Marrakech, World cup indoor, en bronze !

Thumbnail imageMarrakech et sa médina nous accueillaient pour la première manche de la coupe du monde en salle 2015. Première étape à laquelle viendront s'ajouter Bankok, Nîmes, et enfin Las Vegas où la finale se tiendra à l'issue du "Vegas Shoot".

 

Je l'ai affectueusement baptisé "WCC Moubilette" pour World Cup Camping, car la compétition se déroule dans un immense tente sur le circuit Moulay El Hassan, dans la ville des mobylettes se croisant dans tous les sens ! On peut aussi modifier pour lire "Mircidès", plutôt que Moubilette, car la plupart des taxis sont des Mercedes vénérables dans lesquelles nous grimpons à sept pour nous rendre sur la grande place Jemaa El Fna. De vrais délices nous y attendaient, des tajines et coucous délicieux, un jus d'orange fantastique, des petites noix de cajou pour mettre en appétit ou des chouchous caramélisés pour terminer une bonne soirée dans les rues du souk bordées de sourires et de sympathie.

 

La coupe du Monde en salle est sous un format bien particulier : elle est libre de participation. Si la coupe FITA exige les sélections en équipes nationales, le format indoor est beaucoup plus ouvert. Si l’étape de Nîmes est un rendez-vous attendu, fantastique et spectaculaire, Marrakech est plus familial, et amical. 

Née d’une compétition internationale ”les flèches de l’amitiés”, elle est devenue une étape de coupe du monde il y a deux ans. Pour devenir un évènement, il faut du temps, et beaucoup d’investissement. La coupe FITA n’est pas devenue ce qu’elle est actuellement en quelques mois… 

 

Cette première étape fait ses preuves en matière d’organisation et de présentation. Les résultats communiqués par Ianseo sont accessibles rapidement et en live ou presque, les photos sont en ligne en fin de journée, les réseaux sociaux se chargent de l’évènementiel. 

 

La logistique a été en place, bien réglée, navette aéroport, terrain, hôtel, centre ville. Le site est agréable, et les progrès sont remarquables depuis sa création. La gestion des temps morts, la ciblerie en mousse, l’accueil et les espaces réservés aux tireurs et aux spectateurs, cela prend forme et c’est agréable de suivre cette évolution avec mes yeux d’archer. La lumière reste un point perfectible difficile à négocier. Si les cibles sont correctement éclairées par de puissantes rampes en hauteur, l’environnement général doit l’être plus. Le bitume du circuit est très sombre, et cette pénombre peut s’avérer gênante pour la ligne de mire, et dommage pour la qualité de la décoration mise en place qui n’est ainsi pas assez mise en valeur.

 

Les efforts sont considérables pour cette compétition gérée à l’échelle humaine et avec de modestes moyens. Je salue leur investissement, et je suis toujours très heureux de voir cet accueil chaleureux que les marrakchis nous réservent, en prenant grand soin des archers. Merci pour cette particulière attention donnée à chacun d’entre-nous, et continuez sur cette voie.

 

En choisissant de participer à cette compétition, j'acceptais de ne pas être au top après seulement deux départs la semaine dernière. Je n'ai pas oublié mes dernières saisons sportives non-stop en alternance avec une carrière opérationnelle de sauveteur en mer, que tout cela s'est terminé le 8 septembre dernier à Lausanne pour le côté sportif, et le 8 octobre pour le côté militaire. La compétition démarrait le 8 novembre, drôle n'est-ce pas ?

 

L'hésitation est restée jusqu'à ce que je me gare à l'aéroport de Marseille. "J'y vais, j'y vais pas" ? Et j'ai pris ma caisse d'arc, fermé la bagnole, route vers le Maroc. "De toute façon, je n'ai pas fait tout ce parcours de vie pour compter des fraises, ça piquera un peu une fois en compétition, et ça ne te fera pas de mal, fonce"...

 

Et ma pensée s'est vérifiée une fois le départ lancé officiellement, ça pique ! Je suis content de retrouver la salle, son confort, et le fait qu'elle signifie nouveau matériel, et être au calme. En deux mois, le temps n'est pas suffisant pour faire le bilan de ce premier parcours. Je n'ai pas de hâte pour effectuer ce que je ne pouvais pas faire avant. C'est un dosage de repos psychologique et de reconditionnement physique qui est d'actualité. 

 

Marrakech, ce n'était ni une recherche de performance, ni un objectif, c'était un calibrage mental. La finale de la coupe du monde en salle n'est pas un objectif pour moi. Je ne participerai pas à Bankok, je serai à Nîmes et certainement à Las Vegas. Chaque compétition à son histoire, son but propre pour mon objectif principal de la saison 2015 : Copenhague, les championnats du monde FITA. 

 

J'ai évolué sous pression pendant des années, à reprendre les permanences sans même avoir pu montrer la médaille en famille, en quête d'une existence, toujours dans le mode d'urgence et confronté à l'adversité, qui n'était pas que sportive bien au contraire. Désormais, je peux me dire que je suis libre de penser loin, sans parasites potentiellement bloquant. 

 

Elle était là ma première compétition internationale 2015, précisément. Un tournoi qui où j'ai cherché à me projeter tel que je voudrais ressentir ma vie future de sportif professionnel, identifier mes points forts pour les matérialiser, mes points faibles pour les laisser peinards, et mes points perfectibles à lister pour bosser une fois de retour. 

 

J'ai retourné l'arc dans tous les sens la saison dernière en salle, et rien à faire, je n'ai pas ce que j'attends géométriquement, même avec une saison FITA entre deux. J'ai donc repris mon arc champion d'Europe et record bow de France (598). Le ProComp XL, que j'ai allongé pour qu'il corresponde à l'évolution de ma posture, et je l'ai sorti en compétition locale, la semaine dernière à Neuville sur Saône. 596, 595, avec une facilité que j'avais oublié, et une précision parfois chirurgicale. Aussi, les entraînements redevenaient plaisir, au constat de sentir un travail qui porte ses fruits.

 

KeskitirePierrot

 

Thumbnail imageAvec mon expérience, mon exigence, ma rigueur et mon pif, il n'y a aucune raison que je ne trouve pas ce que je recherche : un tir fluide, économique, beau, confortable, rapide et précis. Ça vient doucement, ce nouvel arc Hoyt Podium X va parfaitement dans le sens que j'espérais... Je ne l'ai pas encore reçu, je l'ai eu en main sur place (Mike Schloesser recevait le sien mardi dernier), et je suis très heureux de voir à quel point l'avis des meilleurs archers de la marque a pu être écouté par les ingénieurs américains pour créer cette bestiole.

 

Si d'habitude je suis déjà comme un vrai gamin à l'idée de recevoir un nouveau jouet, je passe un cap. Ce n'est plus seulement un jouet, c'est une partie de moi que j'attends, pour continuer ce que j'ai commencé. Deux arcs arrivent, l'un est blanc nacré et mesure 37", l'autre est rouge compétition et mesure 39" d'entre-axes. Je ferai un topo complet, mega détaillé, après quelques jours de tir, quand je les aurai reçu !!!

 

En compét…

 

Thumbnail imageJe tire 589, 295-294. Je manquais de fluidité, une petite crève automnale couvait et me prenait beaucoup d’énergie. Le tir n’était alors pas relâché comme je l’aime, et ajouté à cette date prématurée pour recommencer les batailles, je souffrais de petites imprécisions pour la plupart identifiées dans le 10 bas par un tir forcé. Il me fallait du temps pour chauffer, dans une salle soumise aux variations de température extérieure. Ainsi, nous commencions avec une température fraîche avec quelques couches vestimentaires nécessaires, pour finir en short ! Le dimanche était à la pluie intense, et les degrés chutaient comme les gouttes. Je n’étais pas seul à choper le premier rhume, Sergio Pagni était blanc comme un cachet, Peter Elzinga aussi. La précision restait cependant excellente, signe de bons réglages matériels et de technique de tir en place.

 

147 pour le premier match, tiré le samedi, alors que je languissais de retourner au lit pour tenter de contrer ce rhume pour le lendemain. Dans le sport, nous devons tous faire attention à l’automédication, et même sensibiliser les médecins sur la fait que nous soyons des compétiteurs. Le repos, l’hydratation, et le paracétamol sont incontournables pour éviter de rester cloué au plumard pendant les tirs, sans contrevenir au règlement antidopage.

 

Je suis souvent contrôlé, et je garde une peur bleue de ces contrôles lorsque l’on sait que de simples aliments peuvent marquer un contrôle positif dans certaines région du globe. Je prends le problème à sa source pour éviter les médicaments, et je suis à jour de tous mes vaccins recommandés pour le monde entier. Cette fois-ci, je n’étais pas contrôlé à l’issue de la compétition, mais le vendredi précédent l’entraînement officiel… Sept heures du mat’, on frappe à ma porte de chambre : “bonjour, je viens vous contrôler pour l’antidopage”. Je préfère de loin entendre le chat manifester sa présence par la chute volontaire d’un objet pour signifier “j’ai la dalle”, ou “j’ai envie de sortir” que cette compagnie, mais elle fait partie du jeu, pour qu’il reste clean et basé sur la performance sportive de l’athlète et non celle de la substance qu’il s’administre. Vous aussi, pouvez être contrôlés, alors soyez rigoureux et attentif à ce genre de situation !

 

Thumbnail imageLe lendemain dimanche, j’étais en concurrence avec l’arc club de Wingles (Nord), avec Guillaume Rubben et Sébastien Brasseur sur ma route. Les deux compères ont été mes coéquipiers internationaux de nombreuses fois, et ce sont des matchs à gérer au mieux, même si nous sommes des amis. Je tire 148 sur ces deux matchs, contre 146 et 144. 

 

Le format change cette année, les sets sont abandonnés au privilège du score brut sur cinq volées. La mentalité change avec, toutes les flèches comptent alors qu’en sets, une volée n’avaient aucune incidence si les autres étaient parfaites, par exemple. La pression est donc continue, comme en FITA, mais nous sommes en salle : univers clos, restreint et stressant. Les effets du stress sont plus vite ressentis, et la précision à atteindre n’a pas ou peu de marge d’erreur. Si à ce stade de la saison les matchs à 147/148 peuvent offrir un tour suivant, cela ne sera pas le cas dans un mois. Ce changement doit être appréhendé avec la plus grande attention pour garder son dossard en liste.

 

Thumbnail imageJe rencontre en demie finale le hollandais Mike Schloesser, un jeune talent, vainqueur du shoot off de Las Végas l’an dernier, et champion du Monde en titre contre moi en 2013. Il en a eu de la chance … que je ne lui pique pas son nouvel arc !!!!! GRRR !!!!! On a bien rit là-dessus, je devais regarder plus son arc que ma cible hahaha ! Bien sûr que non, mais c’est une plaisanterie qui nous laissait profiter d’une première rencontre de la saison. Je perds 149 à 147 sur 150 points. Une erreur formelle, et deux petites de rien du tout, je ne me suis donc pas jeté aux lions pour me punir de cette défaite.

 

 

C’est la pause méridienne, chouette, je vais pouvoir rentrer dormir ! Si je recouvrais mes forces, je n’étais quand même pas encore vraiment au top, un peu grelotant. Une turbo sieste plus tard, je m’échauffais pour le match de médaille de bronze contre l’anglais Adam Ravenscroft. Il était présent sur quelques coupes du Monde, avec de beaux scores à son actif (+710 en FITA). Il tirait 589 sur ces qualifications marocaines. J’ai profité de l’échauffement pour gratter une ou deux bricoles sur mon deux-roues, et je retrouvais une précision et une fluidité, mes forces en plus. Cool ! Elles reviennent au bon moment, c’est à dire avant la fin ! J’ai pu tirer cette finale avec un tir relâché, fluide et précis à 148. Après le stress ultra-intense des derniers matchs de la saison FITA, entre Wroclaw et Lausanne, le plaisir gouvernait mon tir, un régal !

 

Thumbnail image“Ca revient donc”… Force est de constater que j’en ai pris plein la gueule en 2014 (la vulgarité ajoute un peu de piment à la formulation, quelques fois), et que cette période est révolue pour aller vers une nouvelle période de confiance. “Ce n’est pas toujours difficile, certains moments peuvent nous servir de tremplin pour apprécier ce pourquoi nous faisons cela”. J’aime bien, ça me plaît, et si je continuais ? Hihi !

 

Cahier des charges, opérationnel. Médical, mental, physique, alimentation, matériel, calendaire, organisationnel et logistique, le réseau est tentaculaire, la recette est celle que je choisis de cuisiner, j’ai du pain sur la planche. Les salades estivales laissent places aux plats marinés, leurs ingrédients multiples choisis avec finesse pour donner le goût et le plaisir d’une lente dégustation.

 

Prochaine étape, quelques compétitions dans le Sud, à Brignoles et Saint-Raphaël, avant de partir à Weert (SW Amsterdam) pour le “Kings of Archery” ;-)

 

A bientôt pour le reste, petit à petit !

 

Crédits photos : Dean alberga @World Archery

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