Augias, épisode 2.

DSCF6262Nous nous retrouvons pour un deuxième épisode de la saison, probablement plus détaillé, car je sais que vous êtes nombreux à apprécier le type de tir qui va suivre… Depuis 2014 où je prenais mon congé sans solde de l’armée française pour motif familial grave, je gardais le rêve de pouvoir participer à une compétition de ce type aux USA. Avant cette "dispo", il n'était pas évident de convaincre l'institution d'une absence qui n'était pas dans le cadre d'une autre institution, celle de l'équipe de France. Ce type de déplacement n'était alors pas possible même sur mes jours de congé, alors suffisamment absent le reste de l'année. Et après cette dispo, j'étais retenu pour m'occuper des miens. J'ai donc attendu et saisi une opportunité lorsque Sébastien m’annonçait son départ pour cet évènement. Nous décidions d’y aller ensemble pour couper nos frais en deux. Séb était déjà à Redding l’an dernier, il me conseillait ainsi pour le « set-up » particulier de ce format, c’était cool de sa part, et nous avons passé un moment extra, le vivant aussi en équipe tous les deux.

Le retour de Chine lundi matin 6h, touch-and-go parisien sous des trombes d’eau et un froid glacial. Notre prochain vol était programmé au lendemain matin. L’entraînement de recalage horaire fût très bref… Départ pour San Francisco 10h. Décalage horaire : +6h, -15h, +9h  soit Paris / Shanghai, Shanghai / Paris, Paris / San Francisco… Comment fait-on ? C’est vrai que nous devrions avoir un secret, une recette pour arriver à nous reposer avec tous ces déplacements autour du globe…. Alors voilà : notre rituel consiste à nous mettre chacun un gros pain dans la tronche en montant dans l’avion, pour dormir directement. A notre arrivée, les commotions sont atténuées avec de la glace. Ceci fonctionne très très bien, ce n’est en revanche pas très apprécié des équipages à bord qui souhaitent maintenir le calme à bord. #Fake ;-)

DSCF6074DSCF6290Dans notre périple passant par l’aéroport de San Francisco, nous avions décidé de faire un stop dans cette ville jusqu’au lendemain pour nous acclimater et ne pas prendre la route de suite, plus prudent, surtout avec les yeux au beurre noir. Comblé par ce programme, nous sortions sans attendre de l’hôtel à Fisherman’s Wharf pour prendre de somptueux clichés du Golden Bridge, Pier 39, Lombard Street et Twin peaks. J’adore la photo, elle me vide la tête et me fait rêver. Immortaliser des instants que je retrouve plus tard sur mon ordi, seul ou en famille, entre amis ou sur la toile, toucher du doigt du beau matos, rechercher le bon cadre, la bonne lumière… C’est un de mes trucs, et je ne voulais pas rater cette occasion rare et inédite. C’est quand même dingue de voir en vrai des lieux qui me reviennent en images de films ou de séries, des peintures, des histoires… Ainsi j’aime y apporter ma touche, pour montrer à mon tour ma façon de voir ces endroits du globe. 

Dans la voiture ou à pieds, flânant ici et là, nous avions nos moments d’entrain et de silence, parfois submergés par les vagues de jet lag. Il fallait tenir jusqu’après le dîner pour clairement casser la gueule à nos oreillers. C’était vraiment drôle ces moments d’aller-retour dans nos sommeils debout, à tour de rôle. Une question posée à l’acolyte, et pas de réponse, ou bien une réponse arrivant tardivement, du genre quelques minutes plus tard… suivi d’un « je ne me souviens plus de ma question, du coup je ne comprends pas ta réponse… ». Un succès, ce temps de tenue éveillé, et nous reprenions la route avec fraîcheur au lendemain matin vers Redding, trois heures de trajet au Nord au travers de la Californie. C’est une petite ville à l’échelle humaine, très jolie, agréable et verdoyante. C’est la p’tite vie ricaine qui s’écoule là-bas, on a l’impression que le temps ne s’écoule pas, que les ennuis ne vont pas jusque-là, et qu’ils restent sagement à la porte de la ville car le Shérif rôde et fait sa loi. Pas un brin d’herbe n’est plus haut que l’autre dans les jardins, peut-être ont-ils des compéts’ de tondeuses à gazon inter-lotissements ? Même l’herbe sauvage est jolie dans ce coin !

IMG 4657IMG 1237Paumée dans la cambrousse à quelques encablures de cette tiny city, le club des Straights Arrow bow hunters renferme un terrain de jeu permanent où est né le mythique Big Foot, ce Cro-Magnon croisé avec un Grizzli, gourdin dans une main, canette de Coca dans l’autre. Tout y est permis, dans ce style exclusif à ce domaine, un « dot » orange marquant la zone à atteindre comptant onze points, avec une autre zone à 10 points sur les animaux les plus gros, et enfin 8 points pour le reste de la bestiole. Ce n’est pas vraiment un 3D, peut-être plus un campagne XXL. Les 3D aux USA se tirent à plat, la difficulté se trouvant principalement dans les jeux de lumières comme une bête noire placée méthodiquement dans l’ombre alors que le pas de tir est au soleil. Les distances ne sont pas très longues sur les 3D, avec 55 mètres maximum ici aux States.

Redding se tire de 3,5 mètres à 92,30 mètres, des papillons au Big Foot, il y a du plat, du dévers, des angles, des jeux de lumières et de la distance. Ce n’est pas toujours évident de voir le point orange, surtout à partir du deuxième jour quand de nombreuses équipes ont déjà défoncé le centre. Soixante-dix cibles sur trois jours, toutes placées au préalable, signifiant ainsi que tous les archers seront sur l’immense terrain en simultanée, soit les quelques deux mille tireurs venus s’amuser…

Voici les équivalences de diamètre du dot en fonction des distances :

  • - 4 cm : 3,65 à 17,37 m
  • - 7 cm : 18,28 à 27,43 m
  • - 10 cm : 28,34 à 54,86 m
  • - 13 cm : 57,60 à 80,50 m
  • - 20 cm : 92,35 m

La compétition démarre tôt, la corne retentit à huit heures pétantes pour alerter les pelotons de huit à dix archers que le tir est lancé. Nous pouvions nous échauffer sur des cibles permanentes jusqu’à 7h30. Il fallait donc se lever tôt, et partir tôt pour se frayer un chemin jusqu’à une cible. 

IMG 7107IMG 5656Certaines cibles étaient particulièrement ardues, comme les Elks, tirés à plus de 80 mètres sur un dot de 13 cm, il s’agit d’ailleurs de la cible du shoot-off final. Ou bien les ours, au travers de la vallée, à 70 mètres, ou les biches dans l’ombre, en montante, le soleil en pleine tronche. Cependant, le règlement n’interdit pas qu’un archer tienne un parasol pour abriter des rayons… Rien n’est interdit d’ailleurs, et j’aime ce principe, beaucoup. La seule limite est une vitesse, de 290 pieds-seconde maximum pour la sortie de flèche. Nous ne sommes pas passés au peson, mais nos arcs ne sortent pas à plus de 270 donc on est laaaarge. Puissances souvent comprises entre 60 et 70 livres, télémètres autorisés, jumelles, fibre optique assistée électriquement, distance indiquées et donc connues… Tout est permis. La différence se fera sur la précision en cible, au résultat, à la qualité du réglage de l’arc et à la qualité de tir du tireur, à l’endurance de concentration, et au final, si égalité il y avait, ce serait une résistance à la pression devant tous les spectateurs au shoot-off, à 80 mètres sur les Elks pour taper dans le dot de 13cm de diamètre. C’est tout petit et c’est loin ! J’aime bien ce jeu, on s’y amuse bien, plutôt que de chercher la petite bête à qui est dans le règlement ou pas, qui contrevient, qui ne passe pas le contrôle matériel, qui cercle, gnagnagna… Donc tout le monde tire et se fait du bien en atteignant la cible tout le temps, la précision change selon l’intensité du tir, selon la qualité qu’on y aura placé. C’est ainsi très addictif ! Et oui ! Le travail se trouve dans la préparation avant la compétition, ce n’est pas une démonstration d’égo du gars qui a plus d’expérience par rapport au noob, envieux de ne pas toucher la cible aussi souvent que le pro, ou simili-pro (j’aime bien ce terme inventé là tout de suite en écrivant dans l’avion (je passe au-dessus de Groenland actuellement, au retour de Salt Lake City, et tout le monde roupille)). A Redding, ce n’est pas ça, on se fout pas mal de qui est le meilleur, parce que les archers qui viennent chercher la gagne ne sont qu’une poignée, les autres viennent chercher le plaisir, ET ILS LE TROUVENT ! Justement parce que tout est autorisé, et la compétition devient ainsi populaire, appréciée, et prisée. Mince, je suis logique, faut qu'j'arrête. Comme un nonchalance répétée à laquelle on prend goût, mais, comme à Las Vegas, on ne doit pas louper… La gagne place la barre à -2 points sur soixante-dix cibles et autant de distances différentes, trois jours de compétitions, cent-quarante flèches. J’en perdais 17. 

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-7, "Clean" et -10 points, voici mes scores sur les trois jours. Le premier était une découverte avec essentiellement des longues distances dont le Big Foot qui est loin d’être la cible la plus difficile même avec la distance la plus importante. Les plus chaudes sont les cerfs et autres bêtes du même gabarit portant un dot de 10 ou 13cm. Le deuxième était la partie la plus facile, avec pratiquement que des distances moyennes comprises entre 15 et 50m relativement à plat.

Le troisième jour aura été compliqué, à cause d’une belle faute de noob, définitivement, car je partais à Redding avec mon deuxième arc de FITA pour la Chine. Je n’ai pas pensé une seule seconde à régler mon troisième axe, celui qui fait bouger la bulle à gauche ou à droite en fonction de l’inclinaison de l’arc en haut ou en bas, amateur ! Donc bas j’étais à gauche, et en haut j’étais à droite, ou l’inverse, je ne sais plus, et d’ailleurs je m’y suis perdu. Alors je n’ai plus cherché et j’ai voulu simplement profiter de l’évènement. Faute de réglage, certes, j'étais tellement content d'y partir et de découvrir que j'ai plus profité de l'aspect voyage que de celui "Archer Pro".

IMG 7140Sébastien était bien sur le dernier jour, et nous étions en équipe tous les deux. Sa performance nous a permis de rester à -2 points sur le total et d’accéder au Shoot Off des équipes du dimanche après-midi. C’est un tir de barrage qui permet de départager les équipes ou les tireurs à égalité pour faire le classement final. La règle est simple, tirer une seule flèche et la plus proche du centre emporte la plus haute place et ainsi de suite pour les flèches suivantes en descendant dans le classement. Nous tirions pour les places de 2 à 14, nous étions donc pas mal à égalité… Nous n’avons pas forcément bien négocié cette partie et terminons quatorzièmes. L’expérience était sympa, avec les spectateurs assis devant nous, en arc de cercle, et quelques-un qui traversaient entre les flèches « pardon je passe »… Autant dire que ce n’est pas du tout la même que sur un format World Archery, mais beaucoup plus décontracté.

J’ai aimé ce format, à l’apparence très amical, mais très prisé des archers professionnels. Je m’inscrivais dans cette catégorie même sans expérience réelle. Mon dernier 3D remonte à mes débuts dans le tir à l’arc, et sans viseur, arc à poulies nu. « Quand on fait Redding une fois, on ne le rate plus jamais ». Je confirme ce qu’il se dit de partout, c’est très addictif, le Las Vegas du 3D aux USA. Le tir se déroule sans interruption de 8h à 16h, les baraques à Hot Dogs ravitaillent et une fois la journée terminée, tout le monde se retrouve dans les stands pour échanger sur la journée, parce que les résultats tardent à se faire connaître, c’est encore un fonctionnement à l’ancienne. Alors ce sont les on-dit qui vont bon train, untel a fait ci, untel a fait ça, c’est amusant et quelque peu mystique. Les soirées se passent entre archers du monde, à table avec une bonne assiette dans le steackhouse du coin, à raconter des histoires de tir et à se fendre la poire avant de passer une bonne nuit jet-laguée.

Nous repartions de Redding au lendemain de la compétition en matinée pour San Francisco et Paris. Le retour s’est très bien passé et j’étais heureux d’avoir passé cette vingtaine de jours exclusivement dédiés au tir à l’arc, et heureux de rentrer aussi le mardi suivant pour m'occuper de tout ce qui s'était passé en mon absence. Et oui, il y a toujours du boulot dans nos écuries, d'où le titre que je tiens à garder encore pour un ou deux épisodes, pas plus, je l'espère !

Riom 11Arrivait ensuite très rapidement la première manche de la DNAP à Riom, juste à côté de la maison, parfait ! La météo n’annonçait rien de très bon, surtout après le luxe de Shanghai et Redding avec des conditions parfaites. Toutefois, en mettant à jour tout ce que je n’ai pas pu traiter entre la Chine et les Etats-Unis, je recevais un nouvel arc de mon partenaire Hoyt. Même modèle, le Prevail 40 pouces d’entre-axes monté en cames SVX2. Les modules C sont installés dessus d'usine et j’arme l’arc pour sentir un truc plutôt sympa sur cette allonge d’un demi pouce plus grand que ce que je tire à ce moment-là. Je décide de le monter tel quel pour essayer, et trouve un truc super sympa, notamment sur mon placement au visage. Je suis moins contraint, c’est plus évident, plus rapide à mettre en place. Je tire sur la ficelle et le lâché intervient très rapidement et avec une force linéaire, saine. Alors je creuse un peu plus la chose pour me dire qu’il serait sympa de tester cela en compétition. Je monte un câblage de mon partenaire FBS, en BCY X 28 / 24 brins que Guillaume m’avait préparé aux petits oignons comme à son habitude et je rode ma tambouille selon mon p’tit mode opératoire. Le résultat est sans appel, c’est définitivement plus facile comme ça et je ne suis pas tant en « arrière » que ça, je ne fais ni du Reo, ni du Stephan, ni du Mike alors en avant et on verra bien si ça tient.

L’entraînement officiel se passe très bien, par équipe avec les archers de mon club Salaise sur Sanne aussi et la météo n’annonce pas de déluge avant la fin de journée. Au lendemain, ça attaque souple, facile et précis avec un bon 356, suivi d’un 354 coupé par une volée à 57 points gauche où je sous-estimais une renverse du petit air que nous avions sur le terrain. Ce n’était pas que du « shoot-in-the-middle » à Riom, il fallait rester attentif à ce que le mouchoir-drapeau indiquait pour donner la tendance au viseur. 710 pour la première sortie des 28,5 pouces d’allonge… 

ANG 4453Décidément, j’aurais tapé des perfs à chacune des allonges comprises entre 26 et 28,5 pouces ! Mais comment et pourquoi ? Je cherche toujours à améliorer mon tir, ma cadence, ma philosophie évolue et la manière dont je règle l’arc doit évoluer aussi. Ainsi va la vie, sans changement je m'habillerais toujours en baggies et T-shirt Oxbow beaucoup trop grands pour moi, ça craint ! Pour mes arcs, c'est la même chose, changer donne de nouveaux challenges, et maintient en haleine. La mobilisation est très importante dans notre sport, sinon, les flèches sont juste jetées quelque part et voilà, Ô tristeeeeesse !

A chaque fois que je change un paramètre, je le fais constater par mon kiné-ostéo, celui de la maison ou bien celui qui nous accompagne en équipe de France, où se trouve les tensions, comment sont les trapèzes, les dorsaux, les côtes et la colonne ? Il me répond et j’adapte en fonction de ce que je ressens. Si je force mal, le lendemain je ne suis plus aussi performant, mais épuisé ou tendu. Si c’est seulement du one-shot, ce n’est pas intéressant, il faut que je sois frais et dispo tous les jours de la compétition pour rester dans le top et chercher la gagne. C’est super important ça : sentir son corps, constater la facilité à laquelle une performance est réalisée, travailler avec un spécialiste du corps (kiné, ostéopathe), se faire aider d’un ami ou d’un entraîneur pour se voir tirer en vidéo, en photo, se rendre compte soi-même de comment nous sommes en visée une fois la tête dans le tunnel. Je ne le dirai jamais assez !

Suivre son intuition est aussi important, comme par exemple, mon entraîneur national Sébastien Brasseur me demandait de réduire l’allonge pour essayer une mise en place plus facile et en ligne. Donc j’ai fait le contraire. Non je plaisante, je ne suis pas réfractaire à ce point ! Séb a vu juste et nos avis concordent, lorsqu’il a vu le changement il a même pensé que j’avais réduit l’allonge au contact d’un visage plus dégagé de la corde de l’arc. Le corps est une guimauve, et l’arc se règle sans fin, on fait ce que l’on veut et j’ai pu duper l’oeil pour obtenir ce que je cherchais. Je peux rester sur un réglage pendant un certain temps pour qu’il me donne ce qu’il a dans le ventre, et ensuite, je changerai pour repartir en quête du mieux, je suis fait comme ça, j’aime ça, alors pourquoi résister ?

Riom 14Du coup, à Riom, après ce bon 710 précis de 33 X, je réalisais un bon premier match à 147 où le vent commençait à nous chahuter. Au tour suivant, les nuages noirs et le vent gagnaient du terrain. Je matchais contre Guillaume Rubben, tirant à l’index. Je menais de deux points 60 à 58… Patatra sur la suite où ni l’esprit ni le score ne suivait mon envie de rentrer chez moi avant le déluge. Guillaume me collant un beau 30 dans la tempête se levant, je lui passais le flambeau bien volontiers tandis que mes flèches touchaient parfois le 8 pour finir avec un résultat de 139 à 142. Depuis mon canapé, je regardais les vidéos postées sur les réseaux sociaux, montrant le déluge s’abattant sur les archers encore en lice, dont mon Guillaume et Fabien, tous deux finalistes émérites. J’étais si bien à la maison… ;-) 

Ce n’est absolument pas de la vanité, attention, il faut se remettre dans un contexte où je viens de rentrer d’un voyage d’une vingtaine de jours. D’autre part, je ne résiste pas à l’envie de donner mon avis, très rapidement, sur la DNAP : j’y suis pour mon équipe, pas pour l’individuel, et vu ce que cela coûte aux clubs et aux archers engagés, autant attribuer les primes aux clubs plutôt qu’à l’individuel. Si la région ou le club souhaitent récompenser ses archers, (une fois développé, car c’est ça le but, il n’est pas de créer des mercenaires…), je n’y vois pas de problème pour les encourager de cette manière nettement plus large en terme de diffusion. Ce sujet est hautement explosif en ce moment, je agrde un oeil attentif aux changements qui sont en train de se produire au sein de notre fédération. Aussi, j'aime me souvenir que pour progresser, il faut aussi se tromper, et corriger. C'est bien de changer des choses, et nous nous adapterons, en râlant bien sûr... Nous sommes français avant toute autre chose !!!

Le dimanche se déroulait la compétition en équipe, et nous affrontions le froid et le vent, pas très fort mais une fois gelé des 4°C ressentis, il avait son petit effet sur le viseur et sur la qualité du geste. Donc répétons, les cinquante heures d’avion en vingt jours, l’humidité de Shanghai, la température californienne, les 28°C de Riom ensoleillée, les 4°C de Riom embrumée, pluvieuse et venteuse… Ca va, j’étais bien là. Et mes coéquipiers ont fait leur job pour leur première sortie et nous avons gagnés deux matchs pour finir honorablement à la onzième place de cette manche. Je passais ensuite dix jours chez moi, trop cool, même le chat était content, avant de repartir le vendredi vers Paris avec les grévistes du train, et le samedi vers la Turquie sans les grévistes d’Air France puisque la compagnie était Turkish Airlines. 

A17 9081Et voici la seconde manche de la coupe du monde à Antalya, au Sud de la Turquie, golfe d’Akdeniz. Ce voyage est particulièrement pénible. Ce n’est pas si loin et pourtant non-résident parisien je dois partir de chez moi la veille pour dormir à l’aéroport, et ensuite voyager vers Antalya via Istanbul. Tout est long, très long, trop long. De porte à porte, ce voyage fait plus de 24h pour seulement quatre heures d’avion… Et les turques ne sont pas des énervés ni de l’enregistrement, ni de la livraison de bagages à l’arrivée. Bref, il faut prendre en compte que la plus grande distance n’est souvent pas la plus pénible. 

La semaine annonçait une météo brûlante et humide, et a tenu sa prévision. On a cramé ! Mon allonge supplémentaire passait « crème » ici, viande détendue. Petite serviette éponge à la ceinture de carquois obligatoire pour la petite goutte de sueur du sourcil droit masquant le point de visée… et crème solaire appliquée au couteau à beurre. Avant de penser à tirer des gros scores, il faut penser à bien s’équiper, se protéger des conditions extérieures. C’est toujours mon tout premier conseil aux débutants : lorsqu’on me pose la question, par quoi dois-je commencer pour m’équiper en matériel ? Je réponds : commence par acheter de bonnes godasses, et une tenue dans laquelle tu te sentiras bien pour y passer des heures dans n’importe quelle condition. Ensuite, on verra pour la question du matos qui vous fera souffrir. C'est super important !!!

Cette coupe du monde commençait par un luxueux entraînement officiel, parfait, dans de bonnes conditions, de quoi bien se mettre en jambes. Je commençais tout doucement pour finir une dernière heure en mode « on fire ». J’ai dormi là-dessus et c’était bien.

A17 9115Antalya ne m’a jamais réussi sur le plan individuel, et je ne sais pas vraiment pourquoi. Je m’y prépare toujours très sérieusement, et là-bas, il n’y a que l’équipe qui fonctionne. Quoique l’année dernière se passait bien, dans les 8 aux qualifs, et stoppé en huitième de finale sur un excellent match contre Braden. Je pense sûrement à la chaleur, et à l’humidité, qui ne sont pas mes conditions préférées. Et sans parler de confort, en restant sur l’aspect conditions optimales à la performance, celles-ci ne me réussissent pas vraiment et j’ai mes pistes. Je les ai donc testées cette année.

L’allonge, le mur, ce confort n’est pas si confort que cela. J’aime toujours autant la comparaison avec le milieu automobile : quand il pleut en F1, ils passent des pneus pluie et les mécanos effectuent des réglages moteur spécifiques, et quand il fait beau, ce sont des ajustements différents. Pourquoi ne ferions-nous pas la même chose ? Obnubilé par une faute qui doit revenir à l’être humain, nous ne passons pas assez de temps sur le matériel et j’en suis convaincu, moi, être humain sujet à mes humeurs et au changement d’état physique en fonction de la météo. Ce ne sont que des millimètres, mais ils sont importants pour chercher la petite bête.

Un arc plus léger, moins puissant et plus long en allonge : l’objectif était de mieux tenir le mur et la puissance face à la forte chaleur. L’humidité fait glisser dans le grip et dans le décocheur, une allonge plus grande réduit la pression dans ces appuis et logiquement le maintien sera meilleur, en théorie. Un arc plus light en général sera plus facile à tenir tout au long d’une semaine caliente où le corps perd beaucoup en énergie. Et bien en pratique, ça fonctionne. CQFD : "Ce Que Fais Deloche", pour ceux qui ne savaient pas ;-).

Cette édition 2018 est de loin la plus agréable et la meilleure que j’ai jamais tiré dans ces conditions. C’était parfait sur l’aspect matos, je n’avais plus qu’à me mettre dedans. Les qualifications furent bonnes avec une cinquième place et 707 points. Une volée à 56 vers la fin m’écartait des 710 points visés dans un léger vent arrière changeant son inclinaison latérale de temps en temps. Je suis entré dans un mode d’urgence sur cette mauvaise volée alors que je n’avais aucune raison de l’être, tout allait bien. Une rafale me chahutait sans doute et l’oeil voyait encore le niveau de stabilité exigé auparavant pour crisper le reste du corps, alors que maintenant, le tir se base sur la ligne, et non sur une stabilité de viseur. C’est un changement de philosophie total, et voulu, donc agréable. J’accepte mes quelques erreurs sur des qualifications et j’y serai attentif lors des matchs. Pour le reste, il fallait voir ces belles volées marquant le blason d’une sacrée tâche noire en cible, le nombre de 60 balancés et la facilité à les tirer, j’ai adoré !

Ce pas de tir n’est jamais facile, il y a toujours ce vent arrière, celui qui est difficile à lire, que l’on sent venir de droite au pas de tir, en remarquant un drapeau à droite lui aussi… Où viser ? C’est souvent du feeling, l’essentiel est de garder une belle ligne de tir, c’est-à-dire une ligne d’épaule solide, cohérente avec la ligne d’arc avec sa flèche. Rester sur la visée provoquera l’erreur, c’est certain. Si d'habitude l’attention doit être portée sur les grandes tendances de drapeau qui peut renverser sa direction, la règle générale reste dans ce cas de vent arrière une visée « pleine balle » accompagnée d’un tir qualitatif à donf. Faut pas trop se soucier de la contre-visée, être suffisamment attentif à l’air donnera naturellement la bonne tendance au viseur au moment du lâcher.

Ce joli tir me laissait tranquille le lendemain où seuls les matchs des 48ème et 24ème de finales étaient tirés. Je m’entraînais sur un terrain annexe et j’allais ensuite encourager les copains et copines à roulettes qui sont tous passés ce jour-là. Vint ensuite le jour de tonnerre, sous le soleil, mais tonnerre par le programme qui est important avec les éliminations individuelles le matin, et d’équipe l’après-midi.

Je devais rencontrer monsieur Reo Wilde en seizième de finale, qui tapait un 149 la veille et qui d’ailleurs s’en vantait auprès de moi. Je rétorquais que j’avais évidemment noté que son 9 était la dernière flèche… #Crakers ;-) Bon voilà, c’est bon enfant comme jeu. D’ailleurs j’en ai un nouveau : alors que ma flemme l’emporte sur mon envie de parler anglais, je réponds en français, et j’adore voir la tête en face, c’est très drôle, surtout dans le mental game… ;-)

Donc voilà, pour la Nième fois, nous nous rencontrions, il y avait de la tension, et à la fin, je l’emporte avec 147 points contre 146. Mes 9 n’étaient pas loin, et mes 10X étaient superbes, tout allait bien. J’accédais au huitième de finale contre l’indien Verma qui était dans le top 3 à Shanghai avec 710 points. De toute façon, rien n’est facile à compter des 24ème de finale tellement le niveau est haut et serré. Je tirais bien, et je faisais toujours ce petit 9 à 1 ou 2mm alors que le petit air se levait sur le terrain, rageant, car le 9 arrivait au mauvais moment à chaque fois pour ne pas pouvoir coller la pression quand lui en lâchait un. Et je termine avec un 28 de ce type, à rien du cordon, et j’étais éliminé. Ca me gonfle, là, clairement.

Mon niveau revient et je sens la montée en puissance, je sens aussi la frustration qui nourrit l’envie et l’ambition à chaque fois qu’elle se manifeste, surtout lors des défaites. Le plus dur dans ce sport et dans le haut niveau, avec les règles de la World Archery, c’est que ce ne sont pas forcément ceux qui réalisent le plus de points qui vont au bout. Alors, il faut travailler à être le plus régulier possible dans la haute performance pour saisir l’opportunité qui se dessinera sur une manche ou sur un championnat, et surtout ne pas commettre l’erreur d’être déçu et de laisser naître le doute après une défaite laquelle est, je le pense, très éphémère. A peine sorti du pas de tir individuel, je tournais la page et je regardais devant pour la prochaine manche à Salt Lake City.

Deuxième frustration, en équipe cette fois, mais quel dommage encore, ça va passer à nouveau j’en suis sûr, et on ira chercher l’or mondial tellement on en a ras le bol de perdre comme ça sur des bonnes performances ! Une belle dynamique s’installe. Nous perdons sur un match très disputé contre l’Italie, à 235 points sur 240 partout. C’était donc un barrage, à 28 partout, mais avec un 10 italien plus proche que le notre. Nous resterons premiers perdants des quarts de finale, cinquième de cette compétition.

X17 7559Puis, ce fût le tour d’honneur, la carte joker, le tir mixte pour Sophie et moi. Toujours dans notre branchade à qui fait la plus belle flèche, j’attaquais la toute première flèche comptée de la matinée par un beau 8, superbe, pleine zone… Bon, évidemment j’étais largement épié par ma coéquipière pour ne pas reproduire ceci sous peine de lourde sanction (elle est policière dans la vraie vie). J’enchaînais tout le reste avec des 10 et des X jusqu’au deux dernières flèches de la matinée en demie finale. C’était vraiment bon !!! Quatre ans plus tard après Medellin 2014, Nous revoilà en finale d’une coupe du monde en mixte en quête d’une nouvelle médaille d’or. Et commençait l’attente du terrain de finale en mixte. 

A chacun d’adopter sa stratégie, quand certains aiment tirer, tirer, et encore tirer, d’autres préfèrent le repos. C’était ma came cette fois-ci, et je décidais de ne pas tirer avant de trouver l’échauffement de la finale. En revanche, ce n’étais pas un temps de laxisme, ou absence d’activité totale en mode mollusque échoué au soleil. Non, j’écrivais, pour moi, un moment apprécié à rechercher du calme, de la sérénité, du bien-être à prendre mon temps, à rester tranquille et à penser à ce qu’il va suivre, maintenant, demain, cette année et les suivantes. Le cadre et l’instant se prêtaient parfaitement à ce jeu mental. Je n’avais pas pu et/ou pas eu l’envie d’y revenir depuis des mois. Je pense que c’est bon signe ;-) 

Arrivait donc cette finale du vendredi, et non du samedi. Oui, le programme habituel était décalé en raison de la Conquest Cup qui se déroulait à compter du dimanche à Istanbul. Je ne connais pas cette compétition, je sais juste que c’est une sorte d’invitation il me semble, pour tirer dans le vent de cette partie de la Turquie. Cependant suffisamment importante pour décaler le programme du coupe du monde… 

La finale, contre les coréens, qui ont tapé le nouveau record du monde la veille avec 160 sur 160 points et 8 X. Bien bien, je ne suis pas dit « ils sont super forts et nous allons perdre », mais plutôt « c’est bien, mais ils ne vont pas le battre deux fois de suite… ». Bien au contraire, après un record vient le relâchement, en tout cas je l’ai souvent observé ou vécu. Cette fois, ce n’était pas si facile de tirer au centre. En effet, de gros orages éclataient mais restaient très localisés. Le terrain de finale se trouvait à une petite demie heure de bus de l’hôtel, sur la plage. A l’hôtel, le matin, les cumulonimbus déversaient leurs rideaux de pluie alors que le terrain de finale restait au sec à compter du moment où les premières finales commençaient. Ouf… Car ce n’est jamais ni drôle ni très médiatique de présenter notre sport dans ces conditions. 

Qui dit orages, dit grains donc vent. Nous en avions un peu, rien de sorcier mais il était là. La contrainte la plus technique de ce terrain était la pente ! Inédit quand même… On nous avait prévenu, mais ce n’est qu’une fois sur place et en ligne de mire que j’ai pu constater à quel point les trois pour-cent avaient de l’influence ! Sur un campagne le dévers se prend bien en compte, mais alors autant en FITA, y’a comme un paradoxe qui s’installe. On a pas vraiment l’habitude de voir ça. Bon, j’ai « ouvert » mon latéral de quelques degrés contre le dévers pour ne pas avoir à forcer sur ma bulle et le tour était joué pour tirer normalement. Ma coéquipière campagnarde quant à elle, prenait son aise beaucoup plus rapidement. 

Les coréens ont eu bien du mal à se trouver sur ce match, à en coller un peu de partout et chacun leur tour. Tant mieux pour nous, notre match était d’un bon niveau, et nous menait vers la première Marseillaise de la saison. C’était si bon, de goûter à nouveau à l’Or mondial… Ainsi  le mixte français pouliste pris la seconde place du classement provisoire de la coupe du monde. Pour mémoire, seule la première place est qualifiée pour la grande finale où elle rencontrera l’équipe du pays organisateur dans un match « exhibition ».

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De retour à la maison avec le même voyage pénible, long et fatiguant, une petite semaine nous séparait de la DNAP à Boé, et un intervalle de trois semaines avant le prochain départ international vers les USA à Salt Lake City.

Les objectifs me dirigent naturellement vers l’international, à Boé, l’objectif était de saisir une opportunité dans le cas de bonnes conditions, ou bien de trouver des éléments de réflexion afin d’arriver performant en coupe du monde (autrement dit, s’il fait beau je tire bien, et sinon, et bien je garde mes capteurs ouverts mais je ne me fatiguerai pas plus que ça).

Et j’étais en route pour un nouveau record de France FITA…

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A la prochaine ;-)

Archerycalement, 

>>>—-Pierrot—-> X D

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Les écuries d'Augias.1

augias4Depuis que je n’ai plus écrit de carnet de route pour mes aficionados, de l’eau a coulé sous les ponts, beaucoup d'eau, à tel point que nous nous disions qu'il s'agissait d'un remake des écuries d’Augias nouvelle génération. Les écuries étaient si sales qu'Héraclès a dû détourner les fleuves pour les nettoyer en un jour, selon la mythologie Grecque. Augias était en fait un pourri qui n’avait pas de parole dans son pacte avec Héraclès, ce qui lui a valu un échec cuisant par la suite. Ca, c'est bien évidemment la version super short de l'histoire ;-)

Voyez ainsi une ou deux générations à laver, mais sans être un dieu, et pas en un jour. J’ai lavé mes écuries à grande eau, en ne laissant que les murs portant le toit, et ma vie à reconstruire. Voici ce que je fais depuis, je ne sais plus combien d’années, tellement les évènements se sont acharnés pour arriver à un nouveau départ. Et oui, encore. Je suis admiratif devant notre force, parfois, et d’autres fois, j’en suis effrayé tellement nos épreuves nous obligent encore à ce jour.

Toutefois, je voudrais donner des nouvelles encourageantes de ma reconstruction, des signes montrent de bonnes choses, comme ma sélection en équipe de France pour ma onzième année, des records de France, une compétition du circuit professionnel aux Etats-Unis, mes cheveux qui repoussent... (#joke) Sur mon calendrier, j’ai même prévu deux semaines de vacances, chose inédite qui ne s’est pas produit depuis mon incorporation dans la Marine Nationale en 2001.

Je n’ai pas écrit sur mon site depuis mon retour en équipe de France pour la coupe du monde 2017 qui s’achevait avec une quatrième grande finale du circuit. J’écrivais, mais pour d’autres causes nettement moins glam’, malheureusement. Je commençais mon année de reprise 74e mondial, et je terminais 6ème. En 2018, ce n’est plus une reprise, c’est une sacrée bagarre pour organiser des temps à tenir l’arc, plutôt que l’épée, je vous l’assure.

J’irai à l’essentiel pour arriver à aujourd'hui, car vous allez voir, c'est assez long. J'aime toujours autant passer du temps à écrire, le temps s'arrête et c'est un bien immense de pouvoir à nouveau me plonger dans mes songes. J'ai tant de choses à raconter, ce n'est pas sur les réseaux sociaux que je peux poster, mais ici, un peu comme s'il s'agissait de mon bouquin numérique. Je vais d'ailleurs poster en plusieurs épisodes, voici le premier. Bon voyage...

La saison dernière s’achevait avec le mondial FITA à Mexico. Des changements techniques se produisaient l’an dernier, notamment avec un entraîneur national qui devait gérer sa prochaine mission : directeur technique national (patron du haut niveau dans une fédération, nommé par le Ministère des Sports). Il fallait se débrouiller seul, mais ça, quand on s’entraîne à domicile et non en centre, pas de problème, l’habitude de l’autonomie prend le dessus. Avoir quelqu'un derrière soi peut servir, et doit servir, "servir", qui est un terme positif... Lorsque je reprenais l'arc suite à ma jachère, j'étais loin de pouvoir à nouveau tirer le même matériel à l'aide de mes épaules de serpent et torse de grillon ! J'ajustais l'ensemble allonge / poids / puissance tout au long de la saison. Je me filmais pour voir les progrès réalisés, mais souvent je ne pouvais pas avoir de retours sur ce que je voyais. C'était ma came, je devais gérer et exploiter toutes les informations que j'emmagasinais.

MEX17 A17 9637A Mexico, ce n’était pas la même chose dont j’avais besoin. Bien parti mais affaibli en cours de route par une sacrée grippe et un contexte lourd, de nombreux changements arrivaient, et un autre coach. Le coaching par l’inquisition ne passe jamais très bien avec moi, ce fût un échec. Pourtant, de bonnes choses : 358 sur la première série des qualifications, 710 au final et troisième des qualifications, des matchs à 149/150/146 suivi de 140 et des bananes, avec une crève carabinée, et bien des trucs en tête qu’il ne fallait pas, et n’ayant rien en lien avec le tir à l’arc. En aucun cas je ne m’inclinais contre Sébastien en demie finale pour une raison psychologique d’un duel franco-français où je puis me placer en retrait comme on a pu le lire sur l’information fédérale ou ailleurs. De nombreux points d'alerte survenaient déjà sur le match précédent, ce qu’un coach chevronné aurait pu remarquer. Il ne s’agit pas de jeter la pierre, mais d’être le garant d’un ensemble de faits ayant causé une baisse de la performance. Malade, affaibli, point d’encochage dégommé en quart de finale (146), deuxième arc aléatoire, je ne pouvais qu’aller de l’avant et ne pas changer. Malade, je ne contrôle pas, et surtout quand on ne peut pas se soigner à la hauteur de sa crève (anti-dopage) sur un autre continent. Affaibli, je ne contrôle pas les informations extérieures à la compétition, et j’avais bien du mal à compartimenter à ce moment-là. Matériel, le noeud supérieur de mon point d’encochage s’est défait au plus mauvais moment en quart de finale, et se remarquait par des clics bas au viseur au constat des impacts de plus en plus bas en cible. Derrière, pas moyen de réparer, pas le temps, le groupement éclatait, et je subissais. J’ai pris le risque de ne pas partir avec un deuxième arc tip-top, car durant la préparation du mondial, d’autres tâches m’obligeaient, gravement plus importantes, et grignotaient mon énergie pour en arriver à me faire dire : « j’espère que ça tiendra ».

Mon visage sur la petite finale contre Braden en dit long, cette expression, ce sentiment, lors de la dernière volée. Je l’ai clairement pris en pleine gueule. L’entraînement précédant ce match était mauvais, je galèrais à toucher le jaune, tandis que mon adversaire défonçais le X avec une aisance déconcertante. J’allais à l’abattoir et je le savais. J’ai réussi à toucher le 10 sur ce match, en tentant de ne pas craquer. Quiconque arriverait avec ses théories sur cette compétition marcherait sur des oeufs pour ne pas me trouver en face. J’ai vécu une humiliation déchirante, j’ai mis du temps, je me sentais si seul.

La saison s’est achevée sur le tard, je ne suis pas passé en mode tir en salle tout de suite. D'abord parce que je n'en avais pas envie, ensuite parce qu'il y a eu un changement de région. Désormais, je suis à Clermont-Ferrand, et j’assume la fonction de responsable développement & partenariats de la société Arc Système. Cela impliquait un déménagement en décembre en un mois de préavis (Mutation inattednue de #NanaKiDéchire), et la création d’un nouvel environnement, nouveau bureau, nouveau pas de tir intérieur, et extérieur, nouvel atelier, nouveau mode de vie, nouveau mode de transport pour les compétitions, tout, tout neuf et tout à créer en plus de tout le reste. Cela ne signifiait pas pour autant que je laissais ma famille, j’ai dû poursuivre à distance ce que nous avions commencé, ce qui de surcroît a été relancé en période de fête. Ce monde n’est pas celui des Bisounours, je l’assure, il est rempli de monstres particulièrement hideux, à vomir, à bannir. Il faut nous défendre, j’aime à croire que je suis un type bien, dans une famille saine qui sait prendre la bonne direction de vie. Bientôt, ce sera terminé et nous serons enfin libérés de notre fardeau et mon regard sur la vie changera encore d'autant plus.

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Quid d’Arc Système, et bien, vous verrez bientôt sur quoi je travaille. Je m’éclate, et c’est vraiment une excellente chose de savoir que je vais pouvoir reprendre cette activité à plein temps avec du bon tir à l’arc à 100%. Mon rêve va devenir réalité, magnifique, il me tarde ! Je travaille d’arrache-pied, je ne pose pas, et je pense sans cesse au comment je vais apporter ma pierre à l’édifice du tir à l’arc mondial. Cette société m’aide, et je l’aide à changer pour le bonheur des passionnés d’arc et de flèches.

DSCF3373Cet hiver, vous l’avez compris, je n’ai pas pu m’entraîner, régler, faire ce que j’aime et me préparer à la hauteur du niveau mondial. Pourtant, j’étais à Yankton, sur le championnat du monde en salle aux USA et j’en sortais avec une sixième place. Il était bien ce mondial au fin fond des Etats-Unis dans le Dakota du Sud, juste après un Las Vegas à 899 sur 900, encore. Cela signifiait un long déplacement, d’abord en perso, ensuite en équipe. Alors, lorsqu’on est archer-pro, pas de problème si ce n’est la distance, mais là, j’avais encore fort à faire et ma tête n’était pas toujours très connectée au continent américain. Je me suis dit que c’était passager et que j’allais pouvoir prendre de bonnes infos pour revenir à mon meilleur niveau, la tronche bien câblée, très prochainement. Le haut niveau c’est ça, soit tu es complètement dedans, à choper le moindre des petits détails, à vivre dedans, ou alors tu es un alibi, un protagoniste. Alors j’ai figuré, en sachant complètement que si je passais quelques tours, la fin allait se compliquer. C’était donc déjà une première protection pour repartir de ces semaines de compétitions avec de l’envie et des objectifs allant crescendo, si le contexte me le permettait bien sûr.

YANK18 A17 9823 X3Côté mécanique, je partais pour ces deux déplacements avec deux arcs réglés de façon différente, car Vegas et Yankton ne sont pas sous le même format. Vegas se tire dans une ambiance sombre où la zone à atteindre est plus grande, elle demande un maximum de confort et de patience. Yankton, sous le règlement World Archery, est sous le signe de l’agressivité et de la précision. L’arc de Vegas était réglé sur place, allonge, Dloop, puissance, équilibrage. Celui de Yankton était prêt. Le matériel ne fait pas tout, mais il peut en tous les cas fortement dégrader votre performance.

La saison hivernale s’achevait avec une pelleté de 595 plafonnés et j’enchaînais avec le FITA, sélection et objectifs bien mieux dessinés que la saison précédente, mais toujours avec ce lourd fardeau à porter. Peu importe, je voulais absolument aller vers mon rêve et le vivre pleinement. C’est bientôt là, j’en suis certain, et je trouverai cette cohérence entre ce que veux mon esprit, ce que sens mon corps, et comment mon matériel devra être pour que la symbiose soit synergie.

A Saint-Avertin, la sélection annonçait une belle bataille compte-tenu des conditions de tir. On nous avait prévenu de l’état du terrain, gorgé d’eau et de boue, tandis que le vent et le froid s’invitaient. Le marathon s’achevait avec une troisième place au classement, après deux départs en 2x50 mètres, une série de trente volées de trois flèches et un tournoi. Rincé, congelé, épuisé, mais sélectionné pour Shanghai et c’était bien le principal. Chaque saison, tout est remis à plat et il faut être présent dès le départ pour faire partie de cette équipe de France qui glane des médailles en coupe du monde.

DSCF6014DSCF5999Ensuite, il y avait un peu de calme pour préparer la première manche chinoise sur de meilleures bases. Bien que la météo fût encore très capricieuse, j’ai pu m’entraîner. J’aime bien Shanghai, le déplacement est simple, direct, et même si le décalage horaire est chaud à négocier, ça passe bien. L’avant veille du départ, je recevais un coup de fil de notre capitaine d’équipe, en soirée, mais c’est quoi donc ? Notre vol de samedi est annulé, nous partirons dimanche après-midi et nous n’arriverons pas à temps pour l’entraînement officiel… Bien ! De quoi mettre en jambes le début de saison. Les grèves auront eu du succès chez Air France ! Le vol suivant, nous l’avons pris sans encombre et le pilote fût fort bavard et très agréable aux commandes de son A380. L’arrivée à Shanghai était donc comme prévue, en soirée, pour dîner, ce qui réduisait notre attente pour aller au dodo quant à l’arrivée habituelle en matinée. Point positif donc, le repos faisant partie de l’entraînement, il n’était pas officiel et musculaire mais seulement physiologique.

Au lendemain, les qualifications sont jouées les yeux entre-ouverts avec quelques réglages de fond en cours de tir. C’était hardcore quand même. J’achève ce tir avec une douzième place et 703 points. Pas mal, mais la vache, j’étais à bout de forces ! Du coup le match des 24ème de finales après déjeuner allait être épique, car dès le début de l’échauffement, j’en collais de partout. 

Patatra dès le début, 10, 9, 8 = 27 et merdeuuuu !!! Trois pions de retard sur mon adversaire. J’enchaîne 28, faut pas faire ça, c’est mal mon capitaine. Puis 29, c’est mieux mais pas top. Et enfin 60 en mode Hulk monstrueusement vert de rage et je l’emportais sur mon adversaire perdant quelques points au fur et à mesure. 144, et pas très fier. Mon arc me semblait si long en allonge, et si lourd, si puissant… Moi le bonhomme, j’avais rétrécis.

Le lendemain était une journée off de compétition, ce qui me valait le grand luxe de trouver le repos et l’entraînement serein dont j’avais besoin après un bon massage de notre Kiné Manu. Je retrouvais mon arc, sans changer quoique ce soit, juste mon corps qui reprenait une forme normale dans l’arc. C’est une chose importante ça : savoir qui du mécanicien ou du pilote est la cause d’un changement perçu ou vu. Là, c’était clairement le pilote qui était rincé, donc on touche pas le matos et on repose la bestiole. L’entraînement était chirurgical, et me donnait une belle confiance pour aborder la suite de la compétition. 

SHA18 A17 3796 X2Les éliminations arrivaient le lendemain, et je commençais par un bout d’échauffement « à blanc » sur les cibles placées le long du terrain officiel. C’est un peu la guerre de la place pour arriver à tirer dans ce coin du stade mais on y arrive en jouant des coudes. Quelle bonne idée, car en tirant quelques flèches, je ne voyais aucun impacts dans le jaune. Une fois en cible, mes flèches étaient bien groupées entre les deux blasons en hauteur, dans le noir de la mousse… WTF ? Je reviens vers l’arc, je contrôle d’abord méthodiquement la hauteur de visette, puis le point d’encochage, la lame de repose-flèche et … bingoooo … le repose-flèche avait bougé vers le haut, le bloc complet ! Je le replace alors et le sécurise. Je n’avais pas touché au viseur, alors j’ai pu retrouver la bonne place du repose-flèche une fois mes impacts pleine balle. Pendant ce temps, les américains se foutaient de ma gueule ouvertement. Pas très fair-play tout ça messieurs #ATVFEBDB. Nous y reviendrons plus tard…

Les matchs commencent et j’attaque avec un beau 149 gagnant. Je poursuis sur cette lancée et je rencontre Martin Damsbo du Danemark. Il est chaud, moi aussi, et je l’étais plus avec un nouveau record de France à la clé, 150 et 11 X ! Les records sont fait pour être battus, ok, faut-ils encore les battre… Celui-là, il fait du bien au moral. Un p’tit moment que je n’avais pas effacé une tablette, et la voilà pour montrer une progression de la performance, de mon niveau tant technique que mental. Mental surtout, car je vais dès la première volée que je pouvais être parfait. J’ai tenu, je suis content.

Au tour d’après, en quart de finale, je rencontre l’italien Frederico Pagnoni, méga chaud lui aussi. Le match était super, précis, des sueurs froides, du rythme, du fair-play et du respect mutuel, ça fait du bien. Je m’incline sur la dernière volée, mais il fallait attendre d’être en cible pour connaître l’issue du match, j’avais trois X, il avait trois cordons. Pas de chichi, pas de juge, ils prenaient tous et c’était bien joué. Je termine cinquième et je prends 13 points pour le classement de la finale de la coupe du monde.

Important sont ces points, car le règlement change cette année et ce seront les vainqueurs de chaque manche qui seront automatiquement sélectionnés pour la grande finale, suivi des plus hauts du classement, et de l’archer invité par le pays organisateur. Donc, si chaque manche possède un vainqueur différent, il reste trois places aux points. L’étau se resserre… Faut gagner, et voilà.

SHA18 X17 5054 X2En équipe, Sébastien Peineau et Jean-Philippe Boulc’h étaient mes coéquipiers. Chouette équipe, et nous avions quelques réglages à faire pour ne pas prendre trop de temps. Seb tire vite, je suis lent à ce moment-là et JP aussi, on avait pas de rab’. Du coup, on jouait souvent le chrono avant même que la dernière flèche ne soit tirée. Seb en 1, moi en 2, JP en 3. En deuxième position, je devais laisser suffisamment de temps à JP pour sa dernière flèche. Notre attention n’était alors pas à 100% sur la performance, mais plus souvent sur le chrono. 

Nous étions bien partis, très bien, trop bien. Deux matchs gagnés et nous rencontrons les américains en quart de finale. Ceux-là même qui se foutaient de ma gueule à l’entraînement ce matin… L’ambiance est bonne, pas de problème, jusqu’au moment où Braden passe dans notre carré, lève la patte et nous lâche une grosse caisse d’outre tombe. Non mais je rêve, mon regard passe au noir et il soulève la plaisanterie. Je n’avais pas DU TOUT envie de plaisanter. Pour moi, c’est « la crotte qui a fait déborder le chiotte ». Je reste de marbre en coupant court à toute conversation. Je mettais dix kilo-tonnes dans chaque flèche tirée pour me défouler, pilonnant le 10. Et là, bam, ça dérape d’une flèche au 5 de notre Jean-Phi et nous perdons de deux points. Seb, JP, Dom, Seb Brasseur, Fabien, tous archers d’équipe, vous tous archers de DNAP, de DRAP, nous savons tous ce sentiment, nous avons tous eu notre flèche parasite qui fait perdre. L’essentiel et d’en apprendre plutôt que d’avoir des remords. Alors nous nous sommes posés les bonnes questions, pour ne plus voir ce sourire narquois sur les visages de l’équipe adverse. Je ne plomberai jamais un équipier, et je ferai tout pour l’aider à trouver sa place et son confort au sein de l’équipe.

Le samedi, jour des finales arc à poulies, nous avons remporté notre match contre les indiens pour décrocher notre première médaille de la saison, en bronze, et première médaille obtenue pour Sébastien Brasseur en tant que coach ! Un bien beau match, pas facile, avec quelques souvenirs qui me revenaient de l'an dernier, la paire de jumelles, les 9 à gauche, le tir souple et relâché qui ne paie pas etc... Cette fois, je n'étais pas le seul à rester planté à gauche, c'et ce que j'ai pu remarquer sur la tendance générale de l'ensemble des matchs. Ceci me confortait un poil avec mes sensations. Nous passions quand même beucoup d'énergie à regarder le chrono, et nous en avons beaucoup parlé, pour trouver comment progresser.

J’étais long en timing sur cette manche, Jean-Philippe aussi. Pourquoi ? Nous nous sommes posés les bonnes questions et nous y avons apporté les bonnes réponses. Mon placement au visage est lent et complexe, je tarde à me trouver, j’ai modifié les paramètres de mon arc en allonge, visette et Dloop pour ne pas hésiter. La manche suivante à Antalya me confortait dans ce bon choix. Pour JP, il avait des problèmes de flèche qui tombe de la lame avec un repose-flèche fixe. Il a choisi de passer sur un repose-flèche effaçable Monorest Arc système pour gagner en confiance et en rapidité sans que sa flèche ne tombe. Cependant, ce n’était toujours pas satisfaisant car la montée de l’épingle restait trop brusque et nous l’avons vu en Chine dans les conditions réelles de tir. Alors, avec l’aide d’Arc Système, nous lui avons modifié son épingle à ce grand menhir de bretagne. Avec ses 33,7 pouces d’allonge, la vitesse d’armement n’est sans aucun doute pas la même que la normale, il est donc important d’adapter l’accessoire au bonhomme. Avec 713, 711 et 709 réalisés en compétition à son retour de Chine, l’affaire était dans le sac et la confiance revenait pour notre coéquipier de valeur. Sans nul doute que je vais désormais et de plus en plus porter mon attention sur tous ces petits détails qui améliore le cadre dans lequel les performances peuvent être réalisées, et si ce n’est pas de performance dont il est question, cela peut simplement être le confort et l’assurance d’un matériel durable et fonctionnel ;-)

SHA18 X17 4611 X2La compétition était presque terminée, car il restait le tir mixte. La règle est simple pour la sélection des équipiers mixtes : ceux qui qualifient l’équipe par les qualifications. Cependant, la règle peut changer en fonction des performances réalisées, des pressentis, des matchs, des compatibilités de rythme de tir etc… C’est ainsi une discussion pour la réussite de l’équipe de France qui s’installe pendant la compétition, et faire partie de ce mixte est tout d’abord une responsabilité au sein de l’équipe toute entière, et au milieu des équipes d’armes homme et dames.

Ce mixte, je le tirais avec Sophie Dodémont. Sophie a décidé de faire un retour à l’international après une pause de quatre ans. Nous avions remporté la coupe du monde à Medellin en Colombie en 2014 en étant premiers des qualifications en individuel, et réalisés de nombreuses bonnes performances et quelques autres médailles. Cette équipe, c’est la confiance inée, l’un faute et l’autre rattrape immédiatement, aucune place au doute, c’est naturel. Sans causer de perdre des points, si tous deux collont des 10 à la pelle, le jeu consiste à brancher l'autre sur le fait que son 10 est moins beau que le notre... Donc, pas de stress, tout est fait pour aller le pls loin possible et ce sans s'en rendre compte ! Pas de briefing, pas d’entraînement, rien, juste une présence à l’heure et voilà, 156 d’entrée de jeu pour gagner le premier tour et rencontrer la Corée du Sud. 157 points sur 160 contre un pays qui depuis 2011 a trouvé comment on se servait d’un arc à poulies, il était temps… 158 pour eux, mais quel match !!! Ça tournait super bien même avec ma lenteur passagère, et cette confiance mutuelle, quel régal ! Ce que j’écris ici ne doit pas favoriser une composition d’équipe, mais inspirer un fonctionnement évident, facile et solide. Avec un tel mode, cela passera forcément sur une autre compétition… Et je ne me suis pas trompé...

Je ne vais pas faire l’apologie de la Corée et de leur niveau, non, je pense au contraire qu’ils ont mis du temps à venir depuis leur première apparition sur le mondial à Turin en 2011, pour un pays où le tir à l’arc est un sport national. Cela signifie que les sélections sont dures, leur travail est dur, mais leur système est efficace et rassurant pour les athlètes bien encadrés, bien payés, ce qui n’est pas le cas en France pour tous les sports, on le sait bien.

Chacun son truc, et je construis le mien, comme chacun des archers de l’équipe de France et encore plus particulièrement en arc à poulies. Je les regarde donc avec un oeil attentif, mais sans être impressionné par leur niveau. Je suis certain de rejoindre bientôt ce club très fermé tout en haut, comme en avant mais en mieux, et avec mes armes, ce qui est selon moi, bien plus chouette.

Ma force, c’est mon métier, mes racines, mon parcours de militaire-marin-rêveur-concepteur-archer aux mille vies. Si je veux ou souhaite quelque chose, je dois l’imaginer, le créer, je ne vais pas toquer à la porte de tel ou tel sponsor pour dire j’ai besoin de ça, je dois le créer. C’est ce que je fais avec Arc Système et c’est un travail d’équipe, une aventure formidable. Ainsi sont nés l’Attendu, Gravity et O’Block, un pas de tir perso en gestation, et d’autres jouets viendront bientôt, insatiable Pierrot… J’ai dû m’occuper de mes affaires de famille, et peu à peu, je retrouve mes repères et le goût aux choses. Je suis impatient de raconter plus en détail cette aventure magnifique, une fois que ma tête sera à 100% dirigée vers le tir à l’arc. C’est tout de même fantastique de ne pas être qu’un utilisateur-archer, mais de devenir créateur-archer, entouré d’une équipe de savoir-faire bien de chez nous, qui attend d’un ex-militaire de la rigueur de haut niveau et des idées novatrices. Une dynamique s’installe, et cette énergie me sert tous les jours pour la progression dans la hiérarchie mondiale.

L’entre-acte chinois fût de très courte durée, car nous partions de la Chine pour effectuer un stop de moins de 24 heures à Paris, pour Sébastien Peineau et moi.

Nous avions décidé de partir pour la Californie, pour participer à la compétition inédite de Redding. Ce tournoi se produit une fois par an le premier weekend de mai, soixante-dix cibles animalières, sur trois jours, et quelques deux mille archers passionnés...

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Cette suite, composée de Redding, la DNAP à Riom et de la seconde manche de la coupe du monde à Antalya, sera pour le prochain numéro ;-) Déjà rédigée, mais point trop n'en faut. Je souhaite mettre en valeur ces lignes par la patience, telle une construction, car c'est ce qu'il se passe au sein de mon écurie. Je ne suis pas Hercule, mais je dois achever mes douze travaux pour revenir vers moi, puis vers vous. Ces histoires de l'Histoire me passionnent et m'aident à mieux comprendre ce que je traverse. Je partage avec cette même passion.

Bon tir, bonne suite, merci de votre fidélité et amitié, et à très bientôt pour la suite de l'aventure !

Archerycalement,

>>>---Pierrot---> X

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Ce chemin mène à Rome.

IMG 5831Les trois derniers mois ont été un peu tendus, et cela ne va pas vraiment se calmer avant quelques mois encore. Je n’ai toujours pas coupé, toujours pas de repos, pas de vacances, rien. Ce qui change, c’est que je commence a y penser, autant qu’a en avoir besoin. Raison pour laquelle je ne suis pas très loquace. J’ai ressenti le besoin de causer à mes potes du web, les aficionados du Pierrot qui prête sa plume, et qui reprend ses trois dernières compétitions internationales de la saison 2017. C'est un chemin qui me mènera à Rome, tous n'y mènent pas, beaucoup le savent cette saison tandis que j'ai la chance de pouvoir y faire voler mes flèches, magnifique !

 

Shanghai, pas mal ;-)

IMG 7011IMG 5682Pas mal ;-)  

Vous avez été forts, sur les partages, les commentaires, les "likes", les messages... sur cette semaine chinoise lors du lancement de la saison de la coupe du monde à Shanghai. Pas mal, pour une reprise internationale, vous avez une belle réactivité, je pense que je vais vous garder #BigSmile :-)))) !!!

Vous avez suivi le départ, puis les premiers résultats avec plus ou moins de retard du fait des *six heures* (prononcez ciseuuuuurrr svp, c'est plus classe) de décalage horaire. Plus ou moins car certains ce sont levés très tôt pour nous voir sur Youtube Archery TV, ou sur World Archery pour les résultats. Les matchs ont eu lieu et le bazar commençait sur les réseaux, j'en avais de partout, c'est bien !

 

IMG 6111IMG 4875Shanghai a bien changé, a tel point que je n'ai pas reconnu cette ville, cette météo. La ville était presque silencieuse, très propre, sa population respectueuse et calme. Avant c'était huit taxis bien cramés pour deux voiture de tourisme, et une foule désorganisée qui se rentrait dedans sans cesse. Maintenant, on ne voit presque plus de taxis. Ils ont été remplacés par les voitures de tourisme, européennes pour la plupart, et beaucoup sont de marques prestigieuses. Fini les Bouibouis de rue à la sauvette et à l'hygiène douteuse. Fini le grand Fake Market et les vendeurs de rue, la ville a fait un ménage monumental. Ce n'est cependant pas le seul repère que je ne retrouvais pas après deux ans d’absence. La météo habituellement proche des 80% d'humidité était cette fois à 0 ou 10% toute la semaine. Nous avons même vu le ciel bleu plusieurs jours d'affilée, ce qui est une première pour cette destination brumeuse et/ou polluée. La température était très agréable, entre 25 et 30°C. Je n'avais jamais vu ça à Shanghai, jamais ressenti ce calme et cette sérénité dans ces rues. Le changement est incroyable !

Comme dans toute compétition, il faut gérer le décalage horaire, gérer les temps d'attente et les temps morts. J'en profitais alors pour visiter des coins connus que les néophytes chinois devait découvrir, ou inconnus. "L'attraction" de cette année fût le dernier gratte-ciel du quartier Pudong "Shanghai Tour", après avoir été sur l'Oriental Pearl "Tour TV" et sur le SWFC « décapsuleur ». Cet ouvrage culmine à 632 mètres... L'ascenseur nous emmène au 128e étage en cinquante secondes, soit à la vitesse maximale de 74 km/h, et on ne sent rien. Parfois, la folie des hommes est fantastique du prodige qu'elle entraîne. Il ne faut cependant pas basculer dans le mode touriste, puisque nous ne sommes pas là pour ça, et le sérieux doit dominer avec des temps de repos et des temps d'efforts. L'effort n'est pas que dans l'arc, car chaque jour, nous marchions pas mal, environ dix bornes sans compter le tir. Merci L’Apple Watch, #Addict. C'est bien pour ce recaler, comme pour se faire du bien, simplement.

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La semaine avant le départ, j'étais cool. Mes arcs étaient en place après des heures de réglage. Je prépare toujours deux arcs pour les grosses saisons. Si tout s'enchaîne bien, je n'ai plus le temps de revenir sur le matériel entre deux compéts, je règle les deux comme des horloges dès le départ et je n'ai plus qu'à tirer sur les ficelles. Je n’interviendrai donc que sur la maintenance générale pour qu’ils restent performants sur plusieurs mois.

J'ai pu réaliser beaucoup de volume sur les semaines précédentes, et bouger, varier les plaisirs et les terrains. Avant le départ, ce n'était pas le moment de balancer des milliers de tubes, seulement quelques uns, tranquillement. J'étais bien. 

Avant le départ, j'étais comme un dingue, un enfant attendait son jouet... Une fois sur place, jet laaaaagggggg. Le décalage chinois te déglingue, clairement. Tu commences la journée à l'heure à laquelle tu te couches normalement. Ca m'aura rappelé les bonnes sensations pâteuses des quarts de nuit dans la marine... Interdiction formelle de me causer avant le deuxième café !

Pas d'entraînement le premier jour, quoique c'était tout à fait possible, mais nous avons marché dans les rues de la belle Shanghai, luttant tous contre le sommeil. Le lendemain, lundi, nous avions tous fracassé notre oreiller. Premier entraînement et j'étais bien dans le gaz niveau sensation. Plusieurs choses jouaient contre comme la position assise prolongée dans l'avion, le décalage horaire, et la température bien plus élevée que chez nous. Pas d'intervention mécanique donc, et pas d’inquiétude. C'est au deuxième jour de tir, lors de l'entraînement officiel, que j'allais trouvé plus de marques en grattant deux trois trucs sur mon arc. Les mains et doigts plus gros avec cette température, j'allongeais le Dloop de 2mm pour trouver un ancrage plus rapide et fiable. J'ajustais le mur avec un coup de synchro et corrigeant le détalo pour garder le groupement de flèches en cible. Magique ;-) #TropFacile

La suite, elle n'est pas si évidente que cela. Sur certaines compétitions qui se passent bien, on arrive à se lâcher complètement, le tir débridé en passant tout dans la détermination sans se poser de question. Cette semaine, il ne fallait sûrement pas faire cela pour toucher le 10 souvent. Shanghai se tire dans un stade fermé, une grande arène façon "donut", évidée par le sommet. Les vents s'engouffrent et viennent tourner jusqu'au sol. Conséquence, la force et la direction du vent change constamment, et cela porte réellement une incidence sur l'impact en cible. Cette année, le vent était particulièrement fort et changeant, surtout à partir des onze heures. Rien de tel pour ne pas se mettre en confiance ! 

En début de saison, je n'ai pas encore de "gros" scores à coucher sur le papier. Ce n'est pas en région Rhône-Alpes que je peux espérer rencontre une météo favorable à la perf' de dingo, c'est si rare que je suis plus souvent déçu de ne pas pouvoir, plutôt que d'être déçu de ne pas y être arrivé. C'est une différence énorme. Je comptais un peu sur Shanghai pour taper un gros score. Raté, les plus forts ont fait 707 sur les qualifications. Il en manque dix, clairement. 

Je n'ai pas encore la prétention de dire qu'à la première occasion je tirerai plus de 713, mon record de France, mais je compte rejoindre rapidement les 710, et à terme 715++ si toutes les conditions sont réunies. Pourquoi ? Juste parce que ça fait du bien de faire du beau tir à l'arc en enchaînant des pastilles à répétition, c'est bon pour la confiance.

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Sur ces qualifications, je réalise 699 points et me classe douzième, à huit points du premier. Avec 60 points sur ma dernière volée j'étais dans les huit. Mais je tire 56 seulement, ballotté de gauche à droite par ce vent très irrégulier. J'ai eu quelques 60, et quelques 59. J'ai aussi eu un 54 compliqué à négocier sur une volée rafaleuse qui me chahutait un peu trop. En deux volées, je perds 50% des points. Bilan : l'endurance de concentration est bonne pour tirer chaque flèche avec son intensité, et sa visée spécifique en fonction du vent. Ma nouvelle technique fonctionne bien et je ne dois pas tomber dans la peur d'un éléments extérieur perturbateur. Il peut me faire perdre deux points, mais pas quatre, ni six.

Avec ce classement, je ne prends pas une tête d'affiche tout de suite. J'aurai le temps de faire mes armes avant. Je n'avais pas de match en 48ème de finale car nous n'étions que 83 tireurs, et je rencontrais mon premier adversaire en 24ème. Dès les premiers tours, l'échec est possible tellement le niveau est serré. Avec ce vent changeant, l'écart se resserre d'autant plus. J'attaque avec un beau 27, 8,9...10 ! Je termine avec 60 et 144 points. Je n'avais qu'un point d'écart avant la dernière volée. Je gagne ce seul match individuel de la journée avec un excellent ressenti sur l’exécution du tir qui allait se confirmer par équipe, puis le lendemain…

L'après-midi était réservé aux éliminations par équipe. Dominique Genet, Fabien Delobelle et moi composions l'équipe, selon la règle simple des trois premiers tireurs des qualifications. Classés sixième, nous avons remportés nos deux matchs des huitièmes et quart de finale pour être dans le dernier carré. Ces deux matchs étaient vraiment bons, et toujours tirés dans les mêmes conditions météo. Contre la Colombie, nous avons lâchés quelques points pour terminer deux points en retrait de notre adversaire, 229 à 231. Sur le papier, c'était bien comme résultat, sur la forme aussi, il manquait juste un tout petit poil de réussite. De l'autre côté, les américains sortent aussi contre l'Inde et ils deviennent ainsi notre adversaire pour la médaille de bronze.

IMG 5616Vendredi, tirs individuels, jour de tonnerre. J'ai eu du mal à trouver le sommeil, j'étais excité comme une puce, je tournais en rond, comme depuis le début de semaine tel un lion en cage. Je suis parti avec un objectif, celui de donner le meilleur de moi dans l'attitude. Cette façon d'être sur un pas de tir, celle que j'avais beaucoup de mal à mettre en place avant dans le PJ Deloche V1, l'attitude positive. Un mélange de détermination, d'agressivité et de souplesse, trois points qui déterminent le rythme de tir. Un tir engagé déjà quelques secondes avant l'armement, un engagement qui se tient jusqu'à ce que la flèche touche la cible. J'ai pu le mettre en place, je n'avais pas le choix, car j'avais décidé de ne pas retombé dans les travers de mes vies précédentes.

PJ Deloche V2, ça fonctionne, et qu'est-ce que c'est bon !!! Sur chaque flèche, une intensité, une décision, pour faire un dix. Un match est très court, il faut être réactif, déterminé, fort et audacieux. Certaines volées, les trois flèches étaient visées pleine balle, pour faire 30 points. 30 points, volée parfaite, c'est très important pour prendre l'ascendant. Sur d'autres volées, je portais une attention maximale à mon environnement, de l'impact des flèches de mon adversaire en cible, ou des autres matchs, aux drapeaux, au ressenti du vent au pas de tir. Les conditions étaient les mêmes toute la semaine. C'était technique, super technique, voire stratégique. Je contre-visais au 8 pleine balle pour atteindre le dix, d'un côté ou de l'autre du jaune. Contre Roberto Hernandez le salvadorien en seizième, 147-144, puis contre Braden Guellenthien l'américain, 148-146, le coréen Choi, 147-146, ces matchs étaient sous haute intensité, mais pas sous tension. Je n'étais pas tendu, stressé, je voulais. Et j'en veux encore. 

Contre le coréen, j'avais atteint mon objectif de figurer parmi les huit du classement. Un vieux sentiment d'accomplissement pouvait alors m'envahir alors que je pensais "non, pas maintenant, continue mec, tu peux, tu dois, tu veux", et j'ai remporté ce match pour atteindre le dernier carré. Nous n'étions plus que quatre, je rencontrais mon vieil adversaire, celui contre qui je remportais ma dernière médaille d'or à Wroclaw en 2014, Reo Wilde. Nous étions classés premier et deuxième mondiaux à cette époque. Pour le "come-back", je n'avais pas peur de lui, classé ici premier des qualifications, il était très confiant sur l'issue du match si j'en crois son discours narquois. C'était serré, super serré. Lors de la dernière volée, des rafales, mauvaises et dangereuses. Elles pouvaient tout foutre en l'air. J'ai pris mon temps, lui moins, il paie son excès de confiance par un 28 alors que j'avais un point d'avance sur la dernière volée. Je tire deux 9 pour commencer, sous pression. Je devais tirer un 10 pour gagner, et un 9 pour le barrage. Ce regain de lucidité m'a fait regardé son score. J’ai pensé "rien ne peut être plus difficile que ce que tu as vécu, gagne". Pas de doute, exécution parfaite de cette flèche, 10, victoire et accès en finale = > médaille. Woohoo, me revoilà ! C'est beau.

Puis il y a eu l’après, à jouer entre la satisfaction et l’envie, deux ennemis qui se mènent une guerre infinie. Suis-je assez fort pour gagner ? Quelle doit-être ma stratégie ? Dois-je tout tenter pour gagner ? Ou bien est-ce autre chose ? Cette finale n’allait ressembler à aucune autre connue…

Le reste du vendredi, j’ai savouré ce parcours avec l’équipe de France. Les deux équipes hommes poulies et classiques allaient disputer un match pour la médaille de bronze, et j’étais porté par cette bonne dynamique. Nous allions marcher dans les rues d’une Shanghai toute neuve, au soleil, pour décompresser et pour retrouver un esprit bien ciblé sur la compétition du lendemain.

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Samedi matin, je tirais en troisième position dans l’équipe. Elle tourne très bien cette team. L’échauffement se passait sur un terrain annexe, orienté de la même façon que le terrain de finale. Cependant, à cet endroit, pas d’eau, et beaucoup plus d’exposition au vent. Je tirais bien, vraiment bien et je n’avais pas de doute sur le déroulement du tir une fois devant les caméras.

SHA17 X17 6183La compétition commençait et j’attaquais par un 9 gauche bien méchant. Un peu fort de café à mon goût, même si je peux avoir tendance à être à gauche dans ce genre de situation, je cliquais mon viseur en plus de l’anticipation que j’avais déjà placée. Il y en a eu cinq d’affilée, des 9 gauche, et pas un seul n’était “gauche”. J’ai rarement ressenti un tel bien être sur un terrain de finale, j’étais comme à la maison. Le tir était en place dynamique, solide, déterminé. J’ai donc placé une vingtaine de clics avant de toucher la gamelle. Une fois dedans, je n’en suis plus sorti. Avec un point moyen moins à l’écart du centre, peut-être aurais-je pu donner le sentiment de confiance supplémentaire à mes coéquipiers qui commettaient aussi quelques erreurs. Possible, l’histoire de chaque finale est une histoire très courte, ces matchs sont un clignement de paupières, soit ça engage bien, soit ça foire. Il suffit de rien pour faire basculer le match. Les USA étaient tout à fait prenables, nous n’avons pas pu capitaliser la confiance de notre côté, pas cette fois. Quatrième, c’est bien, ce sont deux matchs tirés en plus que si nous avions perdu en quart de finale. Donc, c’est de l’expérience, c’est de la pratique, c’est en bonne voie. Pour mémoire, il s’agissait de la première finale extérieure pour Fabien Delobelle, et un retour par équipe pour moi, bredouille depuis 2014. Ca va venir, c’est sûr, l’objectif principal est en octobre pour le mondial à Mexico… Ce qui ne nous empêche pas d’en gagner avant, j’en conviens, mes chers ;-)

Pour le croustillant, voici la finale individuelle de PJ, V2. A l’entraînement, il y avait beaucoup de vent. La température était lourde, assez écrasante, et une attente de quatre heures. Le tir était vraiment bon, je groupais, je tirais souple, simple, et rapide tout en restant précis. La finale arrive et je me dirige vers l’entrée de la porte d’accès au terrain. Tout comme le matin, tout comme à mon habitude, tout comme l’ont fait tous les autres concurrents depuis toujours, je portais ma paire de jumelles en bandoulière sans la masquer… J’aime bien la porter. Elle m’apporte une image de la cible vue depuis le pas de tir, au moment où je le souhaite, ne tombe pas en panne, ne subit pas les reflets du soleil, je lui fait confiance et elle me rassure. 700 grammes de confiance en plus, placés sur mon épaule d’arc, nous étions inséparables, PaLaPaPAaaa, musique DJ… Il fallait forcément un truc, c’est évident, sinon comment trouver de l’inspiration pour conter les histoires de Pierrot en Chine, hein ? Comment ? La musique de Rocky Balboa commence et l’instant T arrive, on me fait signe, “GO”, je rentre sur le terrain.

Poser l’arc, se placer à côté du juge, regarder le public et les autorités, entendre son nom, lever la tête en affichant un visage sans grimace et en faisant Coucou sous les applaudissements d’accueil, saluer le juge et son adversaire, prendre son arc en main, taper la main du coach qui nous centre sur le bon truc, attendre le TOP. Voilà, ça c’est le modus operandi du comment faire avant de tirer à l’arc suffisamment bien pour gagner une finale de manche de coupe du monde. C’est pas compliqué, c’est sympa, c’est un plaisir et cela fait partie du charme d’une finale. Cela permet d’entamer un match sereinement, en restant concentré sur l’objectif et le déroulement en toute sécurité devant des caméras, des photographes, pour la mise en valeur de notre sport.

JudgeIl fallait un truc. Je rentre sur le terrain et je passe devant le juge déjà placé au centre. Il me commande directement d’ôter ma paire de jumelles de l’épaule. “Jumelles interdites, il faut les enlever”. Ah bon, je les avais ce matin, Réo les avait sur le match qui vient de se terminer, un regard sur le coach, dubitatif et hésitant, sentiment que je partageais logiquement. Incompréhension, un peu abasourdi, je n’entendis pas l’appel de mon nom puisque j’écoutais les remarques du juge qui m’indiquait l’écran TV répétant l’image de mon blason. Je n’avais donc pas besoin de jumelles et c’était interdit par le règlement. J’ai donc lancé un coucou furtif du bras, ne sachant plus trop où j’en étais de ce modus operandi. Répartie in the pocket, mords ta langue, ça va passer, woosssaaaaaaa… Passer en mode rebel m’aurait valu peut-être un carton jaune, rouge, vert et rose, j’en sais rien. Réflexion faite, il ne fallait rien dire et s’exécuter. Je n’avais jamais été confronté à une remarque d’arbitrage en plein feu d’action. +Expérience+ ! Lors de nos divers stages et réunions, et de mon côté également, j’avais passé en revue toutes les modifications réglementaires pour me mettre à jour AVANT de partir en compét. Sauf l’interdiction d’accrocher le décocheur au Dloop en équipe avant d’entrer au pas de tir, rien n’apparaissait.

Imaginez maintenant le côté rebel, genre je ne quitte pas mes jumelles par ce que j’ai pas vu de modification, genre je ne crois pas en la spécialisation du juge. Je n’ai pas suffisamment de côté obscur de la force pour tenir le coup et faire du bon tir à l’arc. J’ai donc retiré mes jumelles, et j’étais comme un con. Super l’ambiance pour ton retour PJ, sinon, t’es content d’être là ?

Ca va Pierre, c’est qu’un accessoire. Et bien non, ce n’est pas que ça. Quand je vois le chemin parcouru depuis, et jusqu’à ce terrain de finale, des noms d’oiseaux très exotiques me viennent à l’esprit. Si j’imagine que la logique voudrait primer sur le détail soudain, l’ordre aurait pu ainsi avoir été commandé AVANT l’accès au terrain.

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Le match commence, je suis contre Stephan Hansen au fait. Il est là, il a du talent, beaucoup, il est numéro un mondial et il a gagné ce match. Son talent n’a d’égal que son arrogance. Rooo Pierrot… Ben oui, le monde n’est pas tout beau tout joli comme mon chat, c’est comme ça. Evidemment, je ne sentais plus ma paire de jumelles. Je peux très bien tirer avec ou sans, mais il me faut quand même quelques flèches pour m’habituer à la différence. Je ne les avais pas ces quelques flèches, et je devais rentrer dedans, de suite. Une image me venait alors à l’esprit pour vous illustrer mon sentiment à cet instant : imaginez vous en slip, sur scène, devant un public et des caméras. Le chef vous demande de retirer ce slip. Comment vous sentiriez-vous ? (J’imagine déjà la position de certains vantards, messieurs, modérez vos ardeurs !). 

IMG 5624Je n’ai pas perdu le match à cause d’une paire de jumelles, je tiens à le certifier. J’ai perdu ce match car il était à l’image de ma compétition toute entière : j’étais la transition du moi V1 au moi V2. Dans une transition, il y a un début et une fin. La fin est mieux que le début, enfin c'est ce que l'on cherche. C’est la version super simple de ce j’ai mis en place depuis plusieurs mois. J’ai commencé les qualifications par des tirs longs et coûteux. Je les ai terminé par des tirs rapides, déterminés et précis. Sur les éliminations, j’ai attaqué par 8, 9 dégueu puis 10. J’ai rythmé mes tirs, analysé l’environnement, et j’ai décidé de coller mes flèches dans la gamelle en bridant suffisamment mon arc pour qu’il n’ai pas le choix de faire autrement. J’ai terminé les éliminations par ces mêmes flèches, rapides et précises, qui me permettent d’être endurant dans le corps et dans la tête. C’est en situation que l’on progresse. 

La finale, c’était la semaine en timing réduit. La première volée était un mélange entre “il me manque un truc sur l’épaule” (mes jumelles donc), “où est-ce que je vise” (mes 9 à gauche du matin, hé oui), “ça fait longtemps dis donc” (dernière finale individuelle = Lausanne 2014). J’avais plein de monde dans ma tête à ce moment-là, tous pas d’accord… Deuxième volée, première flèche tenue dans une rafale qui ballote mon jouet, bien tirée, cordon qui prend pas, shit. Stephan se fait embarquer dans la même rafale, mais prend le cordon. Il crie woohoo, #FairPlay. Je tire un 8 bas, une flèche engagée, un peu précipitée. Le match est plié à cet instant là précisément, et toute la confiance se plaçait du côté danois. Il n’avait plus qu’à dérouler.

Pour vous situer un peu mieux dans ce qu'est une finale : le tir est alterné, commandé par les feux devant vous placés sur les chronos dans l'axe de la cible. Vous devez rester attentif au passage du feu au vert, et ne pas tirer avant. Pas de décompte, vous perdez donc une seconde ou deux le temps de comprendre que c'est à vous, et de lever l'arc. Il reste alors 18 secondes pour tirer avant la fin du temps imparti. Vous pouvez prendre une rafale, ou pas, vous devez gérer vos émotions plus vite, analyser plus vite, réaliser plus vite. C'est loin d'être un exercice facile. Vous avez donc une minute pour tirer trois flèches dans la situation la plus complexe alors que tous les autres matchs ont été tirés auparavant en deux minutes, sans alternance. C'est beau, mais c'est chaud, et ça se bosse. C'est pour cette raison précise que j'ai modifié des paramètres de mon tir, et que je vais poursuivre cette évolution.

IMG 5622Volée suivante, je me recentre sur ma stratégie de tir, celle que je veux mettre en place sur un terrain de finale, car j’y reviendrai. Cela me servira plus tard, je dois garder ces images en tête. J’arme et me place en visée. Stephan quitte le pas de tir soudainement en se précipitant sur son arc. Il s’était trompé de couleur… Il saisit son arc n°1 en laissant tomber l’autre sur l’estrade de bois sur laquelle nous étions. Bel exercice de concentration… J’ai tiré un X, puis deux 10, rapidement, exactement comme je voulais que ces flèches soient tirées. Parfait. Quatrième volée, dernière flèche, déjà deux X en cible, et un autre 8 arrive. La météo n’était pas très calme et le vent tournait. Il y avait une fontaine sur ma gauche, j’ai été “brumisé” sur cette flèche, et embarqué par la colonne d’air de la rafale. J’ai pu terminer par trois 10, bas, certes, mais 30 points tirés comme je le voulais, rapide, simple, précis. Cela peut paraître simple, comme démarche, mais il est très compliqué de faire quelque chose de simple. 

Je crois avoir compris que ce jour n’était “simplement” pas le mien, ni le nôtre. Ce ne sont pas ces vingt minutes qui vont remettre en question le reste de la semaine, qui elle, aura demandé des mois de préparation. Shanghai n’était pas un objectif en soi, je voulais des points, j’en ai plein. C’est cool ;-) 

Que je vous rassure : le juge en charge de ce match est venu présenter ses excuses à l’issue de la finale. Le port de cette paire de jumelles était bien autorisé, selon la World Archery. Le mal était fait, oui, car sinon il n’y aurait pas d’excuses. Alors je les accepte sportivement. Humainement,  la symbolique est bien trop grande et ce moment a été fracassé, c'est douloureux. Vous étiez nombreux à me suivre, à être heureux de me voir de retour si rapidement après toutes ces aventures que nous avons partagé, et tous ces aléas de vie que j’ai écumé. Je regrette profondément de ne pas avoir su mieux gérer mon apparition à l’écran pour vous montrer un visage plus radieux. Je ferai de mon mieux pour revenir sur ces finales en vous montrant ma joie de pratiquer le tir à l’arc avec passion, pour vous la communiquer tel un virus intraitable. Je suis en paix et ce ne sont là que des explications. Je ne me justifie pas. Je ne blâme pas le juge. Que chacun fasse son travail correctement, moi y compris. Je souhaite que les choses se passent bien, sans me faire marcher sur les pieds, sans être ni trop mouton, ni trop lion. 

C'était une belle semaine. Tous les évènements qui se sont produits n'ont eu que des effets positifs sur mes réactions, réfléchir, écrire, m'entraîner, travailler, m'amuser et planifier. Je ne suis pas ici pour me battre, je viens exprimer un art, celui d'être archer. Parvenir à cette expression est une récompense pour l'artiste, ou bien pour l'artisan. L'un façonne ses idées pour les réaliser aux yeux de tous, l'autre recherchera le geste parfait. Le but est commun : faire quelque chose de beau. Je suis heureux de revenir de loin, avec d'aussi belles choses déjà en poche. 

Ce classement conditionne ainsi ma sélection automatique pour les prochaines manches de coupe du monde, si j’arrive à rester dans le top 8 du classement général de cette compétition. Je serai donc à Antalya, et si tout va bien, à Salt Lake City et à Berlin. L’objectif sera de viser ma quatrième finale de coupe du monde à Rome en septembre. Le plus gros objectif de la saison reste le championnat du monde FITA à Mexico, en octobre. Il est loin, et tout près. Je dois rester concentré sur ma stratégie. Elle me plaît beaucoup, cette stratégie, et je suis heureux de porter mon arc plusieurs fois par semaine, quand mes travaux me laissent le temps d’en profiter. Mes entrainements sont réguliers, et me font beaucoup de bien. Ca, c’est du vrai bon tir à l’arc ! #IlsSontTropBeauxMesArcs #Spoil ;-)

Je participerai au championnat départemental à Villefontaine ce weekend, il y aura du vent, cela sera une bonne préparation pour Antalya. Le départ est programmé pour le dimanche 4 juin prochain. La compétition commencera le mercredi suivant, à suivre sur le site de la World Archery, et sur les réseaux sociaux. Vous pouvez aussi retrouver tous les résultats de nombreuses compétitions sur le site Ianseo.

 

Je suis heureux de vous retrouver ainsi et avec une médaille autour du cou. Vivement la suite !

A bientôt,

Archerycalement,

>>>---Pierrot---> X D

 

Les résultats sont visibles ici

Les photos ici. 

La vidéo de la petite finale par équipe (premier match). 

La vidéo de ma finale individuelle (temps à 1H30).

Crédit photo : Dean Alberga / World Archery / Sjef Van Der Berg / Moi

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Revenir.

IMG 0619La nouvelle est tombée en début d’après-midi, nous partirons à quatre en Chine pour la première manche de la coupe du Monde 2017, et j’en serai, avec Dominique Genet, Fabien Delobelle et Jean-Philippe Boulch.

J’ai du mal à contenir mes émotions en me remémorant ces deux dernières années si difficiles. C’est immense, énorme, tous les superlatifs sont appropriés, je vous le dis, je suis heureux de pouvoir voir loin. Car, le sport de haut niveau ne passe pas de “0” à “1” en un claquement de doigts, il est question de travail de longue haleine pour revenir.

Re'de'venir…

L’avoir réalisé, c’est déjà superbe. Vouloir le réaliser à nouveau, c’est ambitieux. Y arriver serait un accomplissement de force et de détermination. J’ai été écarté de ma passion par les aléas de la vie professionnelle et familiale. Professionnelle car l’armée compte plus sur les civils olympiques que sur les militaires du rang et j’ai ainsi choisi de partir. Familiale, vous savez pourquoi, et si vous ne le savez pas, lisez ceci. Revenir sur les pas de tir internationaux en portant le maillot d’équipe de mon pays chahuté par les actualités est une belle récompense et un encouragement à la persévérance et à l’espoir. Etre sélectionné n'est pas une finalité, car je ne travaille pas sur mes arcs, sur ma technique et sur mon mental juste pour servir de plat de résistance aux archers internationaux. Si je pars, c'est pour gagner. Gagner n'est pas une démarche simple, elle se construit, l'opportunité n'est pas exclue, mais son absence ne doit pas déstabiliser le travail en cours. La première étape est remplie, je suis heureux, et un peu comme un gamin...

Je vivais dans un monde d’échéances depuis 2014, connues ou inconnues, avec des décisions et des impératifs qui m’obligeaient. Ce qui change, c’est cette notion du temps, qui me laisse voir loin en organisant mon travail et mes entraînements pour coller à mes ambitions. J’ai dû avaler des couleuvres pour reprendre mon arc, c’est-à-dire accepter de me faire dégommer sur les pas de tir en attendant de retrouver un niveau suffisant, accepter d’avoir été affaibli et meurtri par la vie. S’il me reste encore des tâches à accomplir pour effacer 2016 de ma tronche et de mes obligations, je souhaite me rétablir dans ce que j’aime faire dans la vie : créer du matériel, tirer à l’arc, écrire et apprendre. Je voudrais pouvoir tout faire en même temps, je ne le peux pas, alors j’ai accepté d’avoir des limites physiques et mentales. Mon corps dit stop, tout comme mon esprit peut me rappeler à l’ordre quand j’atteints une limite. Le risque est d’en faire trop et de casser quelque chose qui demanderait encore plus de temps que si j’avais attendu le lendemain, le temps du repos.

barrage vittel 2017Cet hiver, j’ai repris l’arc quelques jours avant Lausanne. J’ai retrouvé de belles courbatures, du stress, mais aussi l’envie. Mes entraînements étaient alors au rythme de deux par semaine, pas plus de deux heures. Il y a eu le tournoi international de Nîmes où je redécouvrais la foule, les lumières, le niveau international requis. J’ai joué à Las Vegas, j’ai plutôt bien joué (seulement avec mon arc, les slots-machines m’aiment trop ;-)). Peu à peu, je me suis remis dans le “système”, en participant au mode de sélection du championnat d’Europe en salle. L’objectif n’était pas réellement “réalisable”, il aurait été “opportuniste”. Je ne vous ai pas parlé de mon championnat de ligue, puis du championnat de France en salle de Vittel, pas encore. J’aurais aimé écrire, j’ai préféré tirer mes arcs, toutes mes excuses pour cette fidèle infidélité.

Lors du championnat de ligue, je me servais des tirs réalisés en compétition au préalable pour configurer mon réglage d’arc et de flèches. Je disais ne pas avoir travaillé sur mes flèches depuis des années, je l’ai fait cette année et j’ai retrouvé la précision que j’attendais. Ce calibrage me permettait de tirer de sérieux matchs, uniquement des matchs dans le format que ma région a choisi. Un 148, un 150, tout le reste à 149. Les X étaient des donuts, pastilles, inside-out, pleine balle. Ca, j’adore, ça, c’est le tir à l’arc comme je l’aime…

3K8A1377Championnat de France à Vittel, j’y vais, je joue, je défends mon titre. De 2016 à 2017, j’ai vécu dix années, j’ai terminé une phase de quinze années de ma vie. Je partais sur un titre, je recommence avec ce même titre. Le symbole vaut beaucoup à mes yeux. Premier des qualifications, 594, champion au final avec de beaux matchs, parfois parfait, parfois serrés, toujours précis. La finale contre Jean-Philippe avait ce goût de l’international, cette intensité, cet enjeu. Oui, j’aime toujours ça, j’étais venu chercher cette information, je l’ai trouvé. Entre parenthèse, cette salle était tout particulièrement belle, les archers et les spectateurs l’auront remarqué, et je pense sincèrement que cela aura contribué à de nombreuses belles performances. 

En sortant du placard hivernal, j’allais découvrir ce que le Hoyt Prevail avait dans le ventre, à commencer par le tir en campagne. Roussas, abords de Saint-Paul-Trois-Châteaux (là où l’aqueceng commince à bieng se faire intindre), parcours venté et assez technique. Je me fiche pas mal du score sur la première sortie au mois de mars, toutefois, il était pas si mal pour les bourrasques que nous avons affronté (181-200). J’aime le tir en campagne, des amis voudraient me corrompre à passer du côté obscur de la force, mais pour le moment, je ne céderai pas (à moins qu’il ne me file un sabre laser rouge pour aller avec mon Prevail rouge et noir qui est magnifique…). Honnêtement, j’aimerais en faire plus, et c’est ainsi que je vais m’organiser dans les mois et années à venir. N’hésitez donc pas à m’envoyer vos mandats, on ne sait jamais.

A Chassieu, Est lyonnais, j’ai tiré les deux premiers FITA de la saison en me permettant quelques tests de flèches. J’essayais les pointes Easton de 140 grains, les plumes longues (ICE), les plumes courtes (AIR) de Bohning, ainsi que les spines de 420 et de 470. Je tirais 701 et 698, vent léger au pas de tir pouvant être assez fort en cible et de direction variable. J’ai fait le choix de tirer le Hoyt Prevail en 40” d’entre-axes, en cames SVX butée hard. Je reviendrai sur la montagne de données techniques que j’ai passé en revue ces dernières semaines prochainement (je le ferai vraiment, préparez un cacheton pour la tête).

Je me suis entraîné, tel un professionnel, presque tous les jours. J’ai réglé mes arcs mieux que des montres suisses et je me suis envoyé des paquets de 12-24-36 flèches en cibles pour façonner mes épaules, mon dos, mon rythme. J’ai préparé la performance pure, celle qui est réalisée dans de bonnes conditions météo, c’est-à-dire celle qui m’intéresse le plus pour le moment : battre des records, mes records. Dans ma région, le calme plat se montre une ou deux fois par an, le reste du temps, c’est du vent. Alors je vais bouger pour aller voir d’autres régions et favoriser les terrains qui me permettront d’engranger un maximum de confiance. Là aussi, si vous avez des mandats intéressants... (champ d'éoliennes, oubliez). Ensuite, je déciderai de m’exposer à d’autres difficultés pour préparer les compétitions de Tornado Alley.

La sélection FITA était dans mon programme. J’y étais bien plus préparé que celle de la salle cependant, nous avons rencontré des conditions qui pouvaient tout remettre en question à n’importe quel moment…

IMG 2742Saint-Avertin, tous les archers aguerris connaissent ce terrain réputé pour son exposition au vent. Il aura été fidèle à sa réputation, et nous avons dégusté. Entraînement difficile, guerre facile, dicton bien connu des casquettes à ressorts dans les coursives de pointus gris, maudit par les concernés, effectivement en train d’en chier des ronds de chapeau. Mieux que l’INSEP Pierrot ? Je maintiens mon oui : tout le monde doit investir son déplacement, son hébergement. Les conditions rencontrées à Saint-Avertin se sont déjà produites à l’international, l’accès au terrain est amplement simplifié pour tous par rapport au centre parisien, l’accueil et de la logistique sont largement meilleurs. Peut-être que le choix du lieu était volontaire ? Je ne le sais pas, j’ai deux avis : 1/ il permet de se mesurer à des conditions météo difficiles pour le contexte international et donc d’envisager une meilleure préparation. 2/ il n’autorise pas la prise de confiance par la performance au travers de résultats de haut niveau, la performance devient subjective et se compare aux conditions météo plutôt qu’à un score parfait. Je confirme ainsi ma volonté de bouger de ma région pour tirer de beaux départs au calme et prendre confiance. J’ai fait cela pendant deux ans, c’était en 2013 et en 2014 (22 médailles… 713s, 712s, 711, 710s... 150s…). J’y crois, alors j’y vais.

Le samedi, le vent était de force et de direction variable jusqu’à 30 km/h en rafales, parfois calme le matin. Je tirais 699, dont une volée à 53 lors de la deuxième série. Dominique réalise le même score avec deux X de plus et nous nous classons premier et deuxième, six points devant le troisième. C’était une bonne première référence pour estimer mon niveau, Dom est très fort dans ce genre de situation technique. L’attention est de tous les instants pour éviter la flèche qui nous fait perdre trois ou quatre points d’un coup lorsque l’esprit s’égare.

L’après-midi, un nouvel exercice de concentration était programmé : le “30x3”. Trente volées de trois flèches. Le but est que cela soit long, très long, très très long, l’épreuve d’endurance de concentration alors que ça caille un peu quand même, le vent ne faisant que fraîchir, pour favoriser la déconcentration, le moment où l’esprit va sur une île déserte, au soleil dans un hamac haubanné entre deux arbres créant une ombre très appréciée avec cette chaleur, un cocktail de fruits frais à la main et le bruit des vagues comme seul élément pertubateur et BAM dans ta tronche le gros 8 bien dégueu !!! T’as perdu tu dégages chez toi sous la pluie boulet… Voilà, c'est ça l'exercice, pigé ?

En fait, lorsque l’on tire plein de matchs d’affilée, parce que cela arrive quand une compétition se passe bien, un phénomène se produit et il s’appelle la routine de performance. Cette routine est un allié anti-stress pour des qualifications, elle permet de rester dans sa bulle pour envoyer des 10 à répétition jusqu’à la fin. En match, elle est un ennemi. Elle prive l’archer de son attention sur le drapeau, sur les moments importants pour marquer des points décisifs qui permettront de prendre l’ascendant psychologique sur soi ou sur l’adversaire. Il fallait faire des 30, valorisé par un bonus de 0,25 point. Si j’ai bien commencé avec 150 sur 150, je réalisais au total neuf 30 en quatre-vingt dix flèches. Le score total était de 860 environ, je n’ai pas noté. Au final, Fabien remportait cette étape avec onze 30, Dominique était second au score. Les scores étaient serrés, jamais plus de cinq points ne nous séparaient. Le vent n’aura cessé de forcir tout le weekend, et sur cet après-midi également.

SHA DA2 2311Dimanche, le vent était annoncé, plus fort encore. Je ne m’étais pas préparé à ces conditions. Je voulais reprendre le tir dans le bon ordre et donc tout d’abord en recherchant d’excellentes séries. Chez moi, j’avais programmé un entraînement foncier, une fois que mon équipement était réglé parfaitement. J’habituais mon corps en répétant les tirs par volées soutenues, sans rechercher le groupement, le 10 facile, pendant des heures jusqu’à épuisement. Je rentrais rincé. Ensuite, une dizaine de jours précédant la sélection, je basculais dans le qualitatif, en ne tirant que trois heures maximum, par volées de six flèches, blason neuf à chaque série, chronomètre. Les tirs comptés étaient compris entre 707 et 714 suivant l’état de forme et la force du vent. Mon pas de tir est abrité mais pas la cible, la précision variait ainsi d’un jour sur l’autre. Toutefois, des enchaînements de 60, et des séries à 358 confirmaient un potentiel sympatoche, et puis mince, ça fait du bien !!!

Rien à voir par contre avec la météo dominicale de Saint-Avertin. Nous avons eu froid, ce vent glaçait, la colonne d’air était perpendiculaire à la trajectoire des flèches, et avait donc une forte incidence en cible et sur le bras d’arc. Selon météo France, le vent moyen était de 30 km/m, rafales à 50, température de 7 à 15°C. C’était ça, au moins.

L’échauffement passé, j’entamais la première série avec 343 points, le top était Dom avec 347. Nous étions tous dans un mouchoir de poche, et tout était possible, il fallait batailler. Sur la deuxième série, je tirais la toute première flèche avec difficulté. J’avais les mains glacées et le chrono indiquait 150”. Je devais prendre une décision et laisser mon décocheur Back Tension pour le déclenchement au pouce. Je ne me suis pas entraîné avec depuis des lustres mais je me souvenais des compétitions où il m’avait sauvé (Riom et Belek 2013, Copenhague 2015, Sallanches 2016)… Je termine avec 338 et 681, deuxième de la matinée, le top avec Dom toujours avec 340 et 687. Je gardais cette option jusqu’au bout puisque rien n’était encore définitif.

L’après-midi se tenait un tournoi à élimination directe pour les huit premiers du classement provisoire, quelques points supplémentaires à gagner pour confirmer le classement. Le premier match à 143 était vraiment bon. Le deuxième à 139 un poil en-dessous mais bon aussi où je m’incline contre Fabien, fortiche à 141. Je gagne la troisième place du classement final avec de bons points de sélection, et de bons points sur le cumul également.

Une compétition difficile laisse des traces, et casse le tir. Je dois tout reprendre pour partir sereinement le 13 mai prochain à Shanghai. Et c’est ce que je vais effectivement faire, avec sérieux, impertinence et audace. A l’impossible nul n’est tenu, et je n’y suis pas obligé, mais ce n’est pas impossible, alors j’y vais. Mes travaux sont un gigantesque chantier, le temps est désormais un allié à nouveau sous contrôle. Je suis très heureux de bientôt vivre ma suite, et de vous la faire partager.

Je quittais l’équipe de France à l’été 2015 après un championnat du Monde FITA danois très mouvementé, dans un contexte de maladies, de douleurs, remplis d’incertitudes et de meurtrissures. 2016 était une saison blanche aux yeux du monde sportif, une année noire à mes yeux. Ca suffit, maintenant, on s’éclate. J’ai 35 ans, et je vais vivre ma passion, et de ma passion. Enorme !

Je retrouverai en Chine le maillot que j’ai porté à de nombreuses reprises, le maillot avec lequel j’ai gagné des médailles individuelles et des médailles par équipe. Je retrouverai le voyage, le chemin vers la plus belle expression de la performance, sur un pas de tir international parmi de nombreux talents du tir à l’arc mondial. Je vais m’y préparer, très sérieusement, méthodiquement. Je me prépare à me battre moi-même tout d’abord, à devenir meilleur que celui que j’étais. Je suis convaincu que le record de France que j’ai placé à 713 tombera, comme je suis convaincu que d’autres médailles peuvent venir s’ajouter à celles qui sont déjà des souvenirs. Avec l’équipe de France, Dominique, Fabien, Jean-Philippe, l’énergie et l’expérience au sein de cette équipe nourriront de beaux récits à venir, et cela aussi, j’en suis convaincu.

A bientôt pour de nouvelles aventures,

Archerycalement,

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Commentaire (2) Clics: 4695

On y retourne ?

Nimes 21 janvier 2017 30

 

Alors, on fait quoi maintenant ? Cela n’a pas été facile, en fait, nous avons vraiment dégusté. Première chose à faire après une chute, un choc : reprendre ses esprits, et se relever doucement. Prendre le temps de se retrouver soi-même, puis de retrouver ceux qui nous entourent, ou peut-être peuvent-ils nous aider aussi à nous rappeler qu’en fin de compte, la vie, c’est plutôt chouette… Vous n’imaginez pas quelle force vous me donnez pour reprendre l’arc en main, et la plume ;-) Ca aussi c’est chouette ! Alors, on y retourne ? Café, thé, chocolat ?

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IMG 0671Ce week-end je participais à deux évènements : la sélection pour les championnats d'Europe en salle à Chennevières-sur-Marne, et la dissolution / fusion des régions Auvergne-Rhône-Alpes par l'assemblée générale du comité régional à Saint-Etienne.Aujourd'hui le programme comprend un peu de tir de récupération de samedi et la préparation des bagages car demain, c'est le départ pour Las Vegas, The Vegas Shoot ;-)

Globalement, la sélection s'est bien déroulée et je suis heureux du comment les choses se sont passées, comment je les ai perçues. Mon arc, mon matériel, étaient parfait, tout était en ordre. C’est un point assez inédit non ? Pour un Pierrot… 

 

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