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Photo : à la chambre de ©Pierre Lansac

 

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 ''Si tu veux aller vite, va seul. Si tu veux aller loin, va ensemble.''

Amis archers, amis sportifs, bienvenue sur mon site. 

Je vous invite à partager ma vie de globe-trotter, mon actualité sportive et professionnelle,

mes études matérielles auprès des plus grandes marques de la discipline, ma passion, mon plaisir sans cesse renouvelé. 

Naviguez avec prudence, vous entrez dans le monde de la magie de l'arc, et, de l'envoûtement du bruissement des flèches (parfaites ?)...

Addiction sévère garantie, aucun traitement disponible !

Laissez-moi vos impressions et commentaires, et je serai heureux de vous répondre,

car si je cherche à décrocher la lune, c'est par vous et grâce à vous. 

Signature site

VegasLDNous sommes déjà en septembre, non décembre, bon février 2020 (bonne année !) alors que je relis mes notes de la saison salle 2019… Depuis notre dernière conversation où je remportais le tournoi de Bondy, j’ai continué mes carnets en off, je n’ai pas pu les publier en tenant mon cahier des charges : raconter une histoire, ne pas remettre en cause le matériel sans donner une explication claire, décrire avec plus de précisions ce qu’apportent les différents tournois auxquels je participe pour vous donner des informations qui sauront vous aider dans votre démarche, ou bien simplement écrire pour que vous y preniez du plaisir. Ces carnets ont une grande valeur à mes yeux, ils sont la mémoire de toutes ces années de tir au plus haut niveau, contre vents et marées parfois. Publier une brève sur ce site s’apparenterait à du réseau social, et non, ici, pas de publicité même si les propositions sont nombreuses mais systématiquement déclinées, nous sommes au calme prenons le temps de dire et de lire sans agressions extérieures.

L’emploi du temps a été très chargé, le plus dense que je n’ai jamais eu à tenir. Car en plus de l’entraînement pour tenir un niveau mondial correct, celui qui permet d’envisager une médaille, je me suis rendu disponible pour créer du matériel. Entre Hoyt et Arc Système, majoritairement, j’ai passé beaucoup de temps à parler avec les ingénieurs et spécialistes. J’ai essayé des équipements avant qu’ils ne soient commercialisés et cet aspect de ma vie, si passionnant soit-il, prend un temps fou et une énergie immense. Ainsi vous avez vu sortir de nouveaux équipements de nos ateliers français, et d’autres arriveront bientôt. J’ai vu ces douze derniers mois telle une immersion totale qui n’aura même pas été périscopique. Je ne parle plus de mon cher Augias pour l’instant mais il est bien toujours présent et le combat demeure intense avec cette bande de salopards belliqueux chasseurs de proies. Je souhaite me concentrer sur le récit d’archer, et viendra le temps où je vous ferai part de mon récit de commando. Il faut être solide, je vous l’assure ! Cette petite phrase est ici pour que les teigneux n’ayant d’affection que pour la critique négative puissent passer leur chemin et soigner leur démence sur une équipe de France de football plutôt que sur celle du tir à l’arc.

A l’heure où je rédige cette introduction, je suis de nouveau à la maison au plus calme, et je retrouve petit à petit un rythme de vie normale, la tête presque à l’endroit et un corps qui demande des soins. Mon dernier carnet était très long, aussi je vous ferai grâce d’une lecture ensommeillée en débutant par la saison de tir en salle, et je poursuivrai dans les prochains épisodes.

Le premier trimestre de chaque année est un enchaînement incroyable d’évènements pour le tir à l’arc de haut niveau et professionnel. Les tournois et salons font rage pendant deux mois, et le championnat de saison arrive en mars. Cependant, le programme va s’alléger un peu puisque la World Archery a décidé de ne plus proposer de championnat du monde en salle, idem Europe si j’ai tout bien compris (cependant j’ai entendu parler d’un championnat d’Europe en salle en 2021, WAE ferait-elle de la résistance ?). Cela inclus donc l’absence de mode de sélection, et un peu plus de latitude quant à la gestion du temps et des performances sur la saison. Ensuite, il faut être prêt en quinze jours pour le tir FITA et ses premières sélections en équipe de France. Le rythme soutenu commence ainsi, aucune trêve ne peut être espérée si l’on veut porter le maillot de l’équipe de France.

Selon un bref tour d’horizon, l’année commence par l’ATA show, le grand salon professionnel d’Atlanta où sont dévoilées les nouveautés essentiellement américaines, et se poursuit avec le championnat national NFAA, le Lancaster Archery Classic, le Vegas Shoot et enfin le Dakota Classic. Ca, c’est la partie américaine uniquement. On ajoute au programme les World Cup indoor series dont Nîmes et Vegas, plus le processus de sélection au championnat international en salle cette année 2019 (oui l’article date un peu, vous avez bien lu), et enfin les compétitions locales pour se préparer un peu. C’est à dire que la saison de tir en salle devient plus dense que la partie extérieure.

L’hiver est le bon moment pour sortir du nouveau matériel, il a été développé et éprouvé sur deux saisons hiver et été avant d’arriver sur la toile et dans les stands. C’est aussi beaucoup plus sympa de présenter un joli salon dans les grands espaces proposés par les coupes du monde et autres tournois de prestige. Ces salons sont surtout dédiés aux aficionados poulistes, ceux qui ne sont pas rémunérés par l’état et qui vivent de leur contrat de sponsoring. Il est logique de les voir tenir les stands, faire les présentations, de la représentation. Cela fait partie du job, et je le fais avec plaisir, même si cela demande une certaine organisation au départ pour ne pas se cramer en souhaitant être de partout à la fois. Disons que la mise en place est en cours pour bien séparer toutes les casquettes portées et traiter les choses une par une pour garder une prestation de qualité dans chaque domaine.


NIMES 2019


 

Nimes1A Nîmes, il faut accepter d’être un acteur de pièce de théâtre tellement le niveau est haut, et compte-tenu du format de la compétition, les points ne nous départagent plus comme ils le devraient pour une discipline de précision. Alors dans ce contexte, j’ai réalisé un bel essai. Auteur de qualifications à hauteur de la moyenne des trente-deux finalistes, soit 594 points, je remplissais le quota de sélection pour les championnats d’Europe. Il s’agit d’un tournoi professionnel qui ne fait pas partie des compétitions de l’équipe de France. Le circuit indoor pro series est costaud, les archers les plus solides pour une sélection en équipe de France sont aussi les plus sollicités par les sponsors. Et là, au milieu de ce monstre nîmois, un quota se glisse pour aller au championnat d’Europe. Il est là le truc de trop. Pour l’arme qui n’est pas olympique, l’enjeu est triple : être disponible pour les stands et renvoyer l’ascenseur à ceux qui nous font vivre toute l’année, être performant pour faire partie des meilleurs du tournoi le plus aléatoire du monde, obtenir le quota pour porter le maillot de l’équipe de France. Ok, si l’on arrive dans le cut, on a le quota, c’est facile hein ? Aussi facile de l’imaginer, de l’écrire sous forme de mode de sélection, de ne pas se souvenir comme il est difficile de survivre pour et dans le sport de haut niveau, de ne pas penser une seule seconde qu’une expérience ne se construit pas sur une base d’éphémère et de peur. Sur chaque flèche de ces qualifications, je surmontais l’épreuve et j’obtins le milieu de tableau principal et le quota pour le championnat d’Europe de tir en salle avec l’équipe de France fin février. Rien que pour cela, je suis fier. J’ai mis du temps avant de redescendre de mon perchoir de tireur tellement j’avais donné. Fier, mais colère quand même.

Je monte le stand Arc Système avec les gars, j’aide les partenaires et je tire le premier départ vendredi 14h. Le tournoi se déroule sous un programme respecté, millimétré.. Je dois m’isoler de temps en temps. Il faut dire que j’ai beaucoup de plaisir à vous voir, revoir, discuter… il me faut parfois une demie heure pour me prendre un café et revenir au stand, sans le boire ! Ok j’adore ça… Le café froid hein, pas de vous voir… (*blagounette*) Seulement avec le niveau de cette compétition, je dois mettre toutes les chances de mon côté pour réussir. Mon erreur aura été de rester dans les stands entre 11h et 15h30, heure du début des matchs. J’aurais dû aller déjeuner quelque part tranquillement en prenant un peu de temps au calme. Mon autonomie n’en n’aurait été que de meilleure qualité. Les matchs, j’en parlais déjà dans mes précédents billets nîmois, c’est une partie de poker. Nous sommes déjà trente-deux archers dans huit points en soixante flèches...

Il se passe quoi quand on divise le nombre de flèches par quatre ? 

PJDVoilà, elle est ici la notion d’accepter d’être un acteur d’une pièce de théâtre. Soyons pragmatiques : le format World Archery est composé d’un jaune immense, muni d’un petit X au milieu, de préférence, défoncé par de gros tubes. Arrive une lecture imaginaire d’un cordon rendu inexistant par le matraquage des tireurs d’élite, et pour ne pas considérer uniquement la dégradation d’un blason bien mal mené, nous ajoutons dans l’équation à multiples inconnues la dégradation de la mousse situées derrière le X. C’est aussi elle qui déviera sensiblement le tube de sa trajectoire, lui donnant une inclinaison qui sera favorable ou non à la prise du cordon. On peut facilement imaginer qu’une cible ayant réellement pris cher pendant le tournoi aura un phénomène aspirateur sur les flèches suivantes, dont les barrages où la plus proche du centre sera victorieuse, tout comme un blason un peu décalé causera une déviation du tube du côté où il se trouve par rapport au X. Et on appelle ça la précision ? Je parlais de mon avis sur le chrono de vingt secondes lors des finales en extérieur, un truc que je ne pige pas, et voici le truc que je ne pige pas pour le tir en salle. Alors j’accepte d’être acteur, et de sortir sur un bon match, même s’il s’agit du premier tour, en attendant de voir un format plus juste au bénéfice de la précision, mais cela en quelle année ?

En revanche, j’entendais cette fois-ci une aberration assez farfelue venant de l’arbitre responsable : au contrôle matériel, je m’attendais à ce que mon arc soit pesé  comme d’habitude et là, pas de peson. Bon, je pose la question à nos juges frenchies et ils me disent que le responsable avait décidé de peser les arcs des tireurs dont les flèches traverseraient les cibles… Superbe, la palme d’or… Alors que la moyenne du Cut est de 594 points, que chaque cible va prendre quatre départ de snipers, que les flèches sont toutes équipées de pointes lourdes, et lubrifiées pour éviter le collage aluminium - mousse causé par la chauffe du tube lors de l’impact, j’entends ça. Quel est le raisonnement logique qui permet d’arriver à cette décision ? Venir perturber les tireurs lors du tir, dans un espace restreint et bondé ? Prendre les tireurs à la faute à l’aide d’un équipement dénué de sens et obsolète ? A force de taper dans le même trou, il se creuse, et s’agrandit. Là, tout le monde comprend hein ? Déjà que je n’aime pas et ne comprend pas le peson, ici, on atteint des sommets. 

Pour l’aspect sportif pur, je signe une belle prestation en remportant les deux premiers tours au barrage avec 149 et 148 points. Au tour suivant, j’ai manqué d’énergie pour poursuivre, et peut-être d’un coup de tolérance de mon arc. Malgré les résultats lors des premiers tours, je compensais beaucoup et je n’avais pas l’arc pour crocher dedans à fond la caisse. Je le paie en quart de final contre Braden. Non, ce n’est pas lui qui me bat, j’ai bien perdu tout seul comme un grand, quiconque d’autre aurait pu passer ce tour contre moi. Je manquais de réussite et devenais moins précis. Sans commettre de grosse faute, mes impacts étaient moins francs, créant le doute et une spirale en arrosoir. Pas loin, pas dedans, tous les cordons douteux ne prenaient pas. Une cible défoncée m’aurait bien aidé à ce moment là. Avec 145 points, il est logique et tout à fait sportif de poser l’arc à terre. Je regrette de ne pas avoir pu jouer plus loin, car j’ai adoré matcher. Je ne regrette pas les forces que j’ai pu mettre dans la production de ce tir. Et comme Nîmes reste Nîmes, j’ai entendu, j’ai senti, l’ambiance qui régnait derrière moi, les « yes » à chaque pilonnage du X, à chaque victoire, tout comme comme j’ai entendu le silence lors de ma défaite. Ce silence, j’aimerais l’effacer au moins encore une fois dans ma carrière, et réaliser ce que j’avais réussi à faire il y a dix ans : gagner Nîmes. Et je vous assure que je bosse très dur pour y arriver. Et j’y crois !

Le tournoi terminé pour Pierrot, le temps était au stand, dédié totalement aux sollicitations, encore très nombreuses. Une fois l’espace fermé, le matériel rangé, je suivais les finales depuis mon téléphone sur la route lors des stops. La raison d’un départ anticipé était simple : mon décollage dès le lendemain pour Paris et au surlendemain, New York. J’allais participer pour la première fois au Lancaster Archery Classic… 


LANCASTER CLASSIC 2019


 

Time SquareNYC1Continuons le voyage alors. A peine rentré à la maison pour quelques heures, un passage à la société Arc Système pour régler les derniers points et m’entraîner un peu, je partais pour Paris en fin de journée rejoindre mon acolyte Sébastien. Départ de Paris après une très courte nuit, décollage 8h. Un dodo magistral dans l’avion a permis d’arriver à New York City frais et dispo pour vadrouiller en ville et prendre quelques clichés somptueux du haut du top of the rock, the Rockfeller center, en s’émerveillant à Time Square, et en arpentant les rues pleines de vie, de yellow cabs et de NYPD cars. 

Notre hôtel était situé en plein coeur de ville, non loin de Time Square. Notre voiture grimpait sur un parking mécanique amovible pour nous attendre le temps d'une nuitée et nous usions de nos gambettes pour découvrir Big Apple. Ca caillait, mais bien ! Cette ville est géniale, j’ai adoré y passer ce temps trop bref, le temps d’un souffle, seulement et à peine vingt-quatre heures. Je voulais mes photos à moi de Gotham City, si je n’ai pas pu tout prendre, les quelques images capturées sont fidèles à ce que j’imaginais pouvoir faire avec mon matos. La lumière était somptueuse, une visibilité détaillée, les sirènes de la NYPD en alerte dans les rues, les bruits de klaxon, les voies de claimers, les gens d'en haut (qui passent leur vie dans les gratte-ciels), les gens d'en bas, les pancartes de bois et de peinture, les bouches d’égouts fumantes, l’ambiance, tout est comme dans les films avec lesquels nous avons grandi. Un émerveillement que je garde en mémoire, maintenant dans mes albums du monde. 

MemorialLe lendemain, Seb et moi décidions d’aller sur les lieux de l’attentat du 11 septembre 2001. Je tenais à commémorer un évènement qui a marqué ma vie de militaire. J'entrais dans la Marine Nationale le 3 septembre 2001, ce jour est gravé dans ma vie a jamais. A peine une semaine après mon incorporation, mon choix de vie prenait tout son sens alors que mes instructeurs fusilier-marins, d'anciens commandos, nous informaient de la sombre nouvelle en fin de journée : "les gars, préparez-vous, on ne sait pas ce que le Président va décider, mais des avions se sont crashés dans les Tours Jumelles aux States, préparez-vous à honorer ce pourquoi vous êtes-là". Ce jour-là, quarante élèves décidaient de quitter l’institution. Les autres qui restaient étaient gonflés à bloc pour servir, défendre, aider et reconstruire. J’ai été bâti avec ça, avec ce jour du « nine eleven » (9/11 : aux USA, le mois est placé en premier, le jour ensuite. Cela compose aussi le 911, numéro d’urgence des USA). J’étais alors élève maistrancier à Brest même, de la volonté et de la fougue ras la gueule, et notre patron de nous dire de nous tenir prêt à la WW3 (World War 3). Ca vous glace le sang.

Ce soir-là, personne ne dormait, tout le monde se parlait, échangeait, et les chefs avec nous. Nous n’avions pas Internet à cette époque, mais le journal, et la télévision de la salle commune où tous nous étions regroupés, entre néo-militaires et aguerris. Nous avons demandé de concert à ce que la date de la signature de notre engagement soit avancée. Nous signions ainsi pour une cause concrète, véritable et juste. Ce moment marquait le début de ma vie d’adulte. Cet acte criminel, terroriste, aura renforcé mes convictions, et anime encore ma volonté à faire de ce monde un lieu où l’on ne se tape pas dessus. Ce monde n'est pas celui des bisounours, tenter seul de se battre contre les méchants est une cause perdue, nous sommes forts ensemble. Je refuse de ne rien faire, de courber l’échine, et cela sera toujours ainsi car je suis fait de ces choses qui me et nous dépassent de très haut, et que je respecte au plus haut niveau. Ainsi, je suis allé ressentir les choses au coeur du 9/11 Memorial, le coeur lourd, les entrailles bouleversées par cette triste réalité.

Par mon plus profond respect pour toutes les autres personnes qui ont été touchées, marquées, je ne diffuserai pas la majorité des photos que j’y ai prises. Celles-ci sont pour moi, elles sont trop dures pour être exposées. Je n'en laisse qu'une apparaître à vos yeux, celle qui me parle le plus, qui correspond à mon histoire et qui a ici toute sa place. A Manhattan, en plein coeur de ville et aux pieds du nouveau World Trade Center, deux immenses fontaines carrées représentent le vide que les Twins Towers laissent derrière elles. L’endroit est chargé, très chargé, il faut s’accrocher à ses tripes pour ne pas chialer, si terrible, si glaçant, c’est ici que cela s’est passé, là, sous mes pieds et au-dessus de ma tête. Ces gens que je croise, partout dans la ville, tous, ils ont tous quelque chose à voir avec ça, et ils l’ont vécu de leur histoire, leur histoire à eux. J’y suis allé, et ce souvenir me rappelle à celui que j’étais, jeune militaire, celui que je suis devenu, et qui n’est pas si différent de l’ado devenu adulte. Je rêvais beaucoup, désormais, je continue de croire en mes rêves contre vents et marées, en pleine tempête. C’est pour cela que vous ne voyez pas une autre photo de profil sur mon compte Facebook perso @pjdeloche, depuis des années. L’abeille Bourbon, remorqueur de haute mer le nez dans la plume, qui avance, qui tient bon, présente et majestueuse, elle est là, elle domine sa difficulté, c’est son image qui m’inspire chaque jour pour tenir le coup, sous les coups. Que cela vous inspire aussi chers amis.

On respire… et on continue.

Quelques pas plus tard, nous prenions l’air dans ce quartier plein de vie avant de reprendre la route pour Lancaster, mais seulement après avoir coché une case absolument incontournable : celle de la pizza pepperoni new-yorkaise, maxi fromage, maxi pepperoni, maxi tout, maxi bon ! La pizza Pepperoni devrait être l’aliment de base de l’espèce humaine… #PepperoniLovers

LAS2LAS1Trois heures de route plus loin, nous quittions l’état de New-York pour arriver en Pensylvanie, nous traversions la campagne américaine à la mode Amish. Des fermes, la vie simple, et cette communauté de personnes ayant fait le choix de vivre sans électronique, et à la mode des temps d’antan. Nous croisions des panneaux signalétiques “Attention calèches”… Et au beau milieu de cet environnement champêtre, soudain, les deux geeks en voiture sont interpellés par un grand panneau d’annonce “Lancaster Archery Pro shop”. Je n’y crois pas, ici ? Au beau milieu de nulle part ? Le plus gros magasin et distributeur de tir à l’arc au monde ? Et oui. Aux origines du tir à l’arc, il n’est question que d’une activité de plein air, nature, et non d’une pratique urbaine. Bienvenue dans le magasin de jouets d’archers le plus excitant au monde !

Des références de partout, vous cherchez un article, il est quelque part, vous souhaitez essayer un arc, allez dans le range juste à côté. Un test papier ? Un test vitesse de sortie de flèche ? Un essai haute vitesse ? Une prise de vue sous tous les angles de votre posture ? De l’arbalète à l’arc, des origines primitives à la technologie, tout y est. Le magasin est grand, sans être immense, mais grand. Il possède un “range” (pas de tir) à l’étage du magasin, un range au rez-de-chaussée avec retour vidéo des cibles, musique, boissons, et un troisième range dans une annexe extérieure avec presse Last Chance Archery et Draw board. Cela signifie qu’en deux vagues de tireurs, plus de cinquante personnes peuvent s’entraîner en simultanée de 7h à minuit… Et en été ? Un pas de tir extérieur arboré et verdoyant est accessible, d’une capacité de vingt-deux cibles. Et ceci ne représente que 10% de l’activité de l’entreprise.

LASdistri1LASdistri2Il y a aussi le centre de distribution, situé un peu plus loin dans la pleine campagne, il est opérationnel depuis une dizaine d’années. Une vieille bâtisse, immense, on sent l’époque industrielle et les métiers qui se sont succédés entre ces murs qui sont dorénavant dédiés aux tir à l’arc sous toutes ses formes. J’ai pu voir tout un rayon d’une vingtaine de mètres de long, de plus de deux mètres de haut, rempli de pointes de flèches. D’ailleurs, Lancaster Archery détaille la bagatelle de 1011 référence de tubes de flèches… On peut assez facilement imaginer que le détail de leurs composants est exponentiel. Me baladant dans ces couloirs, je remarque une façon de travailler bien en contraste avec ce que j’ai pu voir d’un autre distributeur, hollandais, JVD. Si l’un est le Amazon du tir à l’arc sans magasin, ce n’est pas l’image que me renvoie Lancaster avec un savoir-faire, une histoire qui nous ramène à la famille, à la passion. J’ai adoré découvrir ce monde, alors que je passais commande aux USA lorsque je débutais dans le tir à l’arc et alors affecté à Ajaccio, j’imaginais un monstre technologique à l’américaine. Pas du tout, c’est l’histoire d’une famille mordue de tir à l’arc et passionnée par la transmission du savoir qui a créé cette aventure. A l’arrivée, l’avant veille d’un tournoi énorme organisé par l’enseigne elle-même, je pensais aussi tomber dans un rush où tout le monde allait courir de partout. Pas du tout… Même au centre de distribution, ça roule relax. Chacun fait son taff, sans rush. Au magasin, c’est un moment où les vendeurs seront sollicités, mais là non plus, pas de rush, tout passe crème, sans courir. Lancaster fait ici la parfaite démonstration d’une maîtrise de l’évènement, et chaque personne reçoit une attention particulière sans attente. C’est très impressionnant. 

Salle 2Je vais détailler un peu plus l’aspect sportif de la compétition appelée « Classic ». Ce tournoi a été imaginé en famille et entre copains. Des passionnés qui se sont pratiquement lancé un pari de créer un autre format qui serait plus démonstratif de la vraie performance : celle qui allie la qualité de tir de l’archer, mais aussi la qualité de réglage de l’arc et la pertinence du choix matériel… Au début, le tournoi commençait avec 17 cibles. Nous sommes alors en 1995. Aujourd’hui, c’est un tournoi qui vit de ses propres ailes, médiatisé par lui-même, pour accueillir les archers sur 135 cibles, et dans un format inédit. Les bare-bows : vous êtes les bienvenus ! Sur cette édition, ils étaient quelques 218 « bouts de bois » à se tirer la bourre ! Le Lancaster Classic, c’est l’histoire d’un X qui compte onze points au lieu de dix. C’est l’ancien format du blason “trispot” qui est utilisé, celui où sont mixés les X et 10 classique. Celui où l’on ajoute une zone de précision dans cet immense jaune…

« Cela ne change rien de toute manière, les meilleurs restent tout en haut ».

Alors là, je vais faire la démonstration du problème que me pose cette remarque de la World Archery lorsque les archers soumettent ce format à leur approbation future. Ce qui nous intéresse ici, ce ne sont pas les meilleurs, quoi que : tirer sur un immense jaune revient à taper dans le « Hit » or « Miss » ce qui devient très préjudiciable à l’image de la discipline reine de la précision d’une part, mais d’autre part à départager les archers dans une zone concentrique, dans le jaune, où plus on se rapproche du centre, et plus les points comptent.

JudgeEn revanche, ce sont bien les archers du coeur de tableau qui se trouvent être les principaux intéressés, la différence entre un gros 9 et un petit 9 est ici un point pour le plus précis, et deux points pour celui mérite sanction ! Si les nerfs lâchent, si le projectile est mal équilibré, si l’arc ne pardonne rien, si le tireur commet une erreur etc : il perdra des points qui le différenciera d’un archer qui se rapprochera de la vérité en terme de précision, sans pour autant être au taquet. Avec le X comptant onze points, la grosse erreur même jaune vous fera perdre deux points, les volées ont un total de 33 points, la série à 330, le tir de qualifications à 660 points. Ce que j’aime dans ce format, c’est qu’on admet une appréciation complémentaire de la précision pour tous les archers. En match, les quatre volées de 33 offrent un total de 132 points. En cas de barrage, c’est à l’ancienne : trois flèches, si l’égalité persiste sur chacune des flèches tirées, la flèche qui donne la victoire est la plus proche du centre, en troisième recours. Mon problème dans cette remarque, c’est d’oublier ce qu’en pense les archers. Ce sont eux les demandeurs. « Eleven » ! Vous imaginez cela au micro dans les finales de World cup ? Et bien, oui, ça pète bien ! C’est ce qu’il ressort du Classic et de ses merveilleuses finales… Notre avis compte et cela fait déjà beaucoup trop longtemps que ce format existe pour le tir en salle, et je ne résonne pas en « élite » seulement. On va plus loin…

Oui l’élite restera l’élite. Mais, pour qu’il y ait une élite, il faut une base, et plus cette base est solide, plus l’élite sera forte, et durablement. C’est comme l’armée, enfin celle d’avant, car la pyramide hiérarchique est devenue carrée au fil du temps, voir même un pyramide sur sa pointe tellement y’a de chefs et peu de soldats… Je pense que quelque fois, on se noie à vouloir créer du champion et de la championne, pour l’audimat. Ou alors, on se retrouve dans un format où le champion tire dans les coins, et où l’audimat regarde de belles images, mais avec de mauvais acteurs (c’est d’ailleurs mon histoire à Minsk, on verra cela plus tard). Ce qui nourrit tout cela, c’est aussi l’envie, le plaisir de faire les choses. Si tout n’est qu’abnégation, rigueur et sacrifice, dès le départ, j’ai envie de vous dire : trouvez autre chose, amusez-vous autrement, changez d’horizon. Comment voulez-vous tenir si d’entrée vous n’avez pas envie ?

Je m’essaie à rechercher les bons arguments, la logique d’un tel format qui n’est pas l’idéal encore, mais certainement une belle piste. Les meilleurs sont récompensés, et ce sont réellement les meilleurs (on verra le détail plus loin). J’en reviens au plaisir : vous tirez bien une flèche à un millimètre du X, votre acolyte ou adversaire tire un gros 9 cordon 8. Votre belle flèche possède la même valeur que celle d’à côté, dont l’impact se situe à plus de quatre centimètres du vôtre. Et on parle de précision ? Ce qui ronge l’élite, tout comme le réservoir d’archers motivés au coeur de nos clubs, c’est l’usure. Je conçois parfaitement qu’il soit très difficile d’appréhender le réglage de l’arc à poulies, d’en choisir le bon équipement, puis de s’entraîner correctement. Tirer sur un blason qui ne reflète ni la progression, ni la précision, mais uniquement la performance, cela revient à se sous-estimer en permanence. Si je prends un exemple plus concret : vous êtes en forme, motivé, vous vous entraînez dur et vous réussissez à taper un score de 580 points sur un weekend. Bravo, selfie, photos, hashtags, c’est merveilleux. La semaine suivante, vous lâchez un score poussif de 570 en donnant dix fois plus d’énergie que pour faire dix points de mieux. Vous vous arrachez les cheveux, vous demandez à être flagellé sur la place publique, vous ne voulez plus entendre parler de tir à l’arc et de performance. C’est trop dur. www.leboncoin.fr/jedonnemonarc/ Ca, c’est sur le papier, les points, juste les points. Mais voilà, comme vous vous êtes entraîné longtemps et dur, votre point d’encochage s’est resserré, ce qui retient un peu plus votre encoche de flèche lors de la libération. La corde accompagne plus longtemps la flèche jusqu’à ce qu’elle s’en détache au band d’arc. Cette distance de poussée supplémentaire laisse de la place pour les micros défauts, qui sont alors amplifiés. Le groupement est ainsi moins bon, ce qui laissent des impacts « juste pas d’dans », quelque fois, les cordons prennent, mais le doute s'installe. La qualité de tir et la motivation n’ont pourtant pas changé… et on tape sur l’archer, d’une part parce qu’on se dit que cela vient de nous-même, odieux personnage, et d’autre part car le blason ne nous permet plus d’identifier avec pragmatisme la précision atteinte. Alors on s’énerve et on place cela sur le compte d’un mauvais jour, d’un mauvais entraînement, d’un mauvais alignement astral… Des exemples pour quantifier l'impact de l'évolution matérielle au détriment de la précision, j'en ai à la pelle. Ce 10 classique rend vraiment service, qu’on se le dise !

i tLnFSPv X4Cet archer d’un niveau à 580 points est sanctionné lourdement par son laxisme envers son matériel. Il perd dix points alors qu’une simple maintenance du point d’encochage lui aurait permis de garder sa précision, mais aussi la tolérance de son arc et le groupement de ses flèches.  Il aurait même pu améliorer son record sur la confiance acquise. C’est con hein ? Ce qui est d’autant plus frustrant, c’est que l’archer qui néglige son matériel tout le temps, qui tire de façon aléatoire une fois sur deux dans le X et dans les coins, fera lui aussi 570 points, soit quinze X et quinze 9 par série. Attention, je ne dénigre aucune performance. Je prends cette référence comme une valeur charnière, autant de X que de 9. Sur un format Lancaster, les 9 baveux laissent deux points de moins sur la feuille de marque. Ainsi l’archer plus précis se démarquera à 570, tandis que celui qui tire quinze coins de jaune une fois sur deux rendra une marque à 555. C’est plus sport, et démonstratif. Et ce format Lancaster, se limite-il à ce X valant 11 ou bien d’autre subtilités se glissent ici ? Et bien oui, un détail vient bousculer le classement en cas d’égalité, ici, on ne parle pas de notre habitude de jeter une pièce en l’air tel un jeu de hasard dans notre discipline, je le rappelle, de précision : l’archer qui a tiré le 10 le plus tard est le plus haut classé. Autrement dit, le premier qui sort du 11 sera dernier de son score. Exemple : trois archers sont à égalité à 659 points sur 660. Ils ont tous tiré 59 flèches dans le X, et une seule dans le 10. Sur un tournoi comme Nîmes, ou comme tous ceux que vous connaissez au format World Archery, le départage de ces trois archers ayant scoré à 599 points sur le comptage régulier s’effectuera « à la pièce » et ils seront classés aléatoirement de la première à la troisième place. Au Lancaster, l’archer qui réalise son 10 le plus tard est le plus endurant sur le X, et sera donc classé premier. Celui a tiré son 10 le premier sera classé dernier, c’est un cracker. Celui qui est entre les deux… Vous avez pigé. C’est donc non seulement un format qui est démonstratif de la performance, mais aussi très clair sur la composition du tableau, l’aléatoire n’a pas de place, ou bien très nettement en retrait par rapport à notre format bien connu. C’est assez génial en fait ! J’en arrive aux matchs. Le tournoi principal prend les soixante-quatre premiers archers pour les trente-deuxièmes, seizièmes et huitièmes de finale en élimination directe par tableau traditionnel tel que nous le connaissons. Le 1 rencontre le 64, le 2 contre le 63 et ainsi de suite vers le milieu de tableau. Tous les matchs sont comptabilisés pour la suite, pour qu’un second classement arrive sur la deuxième partie des matchs : le premier archer, classé à ses points de qualifications ET de matchs jusqu’en huitième, sera automatiquement qualifié pour la grande finale. Sa précision est ainsi récompensée. Les sept autres archers qui auraient dû s’affronter en élimination directe de quart de finale auront un autre système. Je l’appelle « à la remontée » car il n’a pas de nom. Le principe est de prendre le huitième archer classé le plus bas des points qualifs + matchs, il affrontera l’archer classé septième. Le vainqueur affrontera l’archer classé sixième. Et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’un.

LASfinalsConcrètement, on a vu un Mike Schloesser tirer seulement deux flèches en dehors du X, restées dans le 10, de tout le weekend. Il est ainsi qualifié pour la finale et obtient la garantie d’une récompense à la hauteur de sa précision. Méritait-il le Graal ? Et bien, son adversaire Jacob Marlow lui aura démontré sportivement qu’il méritait mieux en lui arrachant la victoire au barrage. Jacob était classé troisième, il a dû gagner deux matchs de finales pour remporter l’évènement. Un autre cas inédit, celui de « The CEO », chez les amateurs. Tim a réalisé la grande remontée, de la huitième place à la victoire, c’est la première fois que cela se produit, et c’était magnifique de voir ce beau tir à l’arc ! Il se tient là et arrive avec sa place de moins bon des bons pour coller piquette sur piquette à tous ses adversaires. Excellent ! Ce qui est d’autant plus génial dans ce format, c’est d’assister à cette magie alors mise en lumière puisque le tout se passe sur le terrain de finale, en pleine lumière, sous les caméras et devant les spectateurs, un régal !

Sur mon expérience personnelle, je tirais un 648 points sur 660 glacé par une énorme ventilation pleine tête. Il ne faut pas s’imaginer cela à la mode française. Ici, nous parlons d’une ventilation américaine, quand il règle la température sur froid, le chat ne se lèche pas la patte sinon elle restera collée ! Une ventilation de complexe américain créé du vent, tel le souffle de Chuck Norris sur la banquise, ça ne rigole pas ! Voilà, les yeux secs, le pantalon qui flotte au vent, le corps grelotant… Je me suis habillé, je bougeais pour rester tiède entre les volées, mais rien à faire. Je ne voulais pas non plus me faire remarquer de cette façon pour une première, cela aurait été un peu trop français.. Mais, les archers ont contacté l’arbitre pour signaler que là, même eux habitués des grands froids, demandaient la coupure de ces ventilations. Quinze volées étaient déjà passées alors que l’air se réchauffait et la ventilation se faisait enfin oublier. Ce n’est pas une petite complainte de chochotte, quand vous traversez l’atlantique pour une compétition à plus de 360 balles hors trajet etc, vous relativisez moins et ne faites pas le dos rond. Notre parole a été entendue et la correction sera apportée l’an prochain, avec comme geste commercial notre invitation 2020. J’étais déçu de ce score, bien sûr que j’étais glacé, mais mince quoi, j’avais de quoi jouer et mieux me classer. Frustrant ce tir.

LASpracticeMa déception fut de courte durée au constat de la densité des qualifications… Je suis classé 54ème (mon score rapporté au format World Archery était de 588), et je suis à 7 points seulement de mon adversaire classé 11ème. Cela veut dire que même les premiers qui n’ont pas ou peu perdus des points auront fort à faire pour se hisser hors des premiers tours… Lors de mon seul match, je réalise 129 points sur 132. Je n’ai tiré que trois flèches dans le 10, refusées par le juge. On s’en fiche, ce que je remarque, c’est que mes impacts n’étaient vraiment pas loin et donc, que tout va bien ou presque, je n’ai pas à me flageller sur la place publique. Je suis allé au barrage contre un adversaire lui aussi joueur sur les cordons. Mais c’est ça le jeu, et je l’ai très bien accueilli pas de problème là-dessus. Donc barrage, et celui-ci se tire sur le spot de votre choix, on s’en fiche, pourvu que la flèche marque autant que celle de votre adversaire, ou plus. Seule la troisième la plus proche du centre l’emportera. Et je perds avec trois X, le dernier au pied à coulisse plus loin d’un millimètre. Rentre chez ta mère. Bisous !

Lors des finales, c’est encore un autre détail important : les finalistes s’échauffent dans les mêmes conditions de lumière que le terrain officiel. Ca c’est cool ! Cela permet quand même de rassurer l’archer arrivant, qui est ici le plus haut classé, censé pouvoir faire la démonstration de son niveau de performance face à un adversaire chaud et en confiance (il vient de remporter le match précédant sur ce terrain). Mais aussi, si l’on se place de l’autre côté de la barrière, à savoir celui de l’organisateur dont le but est d’offrir les plus belles images aux spectateurs, on met toutes les chances de notre côté pour que la démonstration de la précision de notre sport se fasse sans délai et offre ainsi des matchs de haute qualité visuelle. (Et là je me souviens de Legnica avec l’échauffement à une demie heure des finales, et un practice à 3 mètres dans un hall…) (et on causera donc de Minsk plus tard, définitivement). Les archers finalistes tirent sur une estrade carrée, placée à trente centimètres du sol. Le plus haut classé décide s’il commence le match, mais aussi chaque volée. L’arbitre du match ne suit pas de règle de timing télévisé à la minute où l’on se presse tout le temps, non, le juge demande à l’archer qui commence s’il est prêt à tirer, avant de lancer le chrono. Et enfin, entre les volées, le commentateur interroge les archers au sujet de leur équipement (normal, l’organisateur est un magasin et un distributeur !), mais aussi sur leur état de forme, s’ils sont heureux, stressés, ou bien une situation peut être abordée selon la tournure que prend le match. Les adversaires peuvent s’adresser des petits messages, et le public réagit. C’est super sympa comme façon de faire, on a ainsi plus le sentiment d’exister comme des sportifs bien humains, et non seulement le fait d’être des outils de promotion et de performances. Ça me plaît. On y reviendra. Fin.


THE VEGAS SHOOT


899Le choix avait été fait de voler : revenir sur nos terres pour récupérer, s’entraîner, prendre quelques jours dans une réalité « vraie » avant de repartir à l’Ouest, à Las Vegas. Quand le voyage peut s’effectuer simplement, il faut le faire si l’on possède une vie en dehors du tir à l’arc. Et Vegas, c’est trop particulier pour l’enchaîner. Tous les européens sont rentrés, même si nous n’avions que six jours entre deux.

Comme d’habitude, je tirais un beau 899, le huitième de rang après celui de 2012, de 2013, de 2014, de 2015, de 2016, de 2017 et enfin, celui de 2018. On va arrêter d’appeler ce score 899 et on va l’appeler un Deloche si ça continue… A chaque fois l’histoire concerne un chiffre identique mais jamais la même façon de le faire. Si vous vous demandiez comment réaliser un tel score, je peux donc vous en donner huit façons que vous pourriez réutiliser. Ce qui était assez frustrant, c’est que cette fois aura été certainement l’édition où je me sentais le mieux. Cette fois, je ressentais une redondance pénible à aller jouer le Lucky Dog. Ce n’est pas ce que je voulais, je voulais 900 et tirer le Shoot off. Je n’y croyais plus vraiment une fois que ce 9 m’échappait le premier jour, sans raison majeure, juste une petite tension d’épaule d’arc et un tir accompagné au lieu de couper. 9 midi. Les flèches suivantes étaient sans goût, le plaisir de l’enjeu était parti avec cette flèche erratique. Je ne voulais pas être ridicule, alors deux fois 300 sont venus clore le tir d’accès à la finale, mais réellement fades, 300, ok, mais fade.

Le dernier jour, après la série ultime à 300 et avant la mise en place du tir du Lucky Dog, je ressentais l’envie de jouer en terminant sur de belles flèches, contre toute attente ce sentiment fade des premiers jours était loin derrière. Elle est très importante cette petite étincelle ! Donc tout le monde des Eight-Ninty-Nine’s Club se regroupe au beau milieu de l’arène, monsieur Bruce, de sa voix métallique un peu pincée très à lui et très ricaine waléguenébystoofly, nous fait le speech habituel comme quoi faut d’abord faire un X cordon favorable, puis un X inside-out, c’est-à-dire au cordon défavorable. Ouaip, en gros, faut tirer pile-poil pleine balle de sa maman qui envoie de la grosse godasse, sinon tu peux retourner voir les slot-machines. Voilà que le coup est lancé, tous les cleps arment et visent, visent encore, et encore, et ça revient, et hop, je tire une de mes 2712 au X, ça passe pour un premier tour au cordon favorable parmi quelques 30 chiens. Quelques archers doivent sortir et nous tirons la deuxième flèche, au X inside-out (celle-ci ne doit pas toucher les bords, cordon défavorable). Jean-Philippe Boulch et moi tirions Lanister en tête-à-tête et nos deux flèches sont parfaites, le genre à lâcher un « oh putain » une fois la corde libérée. C’est bon pour nous deux, et un troisième archer s’invite aussi, aucun respect. De la trentaine de chiens au départ, en deux flèches, nous ne sommes plus que trois. Nous tirons alors une troisième flèche. Pas de X chez mes concurrents, et la mienne est proche, tant dans le résultat que dans mon esprit, c’était une très belle flèche. Nous devons tirer jusqu’à ce qu’un archer réalise un inside-out, et qu’il n’en reste plus qu’un, quelque soit le temps qu’il faudra prendre. Nous tirons alors une quatrième volée, blason neuf à chaque coup. Celle-ci, je ne visais plus, je snipais, patience et ligne, la flèche sort impeccablement bien, c’est superbe, je prends la paire de jumelles et je distingue un impact fort bien positionné, j’entends des pssss et des Ôoooo derrière moi. Je tremble tout d’un coup et cela m’empêche de voir correctement dans mes jumelles. JP n’a pas encore lâché. Il revient de sa visée et me lance un « salaud va ». Je prends… Mais il sait sniper le grand machin d’en haut à gauche (région Bretagne pour ceux qui débarquent), très bien même ! J’attends son impact, comme les quelques centaines ou peut-être millier d’autres yeux derrière nous, et c’est un 9, faute de temps. 

LD2A cet instant, nous ne savons pas encore le résultat pour moi. Ma flèche est incertaine, légèrement décalée à droite et je ne vois pas bien, mon estime quant au diamètre 2712 est précaire et j’attends le jugement. Bruce Cull, le chef organisateur qui commente tous les Vegas Shoot depuis la naissance du petit Jesus, me regarde et demande si c’est bien ma flèche en la désignant du doigt. Je ne comprends pas tout ce qu’il se passe à cet instant, mon corps est bien là mais ma cervelle a dû se barrer quelque part je n’sais où. Bruce approche son micro pour annoncer un truc. Et c’est mon nom que j’entends ! WTF ??? Quoi ??? Tu es bien sûr de toi ? C’est bien une victoire ? Une dose de bonheur qui m’arrive ? “Lucky dog” !!! Incroyable et je tombe littéralement en émotions. Toujours dans les salissures de la vie, cette lumière venait me donner un tel espoir, de la vie, du beau, mais quel moment incroyable !!! A ce moment-là, je suis pris d’assaut par les photos et caméras, tout, tout de suite, à chaud bouillant. J’étais en larmes, une réaction tellement logique, ce n’est pas une victoire mais une distinction, une marque de fabrique, ce cleps m’en aura fait voir de toutes les couleurs depuis toutes ces années, il fallait peut-être que je gagne cette étape avant de faire mon premier 900 l’année prochaine. Pendant un court instant, j’ai été heureux, heu-reux, un phénomène bizarroïde qui avait pris une allure d’EFNI (Emotion Filante Non Identifiée). Ce bonheur immense m’aura coûté le shoot-off qui était tiré plusieurs heures plus tard, c’ets une certitude tellement je n’ai pas pu canaliser mes émotions après tant de batailles menées dans ma vie, ce Lucky Dog est un vrai symbole. L’attente a été longue, trop longue, je n’ai pas su la gérer correctement après cette émotion si grande. J’ai donc relâché, au détriment de mon Shoot-Off qui n’aura duré que trois flèches, mais au bénéfice d’avoir pu savourer un moment d’intensité si beau. Alors j’accepte ainsi mon histoire, deux premières flèches tirées au 10 et une troisième où je ne contrôlais plus rien, la flèche de trop, tout était de trop. Ce n’était pas moi, pas mon arc non plus, simplement mon histoire qui me demandait de m’arrêter ici. Je reviendrai plus tard, cher Shoot Off, tu mérites mieux que ça. Quel moment, quelle puissance, une image qui me rappelle pourquoi je fais tout ça, ce sport, ces sacrifices, une merveille !

 

SunvalleyStripVoici maintenant un autre moment hors du temps, en dehors de la ville, quand je suis allé shooter la vallée du feu avec ma bande de copains. C’était un moment hors du temps, et si j’avais publié ces clichés sur les réseaux sociaux, en voici quelques-un qui vous donneront envie de voir cela de vos propres yeux. C’était magique. C’est aussi cela Vegas, on fait du tir à l’arc à l’américaine, mais le timing nous permet de voir d’autre chose, car tout est simple et accessible. De la vallée du feu à la vallée de la mort, il y a le Strip, cette artère principale de Vegas. Alors le choix se pose à nous : envie de calme et de paysages somptueux, ou bien envie de foule et de bizareries en tout genre ? Ou bien les deux ? Tout est à côté, alors cette destination reste le nec-plus-ultra de la bucket-list de l’archer.

  

 


CHAMPIONNAT D’EUROPE, SAMSUN.


 

pjsamsunDe retour de Sin City, je retournais à Samsun pour disputer les championnats d’Europe, retour maison pour deux semaines, le temps de repasser en calibre 23 et en format tir vertical. On en prend l’abitude mine de rien… Ce n’est simple ni dans un sens ni dans l’autre. Les deux semaines ont été utiles pour se remettre en format World Archery.

Pas si évident ces championnats d’Europe, et apparemment, ce furent les derniers de notre histoire… La World Archery & Europe ont décidé de supprimer ces championnats au bénéfice de la coupe du monde en salle, les fameuses “World Archery Indoor Series” partout autour du globe. La finale de cette coupe du monde se tiendra à Las Vegas, le samedi soir. Cependant, même si cela n’implique plus de maillot d’équipe nationale, et qu’il s’agit maintenant d’un vrai circuit pro, cela relève certaines différences à noter. L’aspect professionnel demande un engagement particulier, aussi en matière de règlements. Celui de Nîmes (valeur 1000) est un format aléatoire, World Archery normal, en élimination directe et de la densité la plus importante où les points de classement sont attribués après matchs. Celui de Vegas, de la même valeur, est sous règlement NFAA, donc tubes en 27 autorisés, puissance non limitée, blason triangulaire et une série par jour. Pas de match de classement, les points sont attribués sur classement de qualifications. A l’issue de deux séries vegassiennes, dès le soir même, les archers repassent en mode world Archery pour tirer les matchs de la finale. Même pour nous, c’est assez complexe… Laissons un peu de temps pour que tout se mette en place, n’est-ce pas ? L’avantage par contre, c’est la proximité grandissante entre l’élite et l’amateur : les inscriptions sont libres et vous pouvez tous participer à chacune des manches de la coupe, par plaisir, ou avec de l’ambition. Ce point est intéressant et renforce un point important de notre sport : un néophyte peut très bien tirer sur la même cible qu’un champion du monde, et ça, c’est géant. Toutefois, peut-être que éventuellement, la WAE aurait décidé qu’un championnat d’Europe en salle se tiendrait tout de même… Ce qui serait bien, de pouvoir aussi représenter le pays en hiver, les tournois, c’est bien, mais ce sont les sponsors ou bien nous-mêmes qui payons la tournée, alors nous ne représentons pas le pays mais bien nous-mêmes tout seul avec ceux qui nous aide on est d’accord ? Serait-ce une façon détournée de professionnaliser le sport pour dégrossir les budgets d’équipes nationales au profit de la disciplines olympiques ? On est pas couché, c’est certain…

champeuropeJe referme la parenthèse pour ce championnat d’Europe, sans trop de spectateurs puisque situé au bord de la mer noire au Nord et au lieu de la Turquie. Là, se trouve un immense complexe, je pense plus grand que notre parc des expos nîmois… dédié au tir à l’arc !!! Le nombre de participants est à la baisse depuis quelques championnats Europe ou Monde depuis quelques années, d’où la décision de la WA causé par l’investissement des fédérations sur l’extérieur. Y’a moins de sous de partout, déplacer une équipe sportive coûte cher, on définit les priorités sur les catégories reines, et en salle, y’en a pas. Alors on y trouve de moins en moins de monde. Nous ne manquions pas de place… Très bien organisé, les qualifications se déroulent normalement avec un score de 593 points me classant 11e ex aequo avec le 9e. Donc on est moins nombreux, mais la qualité est toujours bien présente, ça score… Sur le match, au singulier, en seizième de finale, je tire un mauvais 146 et je perds d’un point. Résultat décevant, un jour sans, un jour où rien n’allait comme prévu. En revanche, le parcours d’un nouveau, Adrien Gontier, est à souligner : vice champion d’Europe avec défaite au barrage 10/10 en finale contre le Mike, c’est de toute beauté, et quels scores ! 

Adrien faisait partie de l’équipe avec Jean-Philippe et moi. Classés premiers des qualifications, nous avions un bye en quart. Les équipes engagées et la densité du tir en salle exigeait un départ sur les chapeaux de roues dès le premier match en demie finale. Rien n’est facile. Nous rencontrions les hollandais auteurs d’un match à 238 sur 240. Nous sortons vainqueurs avec un seul 9 (merci Adrien XD) et donc 239 points sur les 240 possible (Adrien boulet !). La finale n’est pas tirée le même jour et nous allions rencontrer les italiens tirant une passe à 237 pour nous affronter. Ils ne réitèreront pas leur performance et quant à nous, nous réalisions un score quasi identique en finale avec 238 points. Cette fois Adrien signe le plein, JP et moi sortions de la pastille, nous souhaitions JP et moi être fair-play avec le 9 d’Adrien (Adrien boulet). Et ça y est, nous sommes champions d’Europe ! C’est mon deuxième titre par équipe en salle, le premier avait été remporté avec Christophe Doussot et Dominique Genet en 2010 à Porec, Croatie. Sur l’individuel, j’étais champion d’Europe en Pologne en 2013, et j’en garde un très beau souvenir.

Fin de saison de tir en salle, fin de carnet de route, nous sommes le 5 mars 2019 (enfin plutôt le 28 février 2020...) et l’heure est déjà au passage de l’arc en tir extérieur. Pas de répit, il faut s’acclimater rapidement et tenter de trouver vite un réglage moyen permettant de résister à toute condition pour la compétition de sélection, j’ai trois semaines pour gagner ma place en équipe de France qui disputera les coupes du monde et le championnat du monde, mais aussi les Jeux Européens. Un seul weekend pour plusieurs mois de compétitions. Prochain carnet : de Medellin à Mokrice-Catez, multi-pass !

A lire : Rattrapage ⅔.

Archerycalement,

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