. Je restais donc méfiant et j’ai bien fait. Je commençais et je terminais la première série avec 58 points, les conditions étaient bonnes, les drapeaux n’étaient pas gelés mais le temps était assez stable pour l’instant. Avec deux fois 59 et deux fois 60 points, je marque un 354 pour cette première moitié, ce qui est bien mais pas top. Je suis chafouin, et troisième du classement. Forcément, ça m’énerve. La seconde série recommence et six flèches se plantent dans le X, et les dix-huit suivantes se plantaient aussi dans le 10 et dans le X… Quatre volées parfaites d’affilée, je suis à 240 points sur 240 alors que le vent nous chatouille un peu quelques fois. Dans ma tête, pas de pression, juste une envie terrible de taper le plein sur la seconde série. Je l’avais déjà fait mentalement, il me restait à être patient pour faire coller ce que je visualise à ce que je vais produire. Le tir devenait plus technique, le vent venait nous chahuter un peu de trop (un peu d’air, ce n’était pas tempête), en tout cas suffisamment pour dévier mon groupement à droite et taper un 9 sur chacune des deux dernières volées. La seconde série est rendue avec un total à 358 points. Score total, 712, je suis premier des qualifications. C’est mieux. #ModeRageux

Avec cinq archers à plus de 700 points, et 22 à plus de 690, le niveau français est très bon. Pour les archers en progression, c’est très encourageant, pour les archers de tête, c’est très motivant. Ainsi va la montée en puissance au gré des saisons, c’est super de voir ça. En tout cas la météo nous aura laissé tranquille le temps de constater cette progression, le temps de se faire plaisir. Tant mieux car les choses allaient se compliquer dès l’après-midi avec le tir par équipe. Le vent s’installait de travers et devenait plus fort. En équipe, le temps réduit ajoute une pression supplémentaire et n’autorise pas de régulation en cas de rafale. Sur un match individuel, vous avez deux minutes pour tirer trois flèches hors finales. En équipe, c’est le temps alloué pour en tirer le double à trois archers. Mathématiquement, cela ne laisse pas de temps extra-miles.

C’est un des trucs que je n’aime pas dans le tir à l’arc de notre temps. On se presse déjà tous les jours à faire deux millions et demi de choses en simultanée, sous la pression, et quand on vient faire la compétition, on retrouve cette culture du temps qui doit absolument aller vite. En individuel, deux minutes pour trois flèches sont assez bien réparties pour tirer correctement à peu près dans toutes les conditions, de même pour les quatre minutes des qualifications pour six flèches. Lors du tir alterné individuel, le temps compte plus que la précision, le « télévisuel » au détriment de la performance. Nous sommes ainsi capables de montrer le tir de chacun de façon alternative, mais dégradé à l’image. Même les meilleurs archers du monde tire leur flèche pour être dans les temps, et non pas pour être dans la cible lorsque les conditions deviennent difficiles à épiques. Je trouve cette notion de temps absurde, beaucoup trop courte, et non adaptative.

Une seule fois, la World Archery avait adapté le temps de tir aux conditions, c’était à Belek en 2013 lors du mondial FITA, alors que le vent était de 80km/h en moyenne, et plus de 100 km/h en rafales, de plein travers. Le double de temps, et un seul blason au centre de la cible avait été décidé pour le tir par équipe. Je trouve très regrettable de jeter à la poubelle tout l’engagement et toute la préparation des athlètes à devenir plus précis pour la réussite et pour la diffusion d’une belle image de notre sport, simplement pour une question de temps, parce que les conditions sont mauvaises. Cette notion de temps, voire d’urgence, rapportée au niveau national, ou même au niveau régional, laisse parfois apparaître des situations dangereuses qu’il faut aussi prendre en compte. J’en profite pour faire quelques parenthèses, quelques fois des gens qui pensent passent par ici ;-) Forcément, le temps génère un stress supplémentaire qui se cumule avec l’intensité des conditions météorologiques rencontrées, et,  une flèche peut tomber de l’arc, l’archer peut perdre l’équilibre, les flèches ne touchent pas la cible, l’arc peut claquer à vide etc… Pire encore, cela provoque le dégoût de l’archer qui ne voudra plus venir en compétition de ce genre, ou toucher un arc, cela provoque les railleries ou l’incompréhension du téléspectateur qui regarde un archer en compétition… Echec. Et on se demande comment donner envie aux archers de rester ? Commençons déjà par adapter un peu le système à celui d’un d’une population de bosseurs sous pression qui veulent pratiquer un sport de précision, et non un sport de chronomètre, sinon qu’ils aillent faire de la F1 ou du vélo !

Dans mon équipe salaisienne, nous n’avons pas vraiment de problème de gestion du temps, chacun tire dans ses vingt secondes allouées (quel luxe !), quelques fois l’un de nous grignote 5 secondes, rattrapées par le suivant qui va brader sa flèche au service de l’équipe (c’est bien ça non ? Et là, tous les archers qui tirent en équipe sentent qu’ils sont un peu remontés…). Nous ne passons pas loin de remporter un match de plus, nous en gagnons deux, et malheureusement, ce résultat sera insuffisant pour le maintien de notre équipe en division nationale. Nous sommes les premiers relégués en division régionale. Malheureusement ou heureusement, je ne sais pas encore comment décrire mon sentiment à ce sujet. Le meilleur moyen d’y parvenir est certainement de laisser un peu d’eau couler dans les écuries, tout en menant un réflexion en se remémorant les faits qui nous ont conduit à la division régionale, puis nationale, puis régionale à nouveau. Quelles sont les conséquences morales, financières, sportives, pour les archers et pour le club ? En 2016, nous grimpions sur le troisième marche du podium lors de la finale nationale des DR, j’avais prévenu mon club que la DNAP était un univers rude où il fallait s’entraîner, se projeter sur des objectifs, préparer des compétiteurs à prendre la relève au cas où…

C’est le « au cas où » qui fout le bordel dans un petit club. Si l’un se blesse, si l’autre ne peut pas venir, ne veut pas venir, si un aléa de la vie se pointe au mauvais moment, si les personnalités se heurtent, mais surtout, si le club ne possède que trois archers au niveau national, les problèmes commencent. C’est une évidence, c’est une certitude, l’expérience « heureuse » ne sera que de courte durée. Vous venez de remporter tout un tas de matchs au niveau régional et un podium à la finale des DR, forcément c’est super cool et l’ambition va bon train. Seulement, à cet instant, vous êtes grands chez les petits en tapant des scores qui se situent entre 225 et 229 chez les hommes, 220 à 225 chez les femmes. En accédant au niveau supérieur, vous devenez petits chez les grands. Sans taper régulièrement au-dessus de 230 points, les défaites seront nombreuses, et la lassitude pointera son nez, le dégoût, le découragement. C’est un risque qu’il ne faut pas avoir peur de voir en face. Nous l’avons vécu, nous aurons chacun notre histoire, nous aurons tenté, nous aurons appris, ou pas, selon les expériences. J’ai mon opinion et je ne veux pas être défaitiste, mais je souhaite réellement que notre expérience ne soit pas le théâtre de la désolation pour un autre club. Je souhaite que ce témoignage puisse servir à d’autres. Ce n’est pas une aventure facile, il s’agit d’un engagement réel de chacun des individus qui composeront l’équipe, archers ou coach, et de l’ensemble du club également. Il est physique, moral et financier. Physique car il demande un entraînement régulier d’un « vivier » d’archers sur qui le club pourra compter en cas de besoin. Moral car le niveau est rude, tant individuel que collectif, les déplacements sont plus éloignés, la sélection interne au club peut susciter les jalousies, les incompréhensions, il faut devenir meilleur, ou bien le meilleur, même au sein de son propre club, mais sans bouffer les autres. Financier car les déplacements coûtent plus chers, le matériel devra être entretenu, modifié, changé, à la charge de l’archer ou bien du club. C’est un tout que la population d’un club doit apprivoiser, tant dans la pratique du loisir que celui de la compétition, les deux doivent cohabiter et c’est souvent délicat. On parle de subventions parce que le club organise des manifestations publiques, mais aussi parce le club possède une équipe dans chaque niveau de compétitions, du département à l’international parfois… Mais avant de pouvoir aligner chaque niveau, ou de le vouloir, il faudra se structurer. S’il faut naturellement se poser la question de savoir ce que je vais faire l’année prochaine, à ce stade de la saison, je ne sais pas encore. Les coupes du monde viennent de s’achever. Je prépare le championnat d’Europe et la grande finale de la coupe du monde qui nous amène fin septembre. Je prendrai ma décision plus tard, le temps de la réflexion. Ce que je sais tout de suite, c’est que je ne suis pas prêt à remettre le couvert en équipe tant qu’un vivier d’archers ne sera pas composé avec un niveau d’au moins 680 points de moyenne chez les gars.

France FITA poulies Surgéres 142Le niveau national c’est ça : chez les hommes, les 32 premiers sont à 685 points, chez les femmes, à 650 points lors du championnat de France. Dans la discipline masculine, si vous tapez un 680, vous êtes dans les 50 premiers. Une poignée de points en moins et vous n’êtes pas dans le tableau de match individuel…

L’année prochaine, la division nationale va connaître un changement majeur, les éliminations individuelles vont disparaître au profit des matchs par équipe. Quatre archers devront se partager la tâche d’être performants au lieu de trois, un archer supplémentaire affrontera un archer de l’équipe adverse en match individuel, pour faire gagner un point bonus à son équipe.

Sur le papier, cela va permettre à chacun des archers de l’équipe de tirer une quinzaine de match individuel sur le total des trois manches de la saison. C’est un très bon entraînement, tant pour la dynamique qu’il représente pour rapporter un bon point à l’équipe, que pour l’expérience individuelle acquise. Cela signifie aussi que les clubs devront se structurer sportivement parlant, en formant des archers s’entraînant pour préparer la relève, le remplacement, la montée, le maintien… il faudra trouver quatre archers sur chaque manche, et c’est là où le jeu de la chaise musicale commence !!! Et enfin, cela peut vouloir dire que la voie d’accès au haut niveau, ou sa préparation, se situera par la filière par équipe, et là, je coince.

Attention, je ne cherche pas à décourager, à dégoûter, etc… J’ai tout entendu ou presque là-dessus, d’où mes quelques excès de langage quelques fois, que vous voudrez bien me pardonner, ou pas. Je ne dis pas « il faut quatre archer à 680, ou nanas à 650 », je dis qu’il faut tendre vers se niveau, qu’il doit devenir un objectif réel et que vous pouvez y arriver.

Je dis aussi qu’avec le nombre de clubs que nous avons en France, l’entraide devrait voir le jour pour partager les différentes compétences que les clubs possèdes entre les murs plutôt que de faire les choses chacun dans son coin. Ainsi par exemple, j’ai fait partie de deux clubs tous deux avec une équipe en division nationale. Deux clubs, deux régions, des différents coéquipiers, et autant d’expériences différentes que je tente de coucher sur le clavier sans déclarer une guerre. Je partage ce que je sais, ce que j’ai vécu, et les pistes de réflexion que j’ai mené, sans mettre trop de filets à ce que je dis pour être compris (ou critiqué, la critique est constructive), en préservant une dose de politiquement correct diplomatique courtois, même si ça fait ch.

C’est bien que le système par équipe évolue, même si, je maintiens, que les primes individuelles devraient aller au club et non à l’archer qui les remportent. Si l’archer est là, c’est aussi grâce à son club. Libre au club d’organiser la répartition ou l’attribution de la prime ensuite. Logiquement, le club est content que son meilleur atout aille disputer la compétition sous tutelle collective, mais l’archer ne doit pas se sentir investit d’un pouvoir divin, touché par la grâce suprême, car il s’entraîne dans les infrastructures de la ville qui subventionne le club parce qu’il est en DN ou en DR, et le chien se mort la queue. Si l’objectif fédéral est d’appâter les performeurs nationaux en primant de 500€ la gagne des qualifications pour remplacement de la « perte » par la suppression de la partie individuelle, le club n’en est toujours pas récompensé pour autant… A ce prix, même en raisonnant sur l’individuel uniquement, cela ne rembourse même pas le déplacement. 

Actuellement, le champion de France par équipe amasse mille euros une seule fois. Voilà c’est tout. Une saison d’entraînement, trois déplacements à trois ou quatre archers, quatre à cinq mille euros dépensés « pour le plaisir » et même la gagne ne permet pas au club de recouvrer ses dépenses. Les primes individuelles, pour ne parler que de la gagne, sont de cinq cent euros par manche, hors championnat de France (puisque le titre individuel ne rapporte rien), misés sur l’individuel, dans une compétition par équipe. Je zappe le passage sur la réduction ou la suppression de certains budgets des collectivités territoriales hein, on va pas se prendre la tête pour s’entendre dire que de toute façon, il vaut mieux se diriger vers un #DTTS (démmerde toi tout seul) que de rester dans l’attente d’un déblocage de budget, sauf si on se met à tirer sur des ballons de foot ;-)

Cependant, le #DTTS n’est pas évident non plus, car cela implique que dans le milieu associatif, le loisir et la compétition cohabitent sans s’entretuer pour organiser quelque chose qui tienne debout et rapporter un bénéfice au club. Ce qui permettra d’entretenir le matériel, d’améliorer le cadre, imaginer des déplacements pris en charge… Bon en gros, c’est super de changer le format de la compétition par équipe pour lui donner un coup de jeune qui va encourager les clubs à se structurer sportivement parlant, pour former les archers, tous les archers, aux matchs individuels, et aux matchs par équipe. La partie vaut le coup d’être jouée, c’est certain, gagnée ou perdue, l’expérience acquise sera immense. Quinze matchs individuels dans une saison nationale, c’est du jamais vu pour 98% de la population sportive, c’est une vraie logique d’apprentissage, au service d’une équipe, et je trouve ça plutôt cool. Ce que je trouve moins cool, c'est l'obligation de faire partie d'un club en DNAP, qui participe à la filière par équipe, pour faire des matchs individuels... Et enfin, sur la partie organisation et financement, mais ça vous l’avez bien compris, je pense que la cerise sur la gâteau pourrait être d'attribuer la prime inividuelle aux équipes médaillées, majorée d'un montant en rapport avec l’investissement, pour ajouter une vraie pression collective telle qu’on peut la voir à l’international. La prime individuelle n'a rien à voir avec l'évènement par équipe, la notion de club n'est pas mise en valeur et prend au contraire une allure de chair à canon. Sans moi. Bonne chance aux nouveaux lauréats DNAPiens !

Suite à cette parenthèse, revenons à Surgères. La densité du programme prévoyait donc les qualifications hommes, puis dames, puis les équipes, sous le soleil de plomb et petit vent sympathique. Au lendemain matin, le vent n’était pas parti bien au contraire, il a repris là où on l’avait laissé la veille, en prenant soin de bien fraîchir entre temps, le p’tit con ! Les matchs individuels pour la course au titre de champion de France démarrait, et elle fût tonique ! Le tir par équipe a laissé des traces aux épaules, en pleine saison internationale, une journée de tir compté, en match individuel et d’équipe, ça consomme. Je tirais le mixte avec ma compagne Anna. Nous nous sommes bien débrouillés sur notre parcours indiv’ en accédant en finale. En mixte, c’était moins notre truc cette année, on s’est concentré sur nos objectifs individuels, et nous avions moins de jus à mettre au service de notre parcours d’équipe mixte. Pourtant, nous remporterons tout de même la médaille en chocolat, et on adore le chocolat ;-) 

De mon côté, le parcours individuel a été sport, signe de la bonne santé du niveau français. Il ne suffit pas d’être un champion pour gagner, un tout petit peu de niveau en moins en hop, on se retrouve exposé à la défaite. J’ai dû passer par deux barrages, tirés à chaque fois au 10 ou au X pour l’emporter sur mes adversaires coriaces. Les matchs étaient d’un super niveau, et le vent nous chatouillait sérieusement. Ensuite, y’a pas vraiment de secret, un deuxième jour de compétition sous une chaleur à tomber, dans le vent en passant par tous les types de tir possibles, j’ai eu du mal à tenir mon match en finale. C’était du beau tir à l’arc, mais qui sentait un peu le fumé. Tout comme en équipe avec ma nana, nous étions au bout du bout. Une fois la compétition terminée, plutôt que de prendre la route vers l’Auvergne, nous avons mis le cap à l’Ouest pour déguster une délicieuse crêpe avec de la glace et du Coca Cola bien frais, à l’ombre, devant l’océan, et ça c’était bien mérité. Il faut savoir profiter aussi, et deux médailles d’argent nationale dans le couple, ça le valait bien !France FITA poulies Surgéres 167

Retour maison de nuit, à la fraîche, et je rattaquais la semaine pour repartir à Berlin dès le weekend suivant. L’ultime manche de la coupe du monde 2018 qui allait déterminer ma présence ou non à la grande finale annuelle. J’avançais donc à pied d’oeuvre avec l’équipe d’AS sur nos projets, donc certains étaient dans ma main toute la saison, différents à chaque compétition ;-)  En fin de semaine composée de travail et d’entraînements, je m’accordais toujours une demie-journée pour faire mes bagages correctement et revoir mon plan de vol. Cependant, cela ne suffit pas pour se reposer avant d’aller se fritter aux autres. 

Berlin, je l’aime un peu mieux que l’année dernière, j’ai mieux tiré, et ce n’était pas très compliqué à vrai dire. Je ne vais pas revenir sur tous les matchs, toutes les situations, car là n’est pas le plus important. J’ai choisi de tirer mon arc n°2, pourquoi ? Je le préparais toute la saison en « spare » pour la cas où l’arc n°1 ait un problème, ou se mette à me faire la tronche. Et ce fût le cas, câblage rincé par les degrés, l’arc blanc ne répondait plus correctement à mes ordres. J’ai changé son câblage et procédé à son réglage en cours de semaine. La chaleur aidant au rodage, le câblage de qualité se fixe rapidement (FBS, Flanders Bow Strings). C’est le bon réglage qu’il faut ensuite trouver, et dans le rush d’une préparation, des sensations nouvelles arrivent et avoir un deuxième arc réglé et connu trouve son sens dans ce contexte. L’arc 2 est rapidement devenu un arc « entonnoir » capable de performer en inter après quelques flèches sur place. Cependant, ce n’est pas mon arc de confiance de saison, il est capable de faire du bon, mais pas vraiment de l’excellent. Comment je l’explique ? C’est un sport d’arme et d'âme, il y a forcément une relation avec le matériel, une relation de confiance, d’attachement. C’est un point qui peut devenir un frein à la performance, ou bien la transcender. Je tirais ainsi mon arc noir et rouge, tout beau, et je devais atteindre les quarts de finale pour effacer mon huitième de finale d’Antalya. Seules les trois meilleures manches comptent pour le classement de la coupe du monde. Raté, je m’incline en huitième de finale, contre mon pote hollandais Peter Elzinga qui sort un beau match, disputé, mais perdu pour moi cette fois-ci. Le vent s’est levé, et j’avais toujours du mal à le négocier. Cela veut dire que je tiens mes flèches longtemps sans pouvoir fixer le point, sans pouvoir décider, sans pouvoir me relâcher. Donc ça part pas, donc j’arrache et donc je touche du jaune, quelque fois le 10, mais cela ne suffit pas de toucher le 10 dans ce genre de match… Je fais donc le tour du terrain pour m’apercevoir que je retombe dans la même situation que l’année dernière : attendre la fin de la compétition pour connaître mon sort, irais-je à la finale ou pas ? Cette année, c’était encore plus compliqué à piger, avec cette histoire de vainqueurs automatiquement qualifiés. Les calculs allaient bon train jusqu’à la version définitive de l’équation : Mike Schloesser doit gagner. Bon, au moins c’est clair… Ca tombe bien, il est chaud bouillant le mister Perfect, et il est en finale. 

Par équipe, Berlin ne nous a pas réussi, éliminés en mixte et en poulies hommes, nous n’aurons pas de carte à jouer sur le terrain de finales. Un tas de choses n’étaient pas coordonnées, peut-être l’énergie collective sur une quatrième et dernière manche, c’est ma meilleure piste, je pense que nous devons encore apprendre à composer avec un programme de saison dense, long, coûteux en énergie, que l’on soit professionnel ou pas, l’usure est là. Elle peut arriver rapidement et nous laisser en dehors du tableau qui joue simplement parce que ce sera un jour sans. Là était ma première piste de réflexion sur la façon dont je vais m’entraîner plus tard, l’analyse du résultat futur le déterminera.

Choux blanc, l’attente du jour des finales commençait. Je mettais à profit un jour sans compétition où le terrain d’entraînement était encore disponible pour me remettre sur mon arc blanc, essai de stabilisation, de poids, de réglages divers et variés etc… Chose à ne surtout pas prendre pour définitif car c’est une fin de semaine à l’étranger, donc certainement pas une constante mais bien une piste pour plus tard. Je laissais murir mon avis sur la question d’avoir envie de tirer la finale ou pas. Et oui, j’ai repris l’international l’an dernier et je me trouve déjà face à cette question ! Comment est-ce possible ? C’est ton métier PJ, ou à moitié, l’autre moitié et à imaginer de nouveaux produits, un tir à l’arc meilleur dans le monde de l’entreprise. Comment peux-tu être lassé à ce point ? Je ne le suis pas, j’ai simplement envie de dormir, de calme, qu’on me fiche la paix, une vraie paix sans téléphone, sans mail, sans réseaux sociaux, sans programme, avec des journées remplies de rien. Et voilà, rien, c’est déjà quelque chose. Ainsi naissait l’envie de partir en vacances. Serait-ce là un sentiment humain qui serait en train de ressortir de la machine de guerre qui a combattu cette dernière décennie sans jamais penser à soi, à son corps, à débrancher sa caboche ? 

Et la vraie question apparaissait comme l’évidence : prendre des vacances, ne serait-il pas là la clé de la performance ? Celle qui me manque pour retourner jouer avec les grands ? Intéressant…

J’ai vu et vécu la finale de Mike contre Domagoj, en me disant que Mikey allait conditionner la durée de mes vacances, mais qu’il n’allait certainement pas m’empêcher de les prendre… Jusqu’à la dernière flèche, on sait que Mike peut craquer. Cette fois, il lui fallait un 8, et ce fut le cas pour gagner le match, et m’offrir mon billet pour ma cinquième finale de la coupe du monde après Tokyo en 2012, Paris en 2013, Lausanne en 2014 et Rome en 2017. A chaque finale son histoire, à moi d’écrire la suivante, merci Mike. Maintenant retour de l’Allemagne, assez facile, et prend des décisions PJ. Casse-toi loin, tu dois le faire, pour toi, pour ton engagement futur dans ton métier, pour ta vie privée, fais autre chose mais pas d’arc, pas de téléphone, trouve du rien. J’ai trouvé, mon cocon, un plongeon dans ma vie de gamin rêveur, aux pays des bateaux, des phares et des poissons qui nagent avec insouciance dans ma mer jolie, sur mon île. Entre Berlin et la prochaine destination, j’ai bouclé tout le voyage qui allait me porter loin de ce vacarme que j’aime tant, les yeux ouverts.

DSCF8633La prochaine destination n’était rien de moins que l’objectif fédéral, le championnat de référence de l’année, le championnat d’Europe FITA à Legnica en Pologne, support de quota pour les Jeux Européens 2019, premier de l’histoire de l’arc à poulies. Donc si je récapitule, en en ne parlant QUE du tir à l’arc pour vous éviter de prendre peur, il arrive après Nîmes, Vegas, Yankton,  le France salle, la sélection FITA boueuse, Shanghai, Redding, DNAP1, Antalya, DNAP2, Salt Lake City, France FITA, et Berlin. Partis de janvier, nous sommes en août, et là il faut être prêts en quinze jours pour notre réussite, et pour renvoyer l’ascenseur à notre fédération. Alors là tout de suite à chaud on peut se dire que ça va être tendu du slip seulement une chose changeait pour moi, cette fois il ne s’agissait pas d’entrevoir l’état dans lequel j’allais revenir de cette compétition, j’allais pouvoir me donner à bout car la suite était composée de dix jours de farniente. Héhé, bon cela ne me donnait pas d’énergie en plus dans les bras mais avait l’avantage de ne pas m’inquiéter sur les entrainements et compétitions suivantes. C’est super important ça !!! Ce dont je parle peut vous paraître complètement farfelu si vous avez ce rythme entre travail et coupure, si vous avez déjà ce paramètre programmé dans vos caboches, la mienne ne l’était absolument pas et c’est une réelle difficulté pour moi que celle d’envisager de débrancher, telle une crainte de ne pas pouvoir revenir, de manquer quelque chose ou d’abandonner quelqu’un. 

Mes premières années d’armée, j’étais au taquet pour passer mes brevets, gravir les échelons, et passionnés par mon boulot. C’est ajouté à cela l’équipe de France et l’investissement que l’on connaît, puis les maladies de famille, accompagner, soigner, pleurer, faire le deuil, combattre les maléfices d’une suite très agressive, pendant cinq années à plein temps. En plein feux, comment imaginer débrancher ? Pas un seul répit, pas une semaine, pas un jour, rien que du mal, du mal et encore du mal. Et là, quelle est cette pensée qui vient se glisser dans mon oreille ? Des wacances ? Celles avec un W pour dire que ce sera cool et tout et tout ? Un cycle se termine, celui du mal, aboli, le temps de la reconstruction arrive et il se passe depuis quelques mois. Et alors, les meilleures décisions sont prises avec du sommeil, et le ventre plein, allons dormir, allons manger, et décidons !

Entre Berlin et Legnica, un stage était programmé avec l’équipe. Je n’y passais pas l’intégralité du weekend pour en revenir avec du travail sur mes arcs. J’allais chercher une situation pour connaître mon niveau et mes sensations dans un lieu différent. J’ai eu la réponse, et elle était « retourne au taff, dans ton atelier, cherche et trouve ». C’est que j’ai fait. C’est l’aiguille dans la botte de foin, et quand il fait 40°C dehors, ce n’est pas facile de se fier à un repère, faussé par la température, la sueur. J’avais perdu quelque chose en cours de cours, mais je ne savais pas quoi. L’oeil de l’entraîneur me confirmait cela mais seule la conséquence était identifiée : un tir agressif, poussif, provoqué et loin d’être régulier et fluide. Là, vous découvrez que je ne suis pas une machine pour qui le 10 est facile tout le temps et en tout temps. Je le savais mais vous ? (blague).

Bon alors il y avait un truc à gratter dans le moteur, mais le mécano était trop chaud bouillant pour avoir la motivation de trouver un truc, donc le pilote lui mettait des coups de pieds au cul et une guerre civile éclata dans ma tête, l’un disant « vas te reposer au frais au lieu de te griller », et l’autre de répliquer « trouve garçon, tu vas être nul sinon, et perdre ta semaine à l’étranger ». En revanche, nous savons tous que je suis plusieurs dans ma tête, ici pas de problème. Bref, j’ai trouvé un truc correct pour me permettre de commencer à chercher quelque chose de simple que j’allais devoir trouver une fois sur place selon les conditions que j’allais rencontrer. Voilà. Et si on parlait de la confiance ?

LegnicaDonc Legnica, c’est juste pas loin à côté de l’Allemagne, à trois heures de Berlin… Donc avion de Clermont-Ferrand à Paris, nuit à Paris. Puis rejoindre le bon terminal pour décoller vers Varsovie. Attendre. Décoller vers Wroclaw (là où j’ai gagné deux fois hihi). Attendre. Prendre un bus pendant une heure et arriver à l’hôtel, avec des fringues qui sentent le pneu défoncé abandonné devant la criée de Concarneau après une marée en plein mois d’août. Ne pas râler sur le fait qu'il existait des vols directs. Se doucher, dormir.

Le premier entraînement se déroulait dans des conditions idéales, je redoutais la suite même si ce premier tir était, je l’avoue, plutôt réjouissant. Ensuite, ça allait se compliquer, sur les qualifications où nous avions du vent de travers, pas très fort mais assez pour mettre le bazar chez ceux qui avaient un doute. Donc là PJ tu lèves la main… Clairement, j’étais dans le dur, je luttais tant bien que mal pour tirer des 9. Je crois que le pire dans ces moments là est d’être convaincu d’avoir bien tiré une flèche pour la voir atterrir dans le 9, et en lâcher une autre qui te pète à la tronche alors que tu torques comme une barre de portail de chaudronnier bourré, et qui fera 10. On ira pas plus loin pour s’interroger sur ma déforestation crânienne hein, je n’ai plus rien à arracher. Je termine à la vingt-quatrième place… 24… sur un championnat d’Europe. PJ… C’est nul.

Dès le lendemain, je pouvais alors rejouer dès le 48ème de finale et ainsi de suite, s’il y avait une suite. Si mon premier adversaire n’opposait pas de résistance formelle face à un bon 147, le deuxième allait quant à lui, bien faire chauffer la baraque. Seulement voilà, j’étais chaud aussi. Contre Andreas Darum, champion du monde par équipe en 2013, nous sommes allés jusqu’en barrage pour en découdre, à 147 aussi, et vent se levant. Alors là je recommençais à me sentir bien dans mes bottes, à pouvoir jouer comme ça. Je remporte ce barrage X à 10 et mon billet pour les seizième de finale. Le lendemain, contre l’anglais James Mason, alias Hodor (pour les addicts de Game Of Throne, c’est vraiment lui !), très bon tireur, le match s’est joué à la la dernière flèche où je devais taper 10 pour continuer. Et voilà. Ca enchaîne avec le coriace croate Mario Vavro, vraiment coriace. Alors j’avais souscrit à une option « 147 » valable jusqu’en huitième de finale, mais sans assurance… résultat : un autre barrage. Match méga accroché, du vrai ping pong, tu fais un 9 j’en fais un, et inversement, dans un vent qui commençait à nous chahuter, fallait pas trembler ! Et pan, X, je gagne héhé… « Suivant » ! Merde, c’est Mike, il est chaud comme une barraque à frites le bougre… Bon tant pis, je vais jouer un peu et on verra bien, mais il commence à être pénible le vent, et pour cause ! Il aura aussi bien perturbé mon adversaire Mikey Perfect que moi, que tout le reste du terrain. J’ai trouvé des flèches toniques, une ligne de tir forte, sur ce quart de finale, mais surtout, j’ai trouvé le jeu. Et de cette façon, en jouant, j’ai gagné contre un gars très talentueux qui doit lui affronter les assaults de ses adversaires coriaces. Résultat du match 145 à 144, chaud bouillant là aussi et quel parcours pour revenir de mes qualifications bien en-dessous. Cela m’aura peut-être piqué et motivé, qui sait… 

Il n’en demeure pas moins vrai que je prenais ainsi la responsabilité de tenir mon rang sur le dernier carré, là je repense à mon pacte breton… Mais Mike est hollandais, volant en plus, donc pas de pacte ;-) Au tour suivant pour aller jouer la Marseillaise, je tombais contre plus fort que moi dans ces conditions, j’ai clairement bien tiré, du vent, des impacts au 9 pas loin pas dedans, de l’engagement avec tous les bons ingrédients, il a été plus fort, ce russe champion d’Europe.

Par équipe, sur le papier, on est bien, avec une montagne de Bretagne, un Peanuts et le Pierrot, y’a  lourd de médailles et de performances. Sur le terrain, c’est différent. En France, nous avons notre rythme, et par équipe, nous ne sommes pas les meilleurs au monde, ni même en Europe. Je dis ça parce que d’un part, nous n’avons jamais gagné l’or ensemble, et d’autre part, parce que le papier ne sert à rien sur le terrain. Il faut gagner sa réputation pour chaque type de tir, et par équipe, c’est presque ce que nous avons réussi à faire. Dès le premier tour, tout aurait pu s’arrêter car nous sommes allés chercher notre tour suivant au barrage dans un match où quelques petits neufs sortaient de la gamelle. A ce niveau de compétition, il est facile de se retrouver exposé à une défaite potentielle. Certes, nous avons le niveau pour aller jouer des médailles, ou gagner,  le réaliser est autre chose, et il faut l’assumer. Sur le match suivant, il s’en est joué de peu pour battre notre record de France. Nous l’égalons et c’est une belle revanche sur le niveau de performance du premier match. Nous remportions tous nos matchs avec la manière pour nous hisser en finale, médaille assurée, mais restons mobilisés.

La petite finale indiv', je l’ai abordé comment ? Contre l’italien Pagnoni, je savais déjà que les choses allaient être compliquées. Ce n’est pas de mon adversaire dont je parle, mais bien de moi-même. A force de tirer des compétitions, d’arrêter et de reprendre le haut niveau, je sais où sont mes limites. Je les ai atteintes lors de mes deux derniers matchs pour accéder au carré final. Je n’allais pas pouvoir atteindre un niveau de performance supérieur lors de cette petite finale. En fin de saison, rincé, avec un programme très inédit, et enfin contre un adversaire rapide et précis, je ne pouvais pas attendre de lui qu’il commette une faute. Je ne peux pas résonner de la sorte, sinon à quoi bon s’entraîner à être le meilleur, si l’on attend des autres qu’ils soient mauvais ? 

051 J’allais pouvoir produire un maximum de 146 points, et je m’étais fixé un autre objectif n’ayant rien à voir avec la finale et le résultat. C’était très intéressant à vivre. Alors que la course à la performance faisait rage dans nos carquois, je me projetais déjà sur la finale de la coupe du monde à Samsun, qu’importe le chrono, je voulais « vivre » ce match. A chaque apparition individuelle sur un terrain de finale cette saison, j’ai perdu. Alors, que faut-il faire ? Forcer pour gagner ? Non, je ne suis pas prêt, si je force, je vais tout casser. Mieux vaut vivre et prendre du bon temps pour avoir encore plus envie d’y retourner, c’est ce que j’ai pensé, alors c’est exactement ce que j’ai fait, non seulement à Legnica, mais aussi plus tard, à Samsun. Oui car au moment où je poursuis ce carnet, je suis quelque part entre Helsinki et Paris à 10000 pieds, et la finale est passée.

A Legnica, le programme était inédit pour les finales. Elles étaient tirées au centre ville, au pied de l’église dans une rue piétonne fermée pour l’évènement. Cela signifiait aussi que nous n’allions pas pouvoir nous échauffer sur place, mais bien sur notre terrain de compétition de la semaine, à un bon quart d’heure de navette et un peu de marche. Mon programme comportait d’une part le tir par équipe, et d’autre part le tir individuel. Entre-temps, la coupure était d’une heure et quart sans possibilité de tir sauf sur une cible placée dans la « salle d’attente », à trois mètres… Mon adversaire n’avait quant à lui, pas de tir par équipe et arrivait une petite demie heure avant notre match. Bon, je me fiche un peu de ce dernier point et je n’excuse rien, sauf le fait peut-être d’avoir dû une nouvelle fois m’adapter à un programme très particulier.

Ce jour-ci était froid et pluvieux, l’automne se pointait tranquillement tandis que nous devions traîner notre caisse d’arc vers la navette jusqu’au parking du terrain, puis vers le terrain, soit un bon quart d’heure avec les 25 kg sur roulettes. Puis le tir par équipe, puis l’attente de plus d’une heure, puis l’individuel, puis le retour vers le terrain pour récupérer la caisse mais cette fois à pied, et enfin ramener la caisse à l’hôtel à l’aide de la force motrice de nos petites jambes. Inédit donc, voire un peu too much pour cette édition de tir à l’arc international, promotion du sport d’accord, mais nous ne sommes pas des chèvres.

Et ainsi se passait un tir par équipe en dents de scie, où nous avions la possibilité de gagner, mais où chacun de nous trois commettait ses erreurs pour perdre d’un ou deux points contre les anglais. Vice champion d’Europe pour cette fois, c’est bien, attention, je suis content de ce résultat, je me rappelle le premier tour où nous aurions pu perdre d’entrée de jeu !

En individuel, une bonne heure plus tard... les cent pas. Je tirais bien, en mode pas de stress, en mode je vise et je tire bien, je ne veux pas sortir de là en étant déçu, sans vouloir en faire trop pour glisser et aller à l’erreur, ma précision était à l’image de ma semaine : beaucoup d’énergie pour une zone d’impact peu glorieuse. Contre Frederico Pagnoni, le gars complètement on fire, je ne pouvais pas faire grand chose. M’agacer alors que mes flèches n’allaient clairement pas où je voulais, comme je voulais, non, ce n’était pas la bonne attitude. Je me suis alors rapidement projeté sur la finale de la coupe du monde : visualiser ce qu’est une finale en me basant sur ce que je connaissais déjà, mémoriser mon image de visée, mon ressenti sur un terrain de finale, et ramener ça à la maison pour m’entraîner avec intensité et pertinence.

Avec cette médaille d’argent par équipe, ce quota pour les Jeux Européens, cette médaille individuelle en chocolat, et compte-tenu du contexte de ce salopard d’Augias, je repartais de ce championnat avec la satisfaction de pouvoir parler de quelque chose.

398 S’en suivait une longue attente avant de partir à Samsun, Turquie, pour réaliser ma cinquième finale de la coupe du monde. Pour cela, j’ai dû être repêché grâce à la victoire de Mike Schloesser en Allemagne. C’est cette nouvelle règle qui qualifie d’office les vainqueurs des quatre manches qui fiche un peu le bazar dans les calculs. Aux points seulement donc, j’étais cinquième, mais avec la règle et les vainqueurs, je suis le dernier qualifié, dernier des premiers en quelques sortes.

Trois semaines d’attente, de préparation, en fin de saison quand tout s’est enchaîné à une vitesse folle, quand le temps devient maussade, quand la saison salle se fait sentir, quand tout le monde a déjà pris ses vacances, ou va les prendre… Comment allais-je préparer cette compétition très particulière ? 

Pour la toute première fois de ma carrière sportive, je décidais de me préparer … sans me préparer, mais en prenant moi aussi quelques jours de vacances. Je n’étais pas “parti” en vacances depuis l’été précédant mon incorporation dans la Marine Nationale, en 2001. Je me suis ainsi accordé le luxe de couper pendant neuf jours. Durant ce laps de temps, pas d’arc, pas d’entraînement, rien en lien avec le sport, déconnexion totale, hors réseau, et les quelques personnes qui croisaient mon chemin ne parlaient même pas ma langue. Stratégiquement, j’ai réfléchis à cette finale de coupe du monde et à la façon que nous avions l’habitude d’aborder ce genre de compétition, ou les compétitions en général : on se tire dessus et au final, on arrive même plus à tirer l’arc tellement on est cuit. Vu mon état, il était urgent que je prenne le temps du repos, pour mieux me ressourcer, et ainsi arriver à tirer à nouveau sur l’arc. 

L’objectif de ma finale de la coupe du monde était très clair : je voulais en repartir avec l’énergie d’enchainer sur la saison de tir en salle, poursuivre une reconstruction. En aucun cas je n’allais engager un comportement jusqueboutiste pour cette finale, ce format de compétition est tellement hasardeux qu’il n’est pas possible de faire des pronostics sur les chances de victoire. Tu peux arriver là-bas en étant vraiment très fort, tirer le mauvais tableau du gars qui va jouer la réussite, être en canne sur quinze flèches et te mettre dehors. Ou alors, tu peux toi aussi avoir cette réussite et gagner. En gros, le but du jeu est d’avoir les yeux suffisamment ouverts et un poil de lucidité pour savoir dans quel schéma tu te trouves pour saisir les opportunités. Si ça passe, tu as de quoi poursuivre, et sinon, tu en repars avec l’esprit léger, prêt à en découdre pour les évènements à suivre. Ensuite, il faut être totalement limpide sur l’état de ma saison : j’ai perdu sur chacun des terrains de finale auxquels j’étais présent. Ce n’est pas être défaitiste, mais plutôt un constat de prudence. Il y a un truc que je fais bien pour arriver jusque là, mais pas assez bien encore pour continuer plus loin et gagner. Plus tard dans la saison, j’ai eu la réponse à ma question, et elle n’a rien à voir avec le tir à l’arc.

Neuf jours plus tard, le corps bronzé, les papilles encore sous le charme des bonnes choses dont je me suis délecté, je reprenais contact avec le monde réel par un stage franglaispagnol à Barcelone en compagnie de mes amis Alberto et Barbara. Durant ce stage, troisième de la série, je revoyais les archers que j’avais conseillé en matière de réglages pour une ultime intervention. Un vrai succès. Alors, ne me posez pas la question de savoir si j’en ferai en France, la réponse est non. J’ai trouvé un autre moyen de vous dire tout ce que je sais en matière de mécanique, cela arrivera petit à petit. Les stages coûtent à tout le monde, me demande un temps fou, et une énergie de dingue pour me mettre dans votre peau. Je n’ai pas cette énergie, ce temps. Donc pour le moment, j’écluse les demandes à l’étranger, mais pour le territoire, nous verrons plus tard.

Je reprenais mes entraînements une fois revenu sur mes terres, une fois par jour, d’abord pour remettre le corps d’aplomb, et ensuite avec une recherche de qualité en situation de tir alterné en vingt secondes. Il faisait encore très chaud, je ne devais pas trop enchainer pour rester frais, et ne pas user le matériel trop vite. Il faut se souvenir que la finale de la coupe du monde est une évènement intense qui durera un maximum de quarante cinq flèches, plus les barrages si affinité. Il n’est donc pas question de bosser l’endurance et cramer le repos que je venais de prendre.

Pour cela, j’ai aussi pu passer deux jours à Dijon, au centre national arc à poulies avec notre entraîneur Sébastien Brasseur, et Sébastien Peineau comme sparing partner. Nous avons réalisé des matchs de haut vol, les conditions étaient excellentes et nous ont permis d’être vraiment précis. C’était un bon moment, qui m’assurait des bonnes décisions, et de la bonne préparation. Je pouvais en repartir l’esprit tranquille pour ne penser qu’à dérouler jusqu’au départ.

Une fois en Turquie, le temps était à la pluie, froid. Puis maussade le lendemain, puis ensoleillé et venteux, chaud. Le terrain d’entraînement était très exposé, et le terrain de finale ne l’était pas du tout sur le pas de tir, mais seulement en cible. Le premier jour sur place était un entraînement sans histoire, juste de quoi sortir de l’avion. Le deuxième jour, la familiarisation prenait place avec une session de trente minutes sur le terrain de finale. Ce jour-ci, le temps était gris, sans vent. Nous ne pouvions alors pas prendre de repères pour le lendemain annoncé venteux et ensoleillé. L’entraînement était excellent avec très très peu de 9.

Entre ces deux jours, nous commencions les réjouissances de cet évènement prestigieux par le tirage au sort… Et oui, autre nouveauté de cette saison, les archers qualifiés pour la finale n’étaient pas répartis selon la logique des points de classement de la saison. Seul les deux premiers du classement ne pouvaient pas se rencontrer. Tous les autres étaient mis dans le sac, en attente du tirage pour connaitre son adversaire. Ainsi j’allais rencontrer le coréen Kim.

IMG 2851Le jour J arrive enfin, après trois semaines d’attente, de repos, de préparation, et un nouveau voyage qui me demandait une fois de plus une nuit sur Paris avant et après. Tout ça pour un maximum de trois matchs. A l’échauffement, je décidais d’en rester à ce stade de "chauffe" sans aller jusqu’à l’entraînement d’avant match. Je ne tirais que des volées de trois flèches, une volée sur deux. Le vent était clairement présent, bien de travers. 

Une difficulté allait s’inviter aussi, le soleil que nous n’avions pas encore vu du séjour était bien de face, plaçant la cible dans l’ombre. La visée importante pour estimer la déviation due au vent allait devenir complexe. Mon tour arrive, trois bonnes heures après mon arrivée sur place. L’attente est une vraie gestion dans ce cas. On rentre sur le terrain, on fait coucou, on tape dans la main du coach, et on arme la première flèche. Et effectivement, on y voit que dalle. J’assistais aux matchs précédents pour estimer le réglage viseur, la tendance était à droite, normal, le vent poussait moins fort. En situation, c’était vraiment du hasard, impossible d’estimer cela au pas de tir. Il fallait avoir un bon groupement, avoir un bon réglage moyen au viseur, et tirer avec confiance. 

Au début, mon réglage devait être corrigé bas et droite. J’ai eu une volée de temps de réaction pendant laquelle je perdais de précieux points. Selon moi, c’est exactement à ce moment-ci que se situe la notion de réussite : le réglage viseur est un critère mécanique, purement géométrique, et commun à tous les archers présents sur le pas de tir au même moment. Plus le nombre d’archers sur le terrain est faible, plus la réussite est importante. Ainsi entre en jeu la notion de confiance, qui favorise l’apparition de la réussite. La confiance s’appuie sur l’expérience de l’archer, ses résultats passés, ou la connaissance de son potentiel. Ainsi arrive la lucidité, ou la connaissance réelle de son potentiel, la capacité à tirer la bonne carte dans le bagage d’expérience au moment opportun. Comment lier tout ce beau monde dans une seule tête ? Par l’envie. Ainsi l’envie génère l’adrénaline, le stress, l’excitation, qui sont encore trois choses différentes mais toutes causant un effet que tout les compétiteurs connaissent : les piquottements, les mains moites,  les tremblements, la nuque raide, le regard avec des oeillères… J’aime avoir les trois, l’adrénaline pour la force, le stress pour l’enjeu, l’excitation pour le plaisir d’être là.

En quelques lignes, vous vous dites que Pierrot met en mots ce que vous pouvez ressentir sur le pas de tir, et bien des questions se posent encore sur votre propre capacité à gérer les évènements quand ils se présentent à vous. Voilà, nous y sommes. Je traverse des immondes saloperies à cause d’immondes salopards. Lorsque je pourrai parler de ces choses tout droit sorti d’un roman de science-fiction, ma délivrance  méritée et mon expression de joie n’en seront que plus éclatantes. Je ne veux pas reparler de toutes ces choses, puisqu’au moment où je me trouvais sur ce pas de tir de finale de coupe du monde à Samsun, nos soucis étaient en grosse partie achevés. Les effets qu’ont eu ces années de chocs à répétition sur mon esprit, sur mon corps, ne se stoppent pas en tournant une page, et l’oeuvre du temps devra s’accomplir pour retrouver de ma superbe. Non si j’en parle, c’est pour mettre en lumière un sentiment que je n’avais alors jamais éprouvé lorsque je revêts mon habit de sportif : l’extra-lucidité. Celle-ci, elle est chiante en fait. C’est comme aller au cinoche, regarder un bon film sans les filtres, sans magie, sans musique, sans émotion. Je me retrouve dans un cadre spectaculaire, sans spectacle. Les énergies que j’ai appris à gérer ont foutu le camp pour laisser place à un environnement morne. Les aléas de la vie, ou plutôt les salopards qui ont croisé notre chemin, m’ont volé mes émotions. J’ai mis toute la saison à m’en apercevoir, le temps de revenir sur les pas de tir, sur les terrains de finale, pour constater qu’il ne s’agit pas que d’une histoire de score, de performance. Si j’ai perdu toutes mes apparitions en finale cette saison, j’en ressors avec une expérience que peu de sportifs possèdent. Cette lucidité étincelante signifie que j’ai pu apprendre sur le terrain, pendant les faits, et alors que mes adversaires étaient dans une situation que je connais très bien, celle du sportif et son trio d’adrénaline-stress-excitation, moi, j’étais à la plage.

A17 1058Et hop on en revient à notre première volée en bas et à droite… Le but de mon jeu était d’être certain de mon tir et de ma visée pour régler le viseur. Ma confiance n’est pas au top, mon envie se limite à celle qui veut bien terminer la saison, et je n’y vois rien à cause du soleil en pleine carafe. Il faut se souvenir que nous sommes projetés dans une arène inconnue en situation de tir alterné vingt secondes, et qu’il est complexe de causer du lien entre la confiance, la lucidité et la réalisation. Bref, trois flèches pour m’en apercevoir, j’ai vu pire, j’ai gagné en rapidité depuis le temps, avant je le voyais à la fin du match quand tout le monde était déjà à la maison… Avec un petit point de mieux au début du match, on peut ainsi en déduire que mon adversaire à eu plus de réussite que moi. LOL. 

Sur les trois dernières volées du match, soit le nerf de la guerre, je suis vraiment content de ma prestation. J’ai pu tirer de très très belles flèches, la manière, les sensations, la stabilité et le geste, tout était impeccable. Jusqu’à cette dernière flèche, je devais absolument taper un beau 10 avec l’attitude gagnante pour coller une vraie pression sur mon adversaire et aller au barrage. Héhé, j’ai réussi ! Et comment je l’ai fait ? Avec la notion de jeu ! Quel plaisir d’avoir jouer ! Et c’est ainsi que j’ai pu contrer mon extra-lucidité, pour motiver mon envie et trouver un truc simple, réalisable, j’avais décidé de participer à cette finale avec le jeu. 

Ensuite, la dernière flèche de la saison FITA a été tirée, au barrage, dans une ambiance tirée du film OSS 117 « Le Caire, nid d’espions ». Si vous ne l’avez pas vu, faites-le, c’est le style parfait pour débrancher, écouter et au moment où Jean Dujardin essaie de dormir, il est quelque peu dérangé par un chant… Voilà. C’est comme ça que j’ai tiré ma flèche de barrage de niveau mondial, c’est le genre de trucs qui me passe par la caboche quand je dois être ultra-concentré. Bon, c’était une belle flèche, bien tirée, bien visée, une flèche trop normale presque. Je lâchais 9 bas droite pour que cela corresponde à la déviation du vent que j’estimais. J’ai joué, et cette fois j’ai perdu, mais au moins, j’ai joué. Merci OSS 117 ;-)

Après coup, c’était vraiment la bonne stratégie, d’abord du repos, puis une préparation mesurée, un entraînement tranquille sans trop de flèches sur place, et enfin le jeu. Pour cette fois, c’était la bonne recette qui, avec un peu plus de réussite, aurait pu m’emmener plus loin dans ce classement final, plus loin que cette belle cinquième place.

Au retour, j’ai continué à écrire, à me souvenir de la saison, je préparais petit à petit ce que vous êtes en train de lire. Et au lendemain, dès le matin, au retour de cette fin de très longue saison, d’un année déjà très longue, la hache de guerre était à nouveau ensanglantée (mais le genre de trucs vraiment gore avec les boyaux et tout, c’est pas pour les enfants) pour repartir sans trêve au combat contre d’autres salopards. Heureusement, je suis bien entouré, et là, c’est une véritable réussite. Des chocs à répétition, ça te déglingue, ça ne te rend pas encore plus fort comme le veux l’adage, je ne connais pas la suite, ce que je sais c’est notre pugnacité, notre volonté, et je vais en sortir. J’aimerais tant pouvoir conter des choses simples, où le problème le plus grave serait un 9 arrivé au mauvais moment, où une plume décollée, ce serait si bien. Mais ce n’est pas ça, alors je vous dis que ce n’est pas rose du tout, qu’on a cherché à m’atteindre, que ce monde est bel et bien un monde piétiné par de beaux salauds et qu’il faut se battre. Après quatre cancers, quatre accompagnements, et quatre décès, j’avais écrit et souhaité que je ne voulais plus me battre, je voulais de la légèreté et je voulais juste pouvoir aller bon train dans mon entreprise. En définitive, je dois continuer à me battre contre une autre sorte de cancer, celui-ci hante ce monde, le cancer du vautour. Si je me suis montré moins présent ces dernières années, je souhaite montrer qu’en ne baissant pas les bras et en prenant les choses avec force et intelligence, on arrive à s’en sortir pour vivre ses rêves. Je m’y attèle chaque jour et je continuerai, d’un façon insatiable. La saison salle a recommencé tôt pour les finalistes qui se sont levés tard. Depuis “la reprise”, sans break, deux saisons très longues ont passé, non-stop. J’explique ainsi un début de saison poussif pour trouver la pastille du trispot. On ne va pas se mentir, me battre ainsi contre des malfaiteurs et escrocs d’une vie qui ne me concernait pas épuise mes énergies, en tout cas cette situation les redirige. Hors de question de céder, j’ai trop à faire, et j’ai trop envie de réussir dans ce que j’entreprends avec mes partenaires, et avec moi-même, pour le tir à l’arc qu’il soit avec des branches plates ou des roulettes. Il faut être concentré, très concentré, et malgré cela je commets des boulettes un peu dans tous les milieux que je touche parce que je ne suis pas une machine.

Le point qui nous intéresse de plus près ici est celui du réglage et de la concentration. J’entends ma faculté à être bien présent lorsque j’effectue un réglage d’arc, un choix de flèches… Cela prend plus de temps qu’à mon habitude, le temps de me planter quelques fois. Alors, c’est au fond une bonne chose car je réapprends ce que j’avais oublié, des choses devenues feutrées, moins pertinentes. C’est excellent pour vous aussi car vous allez pouvoir en profiter. Ceci est le premier point, et je suis capable de partir sur une compétition en faisant un choix que je sais déjà être une erreur pour l’avoir déjà éprouvé auparavant. Autre temps, autre meurs, rien n’est perdu au final.

Le deuxième point délicat est celui de la recherche de plaisir, de satisfaction. Si je suis sportif de haut niveau, champion, je trouve ma satisfaction dans la réalisation d’une performance, à enfiler des perles au centre de la cible, quelque soit la manière de tirer cette flèche qui va venir dans le même trou que les dix précédentes. Depuis quelques temps, ma concentration est si légère, et mon envie de paix si forte, que je peux très bien tirer une flèche superbe, au geste parfait, ligne excellente, tout nickel, tout bien, mais visée à côté… Parfois, je suis incapable de dire où j’ai lâché, et parfois, je peux le dire : dans le plein 9 à droite, puis à gauche. Et les flèches suivent, exactement où je visais. Alors avant, ça me gonflait à un point pas possible ce genre de trucs, et vas-y que je te claque ma stab par terre, que je fais la moue, que je fais du cinoche pour exprimer le fait que je suis une ignominie terrestre pour avoir commis un tel délit. Et là, je passe directement à la prochaine, qui pourra très bien être tirée de la même façon, et ma réaction sera la même… Encéphalogramme plat, je m’en fiche, et pourquoi ? 

Je suis content car ma flèche est bien tirée, vraiment bien, et en toute connaissance de sensations correspondantes à la parfaite exécution du geste, sauf la visée, je tire et je finis mon geste comme si je l’avais aussi visé pleine balle. C’est couillon comme situation, mais c’est bien plus plaisant que de faire un dix avec une flèche de merde. Au moins, j’ai la satisfaction d’avoir du contrôle, de l’exécution du geste, de la précision dans ma coordination, tout sauf l’optique. Au regard de ce que je vois, ce n’est pas si mal en fin de compte.

Nous sommes début octobre, les premiers scores en salle commencent à tomber alors que je n’ai pas encore vidé ma caisse d’arc. Je croule sous la paperasse, sous la pression qui me broie. Je verrai l’arc plus tard, tout comme la saison dernière, pas grave. Je dois revoir mes sponsors aussi, le tout s’arrête en fin d’année, je dois poursuivre les discussions, que vais-je faire, qui vais-je choisir ? J’ai une montagne de nouveaux produits à faire avancer, par où commencer ? Et il y a le club aussi, où tout est parti en sucette, où je dois aussi prendre une décision après des mois de succion. En fait, ce début octobre est le moment précis où vous ne sentez plus rien de votre corps, où vous devenez incapable de réfléchir, de penser sans vous étourdir, où vos forces vous lâchent, où vous avez envie de tout envoyer chier très loin, super loin. Ca dure 24 heures, et le lendemain, tu te souviens de qui tu es, pour toi même et pour les autres, tu fonces au combat, et tu prends des  décisions par voie de conséquence. Bonne ou pas bonne, il faut se libérer de poids pour traiter correctement les sujets les plus lourds tout en restant efficace sur le sujet principal : vivre du tir à l’arc. La transition est longue à cause de mes chaînes, je dois vivre avec désormais.

Mes sponsors, puisque nous ne sommes pas là que pour parler de faire des 10, ou des 9 visés à côté, c’est le côté pro des archers du top 10 mondial. Que faire, rester avec le rouge et noir, ou essayer autre chose ? Et bien, plutôt que d’aller quémander les arcs d’essais auprès des marques, j’ai testé à huit clos, pour ma propre expérience, pour alimenter une décision. J’ai pu ainsi régler, ressentir, m’amuser avec d’autres jouets et me faire un avis impartial tout au long de la saison 2018. D’abord, j’ai été séduit, et les mois s’écoulèrent pour supprimer l’excitation d’avoir quelque chose de nouveau et voir apparaître les premiers défauts. Je suis ainsi en mesure d’affirmer que tous les arcs possèdent leur lot de défauts, de contraintes. Je devais identifier celles avec lesquelles j’allais pouvoir négocier sur le court et le long terme. J’ai aussi pris en compte la relation générale et le degré de confiance que je pouvais accorder à la marque que j’allais représenter, aider. Après maintes discussions avec ce que je pouvais apporter à l’édifice de mon choix, en faisant le tour de tout ce que je sais faire aussi en dehors de ma prestation sportive, mon choix s’est porté vers le renouvellement de mon contrat avec HOYT pour les années à venir. 

DSCF3599L’entreprise américaine de Salt Lake City s’est montré très proche de moi durant ces dernières années douloureuse, d’un soutien sans faille, d’une compassion humaine et d’une écoute attentive. Non seulement le paramètre humain est important, mais aussi la capacité à prendre en compte les remarques évolutives pour le secteur industriel, le produit final, l’arc en lui-même. A force d’envoyer des feedbacks structurés et réfléchis, où je fais la démonstration de ce qui est bien, et des points perfectibles ou à supprimer, j’ai atteint le carré des ingénieurs. Changer de marque revenait alors à laisser tout mon travail d’ascension professionnelle pour revenir à zéro, simplement sur un coup de tête ou une attirance. Ma fidélité a pris le dessus pour continuer mes efforts et construire une relation encore plus forte, et des arcs encore plus beaux et plus performants. Rares sont les marques qui écoutent réellement ce que rapportent les athlètes. J’ai été sensible à ce dernier point, et je suis véritablement fier d’avoir gagné leur confiance. Par performance, j’entends aussi la capacité d’un matériel à être bon pour une majorité de sportifs, les mécaniciens, les puristes, les débutants, les experts, les philosophes et les bourrins. C’est une performance de convenir à une majorité, tout en étant précis dans la plupart des situations rencontrées et avec un public différent. Pour toutes ces raisons, j’ai donc sagement décidé d’accorder ma confiance une nouvelle fois au maillot rouge et noir, et à toute sa merveilleuse équipe. 

Ainsi, j’ai pu tester et approuver le dernier né de la marque, le Pro Force. Vous retrouverez son article dédié dans mon atelier. Cependant mon choix se porte encore sur le Prevail SVX, reconduit cette année. Je prends cette décision car mon expérience avec cet arc est telle qu’elle me permet de me concentrer sur autre chose, je suis ainsi plus serein à l’approche des compétitions, visualisant des situations avec un matériel connu sur le bout des doigts. Mon dernier record n’étant pas si loin que cela, mes performances compte-tenu d’un contexte lourd sont parfaitement honorables, et cela me convient en l’état.

Cette « case » est désormais cochée, je suis libéré d’une réflexion particulièrement importante qui se mesure d’autant mieux lorsque l’on fait le choix d’en faire son métier. Signer un tel contrat m’apporte de la sérénité, un engagement dans la durée et une vraie reconnaissance de ce que je suis devenu aujourd’hui.

Sur les produits Arc Système dont je suis l’associé depuis deux ans maintenant, il y a d’abord un gros travail de fond et de définition de la logique. Nous ne saurons jamais faire aussi mal que les chinois, nous accentuerons ainsi notre priorité à réaliser des instruments de qualité. Ils sont tous réalisés de A à Z dans nos ateliers auvergnats. Pour une petite équipe, cela implique un changement à chaque niveau, de l’approvisionnement à la diffusion, de l’imagination à la conception, de la publicité à l’information. Je suis responsable développement et sponsoring, en d’autres termes, je suis Lilou Dallas Multipass. J’aimerais l’être encore plus et ne pas avoir besoin de dormir pour passer d’un jour à l’autre tellement j’adore ce que je fais. 

Je ne suis pas seul derrière un nouveau jouet, c’est toute une équipe de talents qui opère. On va dire que je suis la motivation, l’inspiration parfois, ou bien celui qui stimule l’inspiration. L’insatiable Pierrot aura fait réaliser quasiment une vingtaine de prototypes du nouveau décocheur back tension « L’Attendeux » (L’Attendu V2). C’est dire comment nous pouvons être exigeant, et surtout déçus pour vouloir du mieux. L’expérience a porté ses fruits lors de son arrivée sur le marché avec une toute nouvelle forme de publicité. Est-ce qu’elle fut maîtrisée ? Bien réalisée ? Parfaite ? Non, je ne pense pas, sinon je n’aurais pas déjà de nombreuses améliorations à proposer.

A2Tout cela nous amène conjointement au tournoi hollandais Kings Of Archery, repris sous l’aile du plus gros distributeur européen JVD, pour en faire le JVD OPEN. Nous sommes mi-novembre. J’ai proposé à AS de tenir un stand lors de ce tournoi et d’en profiter pour introduire le nouveau décocheur en réalisant un live, en publiant sur le site web et les photos sur les réseaux sociaux en simultanée. Certains parleront de stratégie commerciale, et moi je parle de protection et de joie. La course fut complètement dingue pour arriver à ce que cela soit effectivement réalisé. Tout était au dernier moment, des coups de pression phénoménaux. Protection contre la copie, car si je fais bien mon travail de communication, tout le monde saura qui possède l’idée originale. Joie, car je vois surtout le plaisir d’un gamin qui découvre son futur nouveau jouet, avec les yeux qui pétillent, l’envie, l’excitation de découvrir quelque chose de nouveau, qui apportera son lot de satisfactions. Avec ce travail sur ce décocheur, que j’ai tenu dans mes mains toute l’année en le modifiant, en le massacrant parfois, je suis désormais certain qu’il sera un diffuseur de plaisir dans les futures mains qu’il touchera. C’est un beau travail, même si après coup, j’aurai mieux fait d’avancer sa diffusion au matin pour tirer l’esprit libre ! 

Je me disais qu’avec le départ du matin, j’allais pouvoir me concentrer sur ma suite professionnelle librement, et il s’agissait en fait d’une définition des priorités que j’avais mal mesuré. Je devais m’occuper du « pro » d’abord, et ensuite aller m’amuser avec mon arc. C’est ainsi et une brève explication logique de ma performance lors de ce tournoi où je réalisais 298-299 avant la diffusion de l’Attendeux, suivi d’un beau 300 27X curieusement super facile le lendemain. Voilà, c’est le genre d’erreur que je peux commettre en ce moment, j’apprends encore plein de trucs c’est tant mieux.

Au retour d’Eindoven, et donc du JVD OPEN, je me projetais sur quelques compétitions locales dans ma nouvelle Auvergne. Je devais participer au GT Strassen au Luxembourg et j’ai finalement annulé cette compétition pour me ressourcer, gérer d’autres priorités, et optimiser mes forces pour les rendre plus efficaces sur les tournois sélectionnés. La prochaine échéance allait donc être la coupe du monde à Rome mi-décembre. Entre temps, j’allais contrôler les petites choses pour que l’Attendeux soit rapidement dans les premières mains, modifier certains paramètres de mon arc et les tester en compétition du weekend, et mener une réflexion sur mon club d’appartenance.

Un an est passé depuis mon déménagement de la vallée du Rhône vers Clermont-Ferrand pour me rapprocher de la société Arc système. Mon lien avec la vallée du Rhône s’estompe peu à peu, s’il reste mon berceau, si je suis attaché à mon club Les Archers Du Rhodia, l’histoire m’a mené vers les volcans en signant une nouvelle licence chez les Archers Riomois. On aura tout entendu, mais ce que je retiens est surtout la douleur de voir un club voler en éclat  après tant de bons moments. La DNAP n’y est pas pour rien, si c’est une belle aventure, elle n’en est pas moins meurtrissante. J’ai la certitude d’avoir tout tenté pour convaincre, mais je ne peux rien contre la mauvaise foi et l’incompréhension malfaisante. L’accueil de nouveaux archers au sein du club pour espérer faire tenir les équipes chacune à leur niveau n’est pas passé pour lutter contre les indisponibilités, les convalescences, les aléas, pour la pérennité du club. Par conséquent, le boycott est survenu. Le club a été divisé entre compétiteurs et les autres. Malheureusement, dans notre pays avec nos lois, on ne peut pas virer les personnes qui posent problème, c’est discriminant. Alors la seule solution est de partir de chez soi par gain de paix et de sérénité, il y a déjà trop de combats à mener à côté de cela pour générer un conflit de plus au sein d’un association bénévole. Avec moi, c’est tout le groupe qui tenait le club depuis parfois plus de vingt ans qui est parti. J’en suis triste, moi qui suis attaché aux valeurs qui n’étaient visiblement pas partagées ou comprises. Je ne peux pas le blâmer, si je dois en vouloir à quelqu’un, c’est à ceux qui m’ont écarté de ma vie depuis quelques années, et ils n’ont rien à voir avec le tir à l’arc. Si j’avais plus présent, j’aurais pu procéder différemment, et de front. Je ne souhaite pas le mal, et je ne le comprends pas. La vraie question que j’ai dû me poser a été celle de mes racines, y suis-je réellement attaché encore ? Ou bien est-ce le moment de construire quelque chose de nouveau autre-part ? Et nous y sommes, devant l’acceptation de mes nouveaux challenges. Le militaire a sans cesse bougé, quatorze années de marine et autant de mutations et de métiers différents. Et j’aurais encore un quelconque attachement pour un lieu ? Ne suis-je pas capable de passer outre cela et m’attacher à mes convictions plutôt qu’à une zone ?

La discussion a été brève avec les archers riomois : voyez-vous un inconvénient à ce que je sois des vôtres ? Les conditions sont posées, Riom place ses priorités sur les jeunes, tant mieux. Voici les miennes : je ne veux pas entendre parler d’équipe, je n’ai pas l’ambition d’en monter une, et ne souhaite pas participer à de la DR ou DNAP. Je recherche la tranquillité, je ne veux pas faire partie d’un bureau, ne souhaite pas être sollicité pour du conseil ou stage jusqu’à nouvel ordre, et je serai présent aux entraînements qu’assez rarement puisque j’ai un terrain et un couloir chez AS. Réponse favorable. Pas de financement, de prime, de prise en charge hors championnats de France, pas de subvention, rien, je ne veux rien, comme c’était le cas déjà avant. Je voulais un club facilement accessible, sympathique, et grand. Pour le moment c’est ainsi, et je ne m’attache pas à un lieu, le temps fera son office. Nous pourrions parler des heures sur la vie et la mort des clubs, les discordes, les mésententes, mais aussi les heures de gloire. Je suis heureux d’avoir pu vivre des moments de joie avec les archers du Rhodia, et c’était une autre époque, révolue, et certaines personnes qui la représentait ont quitté ce monde. Aujourd’hui, je suis heureux et serein avec ce nouveau club, et qu’on se le dise avec la plus grande transparence : si l’idée vous prenait de signer à Riom… N’oubliez pas ce que je viens d’écrire : tranquillité, individuel ; je veux la paix. Mes nouveaux copains-copines de pas de tir respectent très bien mes choix, et lorsque j’ai mon arc à la main, je peux rester au calme. Ensuite, c’est à moi d’aller vers eux, parce qu’après tout, je ne mors pas. Le truc quand on est champion, c’est qu’il devient difficile de trouver du calme, des moments pour soi, mais aussi pour pouvoir pratiquer comme tout le monde, tranquillement, et le simple fait de dire « écoute là suis pas dispo mais on en cause plus tard », arc à la main, ou posé sur une chaise de la salle de tir en train de penser à mes trucs de tireur super perso, me coûte. D’une part car je n’aime pas dire non, d’autre part parce que cela vient de me sortir de ma bulle, qui n’est pas en béton armé lorsque je tire à domicile.

C’est dans cet esprit de recherche de calme tout en ayant la volonté de satisfaire que je créais le site www.pjdeloche.com avec tout plein d’astuces et de récits. Ainsi, stratégiquement, les longues conversations de comptoir passaient de « comment je dois faire pour mieux tirer ?» (vous avez quatre heures…) à « super ton site j’ai appris plein de trucs que j’applique et en plus ça fonctionne »… Cool ! Ainsi je passais d’une recherche de réponse construite individualisée et répétée, me bouffant une bonne dizaine de minutes au moins à un bref échange sympathique. Cet échange pouvait s’en suivre d’une conversation plus poussée mais au moins, mon interlocuteur avait été formé à mes éléments de langage. Le site a été ma plus brillante idée pour gagner en tranquillité sans heurter les susceptibilités de chacun lors que je ne suis pas disposé à répondre au pas de tir. 

Ne pas participer à la division nationale va me libérer au moins deux weekends, ce qui est très bien. Soit ils seront reversés à un truc vachement efficace dans la préparation et qui s’appelle le repos en pleine saison internationale, soit j’irai faire du tir dans les bois, en campagne, en apprenant encore plein de trucs sur les distances, les estimations, les situations et tout le bazar. Je suis très intéressé par les pro series, les tir campagne, peut-être le 3D pour aller en faire au moins un aux States, les sélections campagne internationales également. Je veux m’éclater dans toutes les formes de tir à l’arc. Je libère des créneaux pour pouvoir le faire avec professionnalisme et passion.

Mes scores ont été feutrés lors de ces compétitions locales de début de saison, entre 589 et 592. Entre précision et énergies limités, à réaliser des essais en réel pour avancer sur ma nouvelle configuration d’allonge, je devais trouver ce qui allait être le mieux pour le mois de janvier, avec une situation à Rome. Ma configuration fonctionne en extérieur avec les bons résultats à plus de 710 FITA. Elle n’est cependant pas aussi précise à 18 mètres. Compte-tenu de ma fraîcheur physique, je devais trouver  qui de l’arc ou du projectile était responsable de ce manque de précision. 

Je suis un habitué des 595 et plus en salle, discipline que j’affectionne pour sa précision pure. Descendre au 590 m’expose lorsque je me retrouve dans la gueule des loups en international. Je dois l’accepter et me concentrer sur mon objectif du mois de janvier où je serai à Bondy pour la première étape de sélection aux Europe, à Nîmes, à Lancaster et à Vegas… Chargé n’est-ce pas ? J’ai d’abord cherché à réglé ce qu’il se passe au pas de tir, avec différentes allonges, différents modules, d’autres équilibrages et poids, des hauteurs de visette et longueurs de Dloop. Ensuite, une fois que j’ai pu tester cela dans différents états de forme, j’ai pu valider une posture régulière, reproductible, saine. Je pouvais donc passer au réglage de mon projectile.

La flèche est un élément indépendant : une fois sortie de l’arc, nous n’avons plus aucun contrôle sur elle… Sauf Flash Gordon. Tenter de régler une flèche sans posture figée, sans geste régulier, revient à sauter une étape de la maîtrise. Sans maîtrise, pas de stabilité, donc pas de régularité, et ainsi pas de précision. Selon ma logique, ma posture et mon geste sont bons, ils m’ont apporté de la précision en extérieur, mes tests papiers, flèche sans plume et groupement étaient bons à excellents en FITA, et en campagne à toute distance. Alors, puisque rien n’a significativement changé depuis deux mois, mon problème de précision ne vient pas de ma posture mais bien du projectile. J’ai vérifié d’abord la posture pour me l’affirmer, et j’ai testé ma configuration de tir en salle avec des flèches extérieurs, les X10 Protour 380 munies de pointes 120 grains. Au bilan : ça groupe à donf avec des flèches pour dehors, que cela soit à 18 mètres sur trispot, ou à 50 mètres sur blason de 80cm. Donc, mon problème vient des flèches.

J’ai donc testé la Easton 2315-200 grains coupée entre 27 et 30 pouces. Pas mal mais sortie papier pointe à gauche. Du coup mes erreurs à l’arrachée étaient à gauche, rien de surprenant, ça se tient.  C’est ma configuration depuis des lustres, mais avec des allonges comprises entre 26,5 et 27,5 pouces. Alors j’ai essayé plus raide et plus lourd avec la Easton 2318-200 grains coupée à 28,5 pouces. Je perds deux zones de trait et ce même en ajustant la hauteur de repose-flèche (et oui, c’est plus lourd, donc soit on place une lame plus raide, soit on ajuste la hauteur pour correspondre à l’écrasement). Dans cette configuration, l’arc sonne très bien, les flèches sortent bien, et groupent très bien. J’ai pu réaliser quelques belles séries avec de belles pastilles à répétition. Par contre, au niveau tolérance quand je commence à perdre un peu le fil, ou à fatiguer, les flèches lourdes tombent plus vite (non sans déc’ !?). Terminé les flèches à gauche, bonjour les flèches 9 en bas… Donc le groupement est bon mais quand ça dégage, c’est super loin et franchement dégueu. Pour Rome, j’ai choisi les 2315, coupées un peu plus courtes. C’était mieux, mais alors que je fatiguais, je notais clairement un départ de flèche pointe à gauche. A force de gratter, je pourrais même l’identifier les yeux fermés, juste au son de la sortie de flèche… Ce n’était donc pas convenable.

Me voici revenu de Rome sur mes traditionnelles 2315, customisées cette fois avec des pointes de 160 grains. Alors vous allez m’dire, facile pour toi Pierrot, tu n’as qu’à piocher dans une boîte chez AS et tu as ce que tu veux. Ouaip, c’est vrai, mais je ne suis pas obligé de vous donner mes astuces non plus, en vous laissant galérer et acheter à l’aveugle. J’suis super sympa, je vous aiguille ! Bon je poursuis si vous le voulez bien : avec les 2315-160, je me retrouve avec une flèche plus raide : j’ai une prise de Grip en supination (le poignet extra détendu, la main cherche à glisser sur l’extérieur de l’arc), ma pointe à gauche signifie que ma flèche est trop souple. Baisser mon poids de pointe de 40 grains augmente la vitesse de sortie, raidit l’ensemble, diminue les effets d’un parasite et la distance entre le groupement et l’erreur. Attention, pour cela, il faut un arc qui pousse fort. C’est le cas d’un Prevail SVX à 58/60 bourrins. Le témoin d’une flèche trop raide sera un trop bon vol, et une flèche qui atteint une zone plutôt qu’un point. Réglez pour toucher un point, une croix, et non une zone, comme cela vous aurez plus de chances d’obtenir un arc “entonnoir” au lieu d’un “arrosoir”.

Depuis ce choix, mes entraînements ont changé de rythme, de précision et j’aime bien ce que je ressens et ce que je vois. Allons-y ainsi sur le mois de janvier, c’est en situation que nous pourrons valider la configuration. C’est important de raisonner sur un terme défini, court, moyen, long. J’ai choisi le mien à deux mois pour décider. Il faut cependant se donner le choix, et créer cette opportunité en essayant suffisamment de configurations pour piocher parmi celles-ci, ou au contraire, parier sur un truc complètement différent. Cette fois, pas de pari, j’ai suffisamment bossé pour me laissé l’opportunité de choisir. Ces flèches plus légères sortent moins loin en cas d’erreur, et peuvent encore toucher le X alors que les précédentes pouvaient dégager bien plus loin au détriment de ma confiance. Cette fois, étant plus confiant sur mes projectiles, je libère plus facilement mes flèches, et ma visée est moins exigeante. Je repasse ainsi sur le geste de l’archer qui est en totale synergie avec son matériel. Vous voyez la logique se construire ? 

Non, je n’ai pas zapé la coupe du monde romaine… Je voulais finir avec cette histoire de flèches pour ne pas vous perdre. Nous voici au pays des pâtes carbo et risottis, je ne parle pas des pizzas car dans notre coin, impossible d’en trouver une qui tienne la route. Inacceptable.

Première édition, premier succès, premiers feedbacks. J’étais invité à cette manche, cela ne veut pas dire que je n’ai rien payé, non, j’ai payé mon billet d’avion, mon hôtel, mon miam, c’est juste l’inscription qui était cadeau. En contrepartie, j’ai renvoyé mon sentiment pour améliorer le tournoi l’année suivante. Pour une première édition de ce niveau, les romains s’en sortent vraiment bien. Le decorum peut être amélioré, tout comme l’organisation générale pour ne pas prendre autant de retard sur une seule journée, pour augmenter le nombre de navettes disponibles entre la salle et l’hôtel etc… Mais globalement, c’était très réussi et fort sympathique. Il aura réussi à réunir de nombreuses pointures du tir à l’arc mondial sur un premier évènement…

De mon côté, pas d’entraînement en arrivant sur zone le vendredi, j’arrivais trop tard le matin, et le créneau du soir était trop tard aussi pour que je sois en forme le lendemain. Un bon repas suivi d’une bonne nuit de sommeil allait être plus prolifique que l’énergie bouffée à vouloir tirer quelques tubes. Je suis parti de la maison, donc je suis de toute manière déjà câblé compét’ alors ça ira bien. Le lendemain, pas d’entraînement non plus, juste les trente minutes de chauffe et hop, dans l’bain. Ca c’est bien passé, cela aurait pu être mieux sans mon oreille folle ! Un truc que je n’avais encore jamais éprouvé est un sinus bloqué. En fait je l’avais comme ça depuis plusieurs mois, voire quelques années… Et là il n'était plus tellement d’accord et il a décidé de se manifester en bloquant mon oreille interne. Du coup, j’avais bien des vertiges depuis une bonne semaine et une audition hémisphérique. Le véto m’a dit que je pouvais prendre un truc pour débloquer le machin, mais en vérifiant, il s’agissait d’un produit dopant. Bien m’en a pris en ne le prenant pas… Toujours vérifier, même si c’est particulièrement chiant, il vaut mieux prévenir, ne pas guérir, qu’être suspendu. Je sais pas si c’est très bien ce que j’écris là... A vous de jauger, dans mon cas, pour une histoire de vertiges, je suis allé voir le doc la veille de mon départ pour m’assurer de l’absence de truc méchant. Rien de méchant donc je me suis fait l’économie d’une déclaration de tomes et de volumes liés à la prise d’un médicament dopant. J’ai fait ma compét façon clean, et ensuite, une fois à la maison sans compétition pour trois bonnes semaines, j’ai pu me soigner en toute légalité. Cela dit, heureusement que j’ai pas pris le médoc, au lieu de battre un record, je pense que le monde autour de moi aurait couru un grave danger !!! J’étais assommé, mais j’étais guéri en une petite semaine. 

C’était super chaud de tirer avec les vertiges inopinés, en visée, en préparation, aux résultats, parfois c’était drôle, d’autres fois, ça l’était moins, comme sur la dernière volée de mes qualifications, ou sur le barrage contre Hansen en huitième de finale… Je signe tout de même une première série à 297 et une assez chouette précision. C’est ensuite que cela se corsait, coups de pompe et houla-hop, j’ai commis quelques erreurs et je rendais une feuille de score à 294. Assez déçu puisque cela se passait bien jusqu’à l’avant dernière volée où je subissais ma loi de la déconcentration composée de vertiges. Alors là c’était fun : je suis super bien placé, en visée, plein neuf droite et j’envoie la machine pour tirer une “putain” de belle flèche, mais plein 9 à droite. Flèche suivante tout aussi bien préparée, tout aussi bien visée mais de l’autre côté du X, et je tire un superbe plein 9 gauche. Arf, kek tu veux PJ, t’es un boulet, c’est tout, aller fais donc un X pour finir. Et hop, un X. Et je terminais à 591, un peu à cloche-pied mais toutefois, heureux de ma prestation à la douzième place du classement.

Le lendemain, les lutins voleurs de slip avaient opéré sur mon arc, en y ajoutant du poids, de l’allonge et de la puissance, ils avaient aussi réussi à ajouter de la course à mon décocheur. Les salauds ! Bien, j’avais un objectif de performance pure sur cette manche, déjà faire de bonnes qualifs, et ensuite, nous verrons bien comment se profilent les choses. Et voilà l’tableau : en entrée nous aurons le seizième de finale sur lit Wildais, suivi d’un met composé d’un huitième de salade Hansen et d’un en-quart Bradenois si l’appétit vous en dit. Amusant.

Cela dit, j’ai passé une bonne nuit. Je me suis dit que je n’allais pas changer le monde demain et que mon objectif n’était pas là. Du coup, j’étais pas stressé du bulbe et j’affrontais notre ami Réo Wilde avec les croissants. Ce qui était drôle, c’est de voir la qualité de notre échauffement, que des X pleine balle, que des tirs parfait. J’observais le bout de la stab de Réo et ça ne bougeait pas d’un poil. Une fois que cela comptait, dès la première flèche, il a réussi à me faire stresser le bougre tellement il bougeait ! J’ai continué à regarder comme si je ne voulais pas y croire, et j’ai chopé le mal de mer. Je n’ai pas été flamboyant sur celui-ci… Victoire 144 à 143, de vrais guerriers de pochette surprise ! Bon ceci est propre à notre histoire aussi, on se connaît bien les deux, et du coup il y a toujours une forme de pression qui nous entoure. Le match suivant fut d’une autre intensité, d’une autre qualité. Je gagnais le droit de manger de la salade Hansen.

En fait, elle est pas très digeste… LOL ! Alors que nous démarrions le match avec deux petits 9 de son côté et un seul pour moi dans les trois premières volées, la fin se terminait en match de tennis à coup de 10. Sauf que, si j’avais eu un peu moins de mal de mer sur ma dernière, je n’aurais pas tiré un 8 cordon 9 !!! Plus rien ne tenait sur celle-ci, ce n’était pas le stress pourtant, mais bien une incapacité à exécuter un geste. Nous sommes allés au barrage, en une seule flèche donc et la plus proche du centre. Je me sentais bien sur ce match, je n’ai pas pris de vague scélérate dans l’oreille avant cette quinzième flèche et je me suis ainsi focalisé sur les bonnes choses que j’avais su retrouver après mon merveilleux 144. J’ai sans doute un peu trop cherché la pastille au lieu de jouer la carte chance en lâchant plus vite. Mais je tenais ma visée et mes forces n’ont pas suffit à lutter contre l’intensité que demande une telle flèche. Avais-je l’énergie pour continuer plus tard ? Hum, cette question n’avait rien à faire là, à ce moment là, j’ai perdu en tirant un tout petit 9 visé en bas, perçant le blason en bas du 10 en toute logique, car j’étais dans la réflexion et non dans l’action. Fin de l’histoire romaine. Objectif atteint à 80%, ce qui est bien mais pas top #LaCitéDeLaPeur. 

Me voici de retour à la maison avec la trêve de fin d’année que je redoutais. Cette période festive où ma famille comme tant d’autres n’a pas grand chose à fêter, mais plutôt plein de choses à gérer qui ne peuvent avancer du fait de l’arrêt de la planète pendant la naissance du p’tit Jesus et le changement de chiffre qui vient en dernier dans une date. Il s’agit donc d’une épreuve de patience, d’une putain de patience de méga dingue, pour passer outre la nostalgie des moments qui furent heureux, rester sobre et optimiste aux messages reçus, rester concentré pour la suite professionnelle, familiale et sportive à venir soudainement et dès le 4 janvier. Ainsi, tous les jours, j’ai poursuivi un entraînement de forçat, tantôt au club, tantôt à la société au-dessus des machines qui usinent vos futurs jouets en mode #Hawaï tellement il fait chaud là-haut. J’ai pu entrer en immersion dans ma technique et dans mes choix de matériel durant les fêtes, au calme donc. Et cela m’aura fait un bien fou de taper du X à donf, il a vraiment pris cher, et de plus en plus fort. Le genre d’entraînement qui flingue les épaules, j’ai pu tirer jusqu’à me faire mal tout en restant précis en enfilant des perles. D’un jour à l’autre, avec du repos et de bons repas partagés soit en famille soit avec des amis, l’arc restait identique à celui de la veille, le réglage viseur aussi. C’est un premier signe de configuration conforme à ce que le corps est capable d’encaisser, et de pertinence dans le choix de flèche. Si je suis convaincu que l’arc se règle d’abord et avant toute autre chose pour rendre un archer performant durablement, il n’en demeure pas moins vrai qu’ensuite, il faut s’entraîner dur pour réussir et figer une posture, une exécution, pour trouver la performance. Entraînez-vous comme des dingues avec une mauvaise posture qui n’est que la conséquence d’un arc non conforme à ce que votre corps encaisse, et ce sera la blessure physique ou psychologique assurée. D’abord, on place son squelette correctement à l’aide d’un entraîneur, d’un conseil, de la vidéo, en réglant son arc en allonge, puissance et balance, ensuite, on y met du volume pour muscler et figer un squelette bien placé. Sinon ça fait plein de trucs pas bon pour le corps que les diplômés sauront vous expliquer bien mieux que moi. Mon truc, c’est mécano, chacun son taff.

Joyeux Noël et Happy New Year, bisous bisous, voilà c’est passé, c’est bon on peut bosser maintenant ? Ouf c’est fini. Pardonnez ma froideur, j’espère la réchauffer pour la prochaine édition de la naissance du fils de là-haut version XXVIIII. J’espère aussi qu’il y aura de la neige. M’enfin c’est un autre registre. Nous sommes le 2 janvier, je peux reprendre le travail normalement et poursuivre mes entraînements pour être correct à bon sur la première compétition de l’année : Bondy. Et nous y voilà, premier weekend de sélection pour les championnats d’Europe de tir en salle qui seront fin février à Samsun en Turquie, oui, là où se disputait la finale de la coupe du monde FITA. D’ailleurs, on ne dit plus FITA, mais tir à l’arc en extérieur, ou bien l’art de créer des mots ou des phrases pour les mêmes choses en plus chiant, en rayant de la carte une partie de notre histoire où FITA signifiait Fédération Internationale de Tir à l’Arc, et où la langue française était reconnu comme langue officielle. Tout ça pour être plus intelligible. Bref, c’était là où se passait la grande coupe du monde FITA.

49811055 10218363678220126 7524935122391400448 oEt on est à Bondy, dans l’Est de Paris, pour un weekend organisé par les gens du club de l’AS Bondy. Ces gens sont des grands dingues, des furieux, de vrais passionnés de tir à l’arc et d’évènements. J’ai le sentiment qu’il s’agissait pour eux de trouver un prétexte et regrouper un maximum de passionnés juste pour assouvir leur besoin d’exprimer leur flamme pour le tir à l’arc. Non, je n’en fais pas trop. Quand j’aime, je le dis. C’est comme Nîmes, même si ce dernier est cher et selon moi le tournoi le plus relevé et hasardeux du monde, cela reste un must dans notre pratique et l’équipe en charge de ce monument est tout aussi frappée que celle de Bondy. Il faut saluer un tel travail, réunir plus de 400 archers sur deux jours, c’est une sacrée performance, seuls, et sans soutien de la fédération. Une trentaine… Les spartiates de Bondy auront touché beaucoup de monde par leur progression au fil de ces quatre petites années. Cette édition m’aura marqué par le coup de collier que l’équipe a su mettre en place pour rendre la salle belle et accueillante, pour diffuser un live de qualité, saisir des scores sur des tablettes en lien avec Ianseo, tirer sur des cibles en mousse, optimiser une plage horaire restreinte et mettre en compétition des jeunes, des moins jeunes et des équipes. Chapeau. Si vous voulez les aider, venez tirer. Si vous ne pouvez pas tirer mais que vous êtes intéressés par le comment faire une telle organisation, venez prêter main forte à cette équipe le temps de ce weekend. Ils n’étaient que trente, et ça passe !

Cette compétition arrive à point nommée, pile poil après les fêtes où l’engraissement fait rage et où les compétitions de préparation se font rares, il est temps de se remettre derrière l’arc pour espérer atteindre ses objectifs. Les miens sont clairs : bien vivre les évènements de janvier et me qualifier pour les championnats d’Europe en équipe de France. Après Bondy, je ferai donc Nîmes les 18, 19 et 20. Départ le 21 de Clermont pour Paris retrouver Sébastien Peineau et décoller vers New York le 22. Oui, je vais prendre mes beaux cailloux pour faire de beaux clichés de Manhattan, promis, c’est prévu. Nous roulerons vers Lancaster pour la compétition américaine qui compte le X onze points. Retour le 29. Re-départ le 4 février pour célébrer mes 37 piges à Las Vegas, comme chaque année ;-) Retour le 12. Et ensuite et bien il y aura peut-être le championnat d’Europe, et sinon le championnat de France, éventuellement, puisque les deux se trouvent en même temps. Comme le championnat du monde FITA sera tôt en saison, il est probable qu’en cas de non sélection européenne, je me projette directement en mode extérieur gla gla.

Je disais donc que Bondy était bien située sur le planning, mais aussi bien fréquentée avec nombre de grands cadors venant se préparer notamment avec les matchs. Le rendez-vous était pris, les grands étaient là. Au même moment et au même endroit, nous pouvions détecter les forces en présence dans des conditions identiques, et nous mesurer dans un contexte de performance.

Les qualifications se sont très bien déroulées pour moi. Les 298 de la première série me ravissent et j’attaquais la deuxième avec une petite faiblesse : la hantise de ne pas être capable de garder le rythme à cause de ma concentration limitée, et de mon physique de poulpe. J’ai été rassuré par un physique qui a bien tenu, merci à mes entraînements de psychopathe, c’est surtout à cela que ça sert… Quant à ma concentration, elle a attendu la huitième volée pour s’envoler dans des trucs pas glop qui me coûteront un 28. C’est con. cependant, terminer en rendant un devoir à 594 points sur 600, de nombreuses pastilles et pas un cordon litigieux, j’aime, j’adore, je me kiffe et me proclame Dieu de moi-même tout seul. Remis dans son contexte, cela équivaut à peu près à cela oui, j’en suis certain, y’a pas d’entourloupe. #ilfautsaimersoimeme #jemaime

Avant cela, il y avait les dernières mises au point du fait de ma seconde casquette #ArcSystème #ProudPartner, partenaire et soutien du tournoi, entre la déco et les prix, la prise de température etc toutes ces choses qui participent à la beauté de l’évènement tout en le rendant possible. Après cela, il y avait toutes les choses que l’on fait quand on créé du matériel et qu’il a du succès, on répond aux passionnés qui ont des questions, puis les interviews avec des intermèdes #StarWars #WrapsStormTrooper, puis les discussions avé les copaings, puis c’est tout parce qu’on est pas des machines de guerre sans miam et sans dodo. Une première journée haletante qui se termine sous la signe de la bonne fatigue, rincé, tout en m’interrogeant sur le comment j’allais me sentir le lendemain pour la première flèche tirée à huit heures…

Il faut souligner que je ne connaissais pas le programme… Je n’ai quasiment rien lu, sauf “le à quelle heure je dois avoir mon arc monté ?” Et c’est tout. Je découvrais le dimanche minute après minute. La découverte fut bonne, puisque le programme avait été modifié selon une suggestion simple de l’année précédente. Il s’agissait de déplacer le tir par équipe en toute fin de journée, pour d’abord enquiller les choses sérieuses lors des finales individuelles, et ensuite s’amuser entre amis en équipe. Nous enchaînions ainsi les finales individuelles dès les 32e à compter de huit heures du matin. Le coq n’étant pas encore réveillé, ce boulet, nous prenions l’option de petit déjeuner sur place, la réservation était possible, judicieuse idée. Tout ce qui fallait était là, sachant qu’à l’hôtel, rien n’était encore ouvert, et j’ai pu prendre mon café. Sans café, je ne réponds de rien ni personne en cas de litige grave comme par exemple le simple fait de me dire bonjour. M’étant délecté de mon nectar de caféine, aucun conflit n’éclata et la paix continua de régner au palais des sports.

Les archers pouvaient s’échauffer dans la salle annexe, soit aux cibles, soit dans les deux rings de boxe présents (ceux qui n’ont pas eu de café par exemple), et je pris l’option de la volée de chauffe accordée sur le terrain officiel. Je m’échauffais donc tranquillement à l’élastique, quelques mouvements copiés à mes potes les mouettes, avant de tirer l’arc. Bon sang il est … comme hier en fait, c’est juste moi qui suis un peu raide. Mauviette. Premier score à 147 points un peu tiré dans les coins. Deuxième score un peu mieux à 150, mouhouhahaha, moi content. Il n’était pas d’une précision chirurgicale mais tout de même bien exécuté. Troisième match plus disputé à 146 ex-aequo où j’ai commis quelque erreurs d’empressement. Je tirais donc un barrage, non pardon, deux barrages et j’ai failli tirer un troisième barrage… Mais comment est-ce possible ???

Alors si j’ai bien tout compris, les arbitres ont été contraint d’appliquer la règle des trois tirs de barrage en cas d’égalité sur les deux premières flèches, comme cela se passait au siècle dernier, car le règlement français n’était pas à jour, ou pas passé en commission, malgré une relance de la World Archery à la FFTA pour se mettre en conformité. Mais dans le cas d’un tournoi inscrit au calendrier international, nous devons appliquer le règlement de la World Archery, donc n’y comprenant pas grand chose et très franchement en mode zombie archery, on m’a dit de tirer, j’ai tiré, et j’ai bien tiré. Cela dit, dans une discipline (déjà, rien que le terme…) de précision régit par l’international où des professionnels commencent à tenter de voir le jour pour le plus grand bonheur des dirigeants qui pourront s’attirer les bonnes grâces des Hautes Autorités (porte-monnaie), voir encore ce genre de choses arriver revient à qualifier ceci d’anachronisme tellement nous sommes hors du temps. Hey, faut s’mettre à la page les gars, et vite ! Déjà que le tir en salle pourrait être renommé “poker round” ou “tir à l’arc à la carte” tant le niveau est élevé et tant les moyens pour nous départager sont faibles, inadaptés ou inexistant encore, rendre de l’incertitude et/ou interprétation du règlement est une aberration qu’il faut corriger sans délai. Je n’ose imaginer un procès d’un archer professionnel sous contrat portant plainte pour défaut d’arbitrage et non conformité territoriale en rapport avec la législation internationale applicable en la matière. C’est fort je sais, mon plus grand défaut est d’avoir souvent raison trop tôt. On me l’avait déjà reproché lorsque je demandais au Préfet Maritime Atlantique de se mettre en conformité sur la réglementation des mouillages forains en eaux territoriales. On m’a vraiment fait chier. Puis il y a eu l’échouement du navire vraquier TK BREMEN sous les fenêtres du centre de sauvetage d’Etel, où j’étais déjà le vilain petit canard, navire qui se trouvait au mouillage dans le secteur de Belle-Île… Quelqu’un a parlé ? C’est moche. Je pense que c’est mieux de le dire. Alors bien entendu, je suppose que des arbitres me lisent : je n’ai rien contre vous, j’aime tout le monde jusqu’à preuve du contraire, mais faites en sorte de faire remonter les informations avec la plus grande célérité pour ne pas un jour tomber dans un travers qui sera bien moins drôle que la pratique du tir à l’arc en elle-même. On est pas là pour bosser, on est là pour s’éclater. Je ne suis pas là pour brimer ou faire preuve de médisance, si je peux aider, je le ferai bien volontiers comme à chaque fois. Les arbitres ont dû résoudre cette situation in situ et cela n’a pas dû être une partie de plaisir pour eux non plus. Le travail de correction, ou de prévention / vérification doit se faire en amont. Vu que je ne connais pas ce domaine, je n’en dirai pas plus et ne parlerai que de ce que je connais.

49948749 10218363576697588 7043947099326513152 oDonc je tire en barrage un premier 10, déjà meilleur que celui de mon adversaire. Donc à la règle officielle, je gagne la partie. Mais à la règle du weekend, je dois tirer à nouveau une flèche, et si elle est d’un score identique à celui de mon opposant, on tirera la troisième la plus proche du centre. La deuxième fut gagnante avec un 10 contre un 9 de mon adversaire. De toute évidence, je n’aurais pas dû tirer un match à 146, alors au travail PJ !

Les matchs suivant furent de meilleure qualité et sans contest, avec 150 en quart, 148 en demie et 149 en finale, j’étais chaud et précis. Deux matchs à 150 me réconfortent et me donnent de la confiance pour les prochaines échéances de dingue. En demie, je réalise un excellent match avec Fabien Delobelle, coéquipier. C’est cool avec Fab, même si on se connaît bien, nous avons que l’objectif se trouve plus loin que ce tournoi, nous voulons tous deux faire du beau tir à l’arc et opposer une belle résistance à l’autre. On le fait si bien qu’on a souhaité tirer une seizième flèche en barrage. Celle-ci a suffit pour lui imposer un 10 contre 9 de Fabien. Et me voici en finale contre Sébastien Peineau. Avec Séb, on a aussi cette passion pour le beau tir mais cela transpire de façon pugnace, c’est plus du bourrin que de la poésie en sorte… Le mode bourrin ayant pris une claque compte-tenu de l’enchaînement des qualifs sélectives internationales la veille, puis les matchs depuis huit heures du mat’ et leur intensité, il est passé quatorze heures… Le match aurait pu prendre l’allure de deux super héros invincibles et immortels réalisant un combat à mains nues… Voyez l’tableau ! A l’issue d’un première volée pas très glorieuse avec trois cordons jugés et un score de 28 à 29 à mon avantage, nous décidions de nous motiver mutuellement pour faire du beau et tenir le plus haut niveau jusqu’au bout. Et nous avons réussi, Seb enchaînait avec 119 points, et moi avec 120 pour l’emporter de deux points. C’était du sacré match ! 

Une coupure méritée pour laisser place aux djeunz et leurs finales, et trouver un peu de calme avant de s’amuser en équipe. C’est la particularité de Bondy, le tournoi par équipe, on s’amuse et en même temps, on se forme, ludique et sympa pour célébrer la fin d’un weekend haletant. Il n’y a pas grand chose d’officiel dans ce format, hormis le score. D’ailleurs, pour le match de la « médaille de bronze », la team AS et les Breizh Powa se rencontraient. 100% de dingos composaient ces deux trios et nous décidions de changer les règles du jeu, pour rire. Nous comptions ainsi le X inside-out à onze points, le X qui touche pas les bords… Le reste comptait normalement. A ce jeu, nous avons bien rigolé, cela apportait un peu de piment à la sauce. Il y aurait pu n’y avoir de X pleine balle, mais cela ne fut pas le cas, nous en réalisions un bon paquet dans chaque équipe ! C’est à cet instant que les choses ont dégénéré… Voir deux équipes à égalité lors de la troisième volée, on avait déjà vu ça, mais au score parfait, non ! Je parle du score traditionnel bien sûr, 180 à 180 points affichés sur les scoreurs. L’incompréhension se lisait sur les visages alentours, pour notre plus grand plaisir. La dernière volée fut encore de haut vol, à égalité à … 61 points ! Score final : 241 ex-aequo.

Alors, nous devions tirer un barrage. Enfin cela sans compter l’incompréhension des arbitres devant un tel score à homologuer… ou pas ! Ce n’est pas un tir officiel, on mélange les arcs, les sexes, on peut jouer. Réflexion faite pour ce dilemme incongru, le barrage a été interdit et nous avons dû reprendre la feuille de marque avec la correction de tous les 11 en 10. Score final, 237 à 234 points sur 240 donc, à la régulière, et mon équipe l’emporte de cette façon, sans barrage. C’est con, on jouait bien. J’adresse tout de même, au nom des deux équipes responsables, nos plus plates excuses pour avoir secoué les arbitres en fin de journée éreintante pour tous, avec ce jeu. Mais j’en rigole encore… XD

Revenons à nos moutons, je suis vraiment content de remporter un tournoi à nouveau, surtout avec une telle concurrence. Nul n’est à l’abri d’une baisse de forme, ou d’un talent qui s’exerce en face lors d’un match. Sur un tel weekend, il faut être au rendez-vous et c’est tout. La connexion mentale est de tous les instants, c’est un exercice très difficile, je suis fier de ma préparation et de ma capacité à avoir pu débrancher mes casseroles le temps d’un weekend important. J’ai encore cette faculté à pouvoir le faire et vivre de ma passion. C’est cool, vous en profitez aussi. enfin, si vous aimez me lire, sinon tant pis, j’aime écrire ;-)

Cet article prend des allures de livre, mes carnets de route me plongent dans mon histoire qui croise la vôtre. Ils me permettent sincèrement d’améliorer ma façon de penser, d’une façon où je vais immortaliser des instants de ma vie sportive, en les situant dans un contexte, pour marquer ma mémoire. Si j’écris aussi pour moi tout seul, la publication est une version douce et ordonnée d’illustrer ce qu’est la vie d’un champion. Les deux sont compatibles, et m’offrent du plaisir. Je ne souhaite pas plaire à tout le monde, ni même plaire, je m’en fiche pas mal de cela maintenant. En revanche, j’aime voir du plaisir chez les archers que je croise et qui me disent qu’ils ont rit ou pleurer à la lecture de certaines anecdotes. Nous ne sommes pas des bêtes sauvages, enfin, pas tous, et nous pouvons encore partager d’autres choses que le conflit ou de simples histoires de scores musculaires testostéronés.

Ce carnet-ci, je l’ai écrit en une saison, plusieurs mois de ma vie dans plusieurs pays différents, dans les avions, les trains, en attendant un rendez-vous chez le docteur ou entre deux volées à l’entraînement. Peut-être qu’un jour j’aurai la joie de publier un livre, ce n’est pas le moment d’y penser, je dois encore faire pour être intéressant ensuite. Ecrire pour râler ne sert pas la cause, écrire pour sensibiliser et construire, raisonner ou stimuler, ça, oui, cela fait avancer le navire. Par mon parcours de vies, je construis une logique que j’applique à l’arc, je pense avoir suffisamment d’éléments pour assurer une refonte de mon site bientôt. Quand ? Je ne sais pas. Ai-je besoin d’aide ? Oui, chaque jour. Ce monde n’est pas celui des bisounours, on est bien d’accord, cependant, nous ne gagnons rien à vouloir faire comme les cons qui se font la guerre, en bataillant de petites querelles nous-mêmes. J’écris ces lignes alors que je suis meurtri par les évènements funestes qui ont touché ma famille de plein fouet, alors que la désillusion m’a profondément affecté puis changé, alors que ce qu’il reste de ma famille et moi doit encore mener bataille contre des pourris corrompus. J’en ai appris des choses en si peu de temps, je pourrais ajouter encore des compétences à mes quinze métiers ou plus. Le plus important de tous reste celui du marin, le plus logique, le plus parlant. Il faut du vent pour avancer, mais pas trop, ou du carburant. Si on enlève le bouchon de la coque, on coule. Si la mer bouge, le bateau aussi. On voit l’horizon, et de la passerelle toutes les extrémités du navire. A bord, c’est la mer de partout. A terre, c’est la merde partout. Mais surtout, ce que je garde du milieu maritime, c’est l’esprit de l’entraide face à un milieu hostile. J'ai une équipe formidable pour voir plus loin. 

Je vais poser ma plume ici pour laisser voler mes plumes, et faire tomber l’épée qui nous assaille à l’aide de cette même plume. Ma détermination a retrouver ma vie ne trouve pas de limite, ma pugnacité grandit à mesure de la contrainte qui m’est imposée, et contre toute attente, je continue d’écrire et de sourire à ceux qui partage la même passion que moi. Mon histoire demeure sombre, et sa plus grande lumière vient des personnes inestimables qui ont croisé mon chemin, et qui l’arpente toujours.

Prochaine étape, la vie.

Archerycalement,

>>>—-Pierrot—-> X

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